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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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Rasa se tourna calmement vers la femme et la dévisagea. C’était Frotera, naturellement, la directrice d’une autre école, depuis longtemps jalouse de Rasa. « Ma dame Frotera, dit-elle, je crains que vous n’ayez raison. »

Cette déclaration réduisit la salle au silence. « Croyez-vous que je n’aie pas vu ce que vous voyez ? Laquelle des calamités qui nous sont advenues n’est pas liée à moi ? Mon fils est accusé de meurtre, mes filles se sont trahies l’une l’autre, Rashgallivak a tenté de me faire sortir de force de chez moi, ma cité bien-aimée s’est entredéchirée dans les émeutes et les incendies et l’armée postée aux portes de Basilica vous a montré une lettre de ma main. Que j’ai écrite, en effet, sans pourtant imaginer un seul instant qu’elle serait ainsi utilisée. Mes sœurs, tout cela est vrai, mais est-ce la preuve que je suis responsable de tous nos maux ? Ou bien cela signifie-t-il qu’ils se sont abattus sur moi plus lourdement que sur quiconque, à part ceux et celles qui ont perdu des proches au cours des derniers troubles ? »

Les conseillères restèrent pensives ; oh oui, elle avait toujours le pouvoir de leur faire voir les choses de son point de vue à elle !

« Mes sœurs, si je me considérais vraiment comme la cause de tous les malheurs qui pèsent sur Basilica, je partirais sur l’heure. Mais ce n’est pas le cas ; j’aime trop ma cité pour vouloir sa chute. La cause initiale de notre situation, c’est la faim de pouvoir de Gaballufix, qui ne m’a épousée que pour tenter une première fois d’ébrécher nos lois ancestrales. Est-ce mon mari qui a imposé des mercenaires dans cette cité ? Non. C’est un homme que j’ai refusé comme époux ! J’ai répudié Gaballufix tandis que nombre d’entre vous persistaient à voter la tolérance à l’égard de ses abus ! Ne l’oubliez pas ! »

Oh, elles ne l’oubliaient pas ! Il n’y avait qu’à les voir se tasser avec gêne sur leurs sièges !

« Il est vrai que les Gorayni se sont présentés avec ma lettre ; mais je l’avais écrite pour aider un jeune garde basilicain à obtenir asile auprès d’eux. Je le savais menacé par les mercenaires de Rashgallivak et il avait prêté main-forte à mon fils, aussi lui avais-je fourni le peu de protection que je pouvais. Je m’aperçois maintenant que c’était une terrible erreur ; ma lettre a prévenu les Gorayni de notre faiblesse et ils sont venus en profiter. Mais cette faiblesse, je n’en suis pas l’auteur, et si les Gorayni n’étaient pas arrivés, notre condition en serait-elle meilleure pour autant ? Tiendrions-nous même cette réunion ? Ne serions-nous pas toutes déjà victimes des viols et des pillages des mercenaires palwashantu ? Notre cité ne serait-elle pas déjà en cendres ? Dites-moi donc, mes sœurs : que vaut-il mieux ? Une triste situation mais avec un reste d’espoir, ou bien l’impuissance, l’anéantissement sans nulle espérance ? »

Un murmure monta de nouveau de l’assistance, mais Rasa tenait son public. Il était rare qu’elle parlât si longtemps et avec une telle énergie. Elle avait appris très tôt qu’elle préservait mieux son autorité en ne s’engageant jamais ouvertement et en manœuvrant plutôt en coulisses. Elle avait cependant fait assez de discours pour savoir comment plier l’auditoire à sa volonté, ne fût-ce que légèrement. Ce pouvoir s’amenuisait à force de servir, mais cette fois-ci, elle devait s’en servir sous peine de tout perdre.

« Si nous résistons au général, que se passera-t-il ? Même s’il tient parole et s’en va, qui peut dire si notre garde municipale sera aussi docile que par le passé ? Et de toute façon, je ne crois pas qu’il tiendra sa promesse. A-t-on jamais vu le général Vozmujalnoy Vozmojno renoncer à un village, à un champ, à un seul caillou dont il se soit emparé ? » Le murmure s’enfla. « Oui, c’est bien le général Mouj et nous serions folles de penser le contraire ! Quel autre général gorayni aurait osé faire ce qu’il a fait ? Ne voyez-vous pas l’audace et le génie de son plan ? Il s’est présenté chez nous avec mille hommes seulement, mais pendant quelques heures cruciales, nous lui en avons cru cent fois plus ; puis, tout en se montrant servile et obséquieux, il a déployé ses soldats aux endroits stratégiques, il a séduit notre garde municipale et raflé les vivres dont il avait besoin. Oh, il s’excuse et il s’explique toujours, il nous assure toujours qu’il n’a que de bonnes intentions ; mais il ment comme il respire ! Rien de ce qu’il prétend n’est vrai ! Ce qu’il veut, c’est annexer Basilica à l’empire gorayni. Il ne renoncera jamais à notre cité ! »

Elle patienta tandis que le brouhaha montait dans la salle. Plusieurs femmes se mirent à pleurer. « Il faut lui résister, alors ! cria l’une des conseillères.

— Et qu’est-ce que cela nous apporterait ? répliqua Rasa. Combien d’entre nous mourraient ? Et pourquoi ? Le cinquième de la cité est déjà réduit en cendres. Nous nous sommes déjà tapies chez nous, épouvantées, pendant que des ivrognes semaient la terreur dans nos rues. Qu’arriverait-il si les pillards étaient à présent à jeun ? Si c’étaient les mêmes tueurs disciplinés qui clouaient les émeutiers aux murs avec leurs propres poignards ? Nous n’aurions nulle part où nous réfugier, dans ce cas !

— Alors… que proposez-vous, dame Rasa ?

— Qu’on donne au général ce qu’il demande : la permission de rester. Avec pour condition que ses soldats soient cantonnés hors des murs de la cité ; qu’ils prêtent les mêmes serments que les hommes qui deviennent nos époux, le serment de ne pas s’approcher des zones interdites, de ne pas tenter de posséder de terrain et de partir quand leur terme arrive à échéance. »

Il y eut un murmure d’approbation.

« Le général acceptera-t-il cette proposition, dame Rasa ?

— Je n’en ai aucune idée. Mais jusqu’à présent, il a fait un effort pour se plier à nos désirs, ou au moins pour en donner l’illusion. Entourons notre proposition de la plus grande publicité, et puis espérons qu’il trouvera plus commode d’en accepter les termes que de les rejeter. »

Les exhortations de Rasa eurent finalement trop de succès : on approuva sa proposition à la quasi-unanimité, mais on la nomma aussi ambassadrice pour délivrer « l’invitation » au général Mouj. C’était là une entrevue qui ne la réjouissait pas, mais elle n’eut même pas le temps d’y réfléchir. L’invitation était à remettre en mains propres et sur-le-champ ; elle fut sans plus attendre imprimée, signée et scellée, et Rasa sortit de la salle le document à la main, sous les yeux de tout le conseil, quelques minutes avant l’échéance qu’il avait lui-même fixée.

Ce n’était pas la matinée la plus gaie que Mebbekew ait connue. Sans se plaindre, il avait péniblement grimpé les pentes interdites de Basilica derrière Elemak et Nafai, comme il avait suivi son frère aîné depuis le désert jusqu’à la cité, qu’ils avaient contournée pour atteindre les bois du nord. Mais une fois en vue de la résidence de Rasa, Mebbekew s’était éclipsé. Il n’avait nulle intention de n’être qu’un pion dans les plans de ses frères ; s’ils étaient ici pour se trouver des femmes, Mebbekew se choisirait lui-même la sienne, merci bien. Il n’allait sûrement pas rester à la traîne d’Elemak pour ne grappiller toute sa vie que des bas morceaux ; et il ne s’humilierait pas non plus à se rendre chez la mère de ses petits frères pour la supplier de lui donner une de ses précieuses nièces. Elemak avait jeté son dévolu sur Eiadh, cette poupée de porcelaine… eh bien, c’était son droit ! Mebbekew préférait les femmes qui ont du sang dans les veines, les femmes qui gémissent et feulent en faisant l’amour, les femmes pleines de vigueur et de force. Les femmes qui aimaient Mebbekew, quoi !

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