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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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Elle hocha la tête. Puis, prenant un balluchon de provisions et une gourde d’eau, elle partit à pied.

Je n’avais aucune intention de t’obéir, Surâme, songea-t-elle. Mais quand j’ai vu cet ange avec ses ailes arrachées parce que je n’avais pas fait un geste pour l’aider quand je l’aurais dû, je n’ai pas compris s’il représentait mes filles ou l’homme qui me les a données, ou peut-être même toi ; tout ce que j’ai compris, c’est que je ne pouvais pas rester chez moi en laissant un drame se produire sans rien faire, même si j’ignore ce que ce sera et comment l’empêcher. Tout ce que je sais, c’est que j’irai où tu me conduiras et que, quand j’y serai, j’essayerai de faire le bien. Et si ça doit servir ton but, Surâme, eh bien, je le ferai quand même.

Mais quand tout sera fini, je t’en supplie, oh, je t’en supplie ! laisse-moi rentrer chez moi !

À Basilica, et pas en rêve

Il fallait à présent obtenir la permission de Rasa, et Elemak n’avait aucune certitude qu’elle l’accorderait. On disait dans la maison qu’elle était revenue de fort mauvaise humeur de son entrevue avec le général gorayni, et nul ne pouvait ignorer la présence des soldats postés devant la maison. Mais quoi qu’il pût se passer à Basilica, Elemak ne regagnerait pas le désert sans une épouse. Et puisqu’elle en était d’accord, ce serait Eiadh, avec ou sans l’autorisation de Rasa.

Mais ce serait mieux avec son autorisation. Et mieux encore si elle conduisait elle-même la cérémonie.

« Vous choisissez mal votre moment.

— Je vous en prie, tante Rasa, ne parlez pas comme une vieille », répondit Eiadh. Malgré l’impertinence flagrante de ses paroles, elle avait pris une voix si douce et si suave que Rasa ne fit pas mine de se fâcher. « N’oubliez pas que les femmes jeunes ne sont pas timorées, elles. Nous épousons nos hommes de bon cœur alors qu’ils partent à la guerre ou que les temps sont durs.

— Tu ne connais rien à la vie dans le désert.

— Oui, mais vous, vous y êtes allée avec Wetchik, de temps en temps.

— Deux fois ; et la deuxième parce que je ne me suis pas fiée au souvenir d’horreur que m’avait laissé la première. Je te promets qu’au bout d’une semaine tu seras toute prête à devenir esclave, rien que pour pouvoir rentrer à Basilica.

— Ma dame Rasa… tenta Elemak.

— Un mot de plus, cher Elemak, et je te chasse de cette pièce, coupa Rasa de son ton le plus poli. Je m’efforce d’inculquer le bon sens à ta bien-aimée. Mais tu n’as pas à t’inquiéter ; Eiadh est complètement abrutie d’amour pour… pourquoi ? pour ta force ? Elle est pleine de fantasmes de virilité idéale, j’en ai peur, et tu exauces tous ses rêves. »

Eiadh rougit. Elemak, lui, parvint tout juste à se retenir de sourire. C’était bien ce qu’il espérait : Eiadh n’était pas femme à courir après la fortune ni la position, mais à préférer le courage et la force. Il gagnerait son cœur par la témérité, non par l’ostentation ; il l’avait pressenti dès le début de sa cour, et cela se vérifiait. Rasa elle-même le confirmait : Elemak avait choisi une femme qui, au lieu d’aimer en lui l’héritier du Wetchik, l’apprécierait pour des vertus plus manifestes dans le désert – son talent pour commander, pour prendre des décisions rapides et audacieuses, son énergie, sa connaissance de la vie sauvage.

« Quels que soient ses rêves, dit-il, je ferai mon possible pour les réaliser tous.

— Ne promets donc pas à la légère, répliqua Rasa. L’adoration d’Eiadh est tout à fait capable de saigner un homme à blanc !

— Tante Rasa ! s’exclama Eiadh, horrifiée.

— Dame Rasa, protesta Elemak, je ne comprends pas quelle cruelle intention est la vôtre pour dire une chose pareille !

— Pardonnez-moi. » Rasa prit un air de regret non feint. « Je croyais que mes paroles seraient reçues comme une simple taquinerie, mais je n’ai pas le cœur à la légèreté et elles se sont muées en insulte. Ce n’est pas ce que je voulais.

— Dame Rasa, tout est pardonné quand des Têtes Mouillées montent la garde devant votre maison.

— Crois-tu que je m’inquiète de cela ? Alors que j’ai une déchiffreuse et une sibylle chez moi ? Non, ces soldats ne sont rien. C’est pour ma cité que je crains.

— Pardon, mais ces soldats ne sont pas rien, dit Elemak. J’ai appris comment Hushidh a délié de leur loyauté ceux du pauvre Rashgallivak, mais n’oublions pas que Rash était un faible, qui venait juste de prendre la place de mon frère.

— Et celle de ton père également, précisa Rasa.

— Il les avait usurpées toutes les deux. Et les soldats que Shuya a déliés étaient des mercenaires. Par contre, le général Mouj passe pour le plus grand officier qu’on ait vu depuis mille ans et ses hommes lui vouent une adoration et une confiance qui défient l’entendement. Shuya risque d’avoir du mal à défaire des liens pareils !

— Tu es expert en psychologie gorayni, maintenant ?

— Je suis expert en ce qui concerne l’amour et la confiance que des hommes portent à un chef énergique, répliqua Elemak. Je sais ce que les hommes de mes caravanes pensaient de moi. C’est vrai, ils savaient qu’ils seraient payés ; mais ils savaient aussi que je ne risquerais pas leurs vies inutilement et que s’ils m’obéissaient au doigt et à l’œil, ils vivraient assez longtemps pour dépenser leur salaire à la fin du voyage. J’aimais mes hommes qui me le rendaient bien, et d’après ce que j’entends dire du général Mouj, ses soldats l’aiment dix fois plus. Il en a fait l’armée la plus puissante de la côte occidentale.

— Et les maîtres de Basilica, sans qu’un seul d’entre eux se fasse tuer, dit Rasa.

— Non, il n’est pas encore maître de Basilica ! Et si vous vous opposez à lui, dame Rasa, je ne suis pas sûr qu’il y parvienne jamais. »

Rasa eut un rire amer. « Oh, il a fait en sorte que je ne le menace plus, et sans tarder !

— Et notre mariage ? demanda Eiadh. C’est quand même bien pour ça qu’on est ici, non ? »

Rasa la regarda avec – qu’était-ce donc ? de la pitié ? Oui, songea Elemak. Elle n’a pas très haute opinion de cette nièce-ci ; cette remarque qu’elle a laissée échapper, cette insulte, ce n’était pas une plaisanterie. « Son adoration est capable de saigner un homme à blanc. » Qu’est-ce que cela voulait dire ? Suis-je en train de faire une erreur ? Je ne pensais qu’à me faire désirer d’Eiadh, mais je ne me suis jamais posé de questions sur mon désir à moi.

« Oui, ma chérie, dit Rasa. Oui, tu peux épouser cet homme. Tu peux le prendre comme premier époux.

— Techniquement, intervint Elemak, ce n’est pas une permission que nous demandions, étant donné qu’elle est majeure.

— Et je célébrerai aussi la cérémonie, ajouta Rasa d’un ton las. Mais il faudra qu’elle ait lieu ici, pour des raisons évidentes, et la liste des invités ne devra comprendre que des résidents de la maison. Prions tous pour que les soldats gorayni ne décident pas d’assister eux aussi à la fête.

— Quand ? demanda Eiadh.

— Ce soir, répondit Rasa. C’est assez tôt, n’est-ce pas ? Ou bien vos vêtements vous démangent-ils tellement que vous voulez les ôter dès midi ? »

Encore une insulte insupportable, et pourtant Rasa ne se rendait manifestement pas compte de sa grossièreté. Elle se leva et sortit, laissant Eiadh rouge de colère sur son banc.

« Non, mon Edhya, dit Elemak. Ne lui en veux pas. Ta tante Rasa a beaucoup perdu aujourd’hui et elle voit d’un mauvais œil de te perdre, toi aussi ; elle n’y peut rien.

— On a plutôt l’impression qu’elle serait contente de se débarrasser de moi, tant elle doit me détester ! » répliqua Eiadh. Et une larme perla dans ses cils, scintillant un instant avant de rouler sur son sein.

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