Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
Il recula d’un pas. « Ne me touchez pas ! Je suis répugnant ! Deux jours de voyage dans le désert, ça ne vous donne pas le meilleur des parfums, et si ce n’est pas ma puanteur qui vous tue, ce sera mon haleine !
— Je ne m’attendais pas à un fumet raffiné, dit-elle. Je vais tout de même prendre le risque de vous mener par la main.
— Alors, votre Courage le dispute à votre beauté, répondit-il. Par Surâme, souffla-t-il, que votre main est fraîche et douce ! »
Elle rit encore une fois ; une actrice aussi expérimentée que Dol ne se laisserait jamais prendre à la flatterie. Mais, songeait Mebbekew, il devait y avoir des années qu’on ne l’avait plus complimentée et le simple fait qu’il pense que cela valait la peine d’essayer représentait une sorte de flatterie au second degré contre laquelle elle serait sans défense. Et de fait, cela semblait très bien fonctionner.
« Ne vous croyez pas obligé de me tenir ce genre de discours, dit-elle. Tante Rasa a laissé des instructions pour qu’on vous reçoive dès que… comment a-t-elle dit ? Ah oui, dès que vous vous donneriez la peine de vous montrer !
— Si j’avais su vous trouver ici, madame, je serais venu bien plus tôt. Et comme vous le dites, je n’ai personne à flatter pour entrer chez Rasa ce matin ; donc, mes paroles ne cachent aucune flagornerie. C’est mon cœur qui parle. Quand j’étais enfant, je suis tombé amoureux de l’image de Dolya sur scène ; aujourd’hui, je vous vois avec des yeux d’adulte ; je vous vois comme une femme. Et je sais que votre beauté n’a fait que croître. J’ignorais que vous faisiez partie des nièces de Rasa, sinon je serais resté à l’école.
— Autrefois, j’étais sa nièce ; maintenant, je suis professeur. J’enseigne le maintien et des matières du même genre. J’ai Eiadh comme élève, vous savez, celle que courtise votre frère Elemak.
— C’est bien de lui, ça : faire la cour à une pâle copie sans accorder un regard à l’original ! » Mebbekew la dévisageait ouvertement ; mais plutôt que ses yeux, il étudiait ses lèvres, ses cheveux, ses traits : ainsi ne pouvait-elle ignorer qu’il la buvait du regard. « À propos, Elemak n’est que mon demi-frère, ajouta-t-il. Quand je me serai lavé des pieds à la tête, vous verrez que je suis beaucoup mieux que lui. »
Elle rit, mais il savait qu’il avait capté son intérêt ; il avait appris depuis longtemps que la flatterie opère toujours et que même la louange la plus scandaleuse est prise pour argent comptant, pour peu qu’on l’élabore et qu’on la répète suffisamment. Dans le cas présent, cependant, il n’avait pas à se forcer ; Dol était vraiment très belle, même si sa beauté n’avait évidemment plus rien à voir avec celle, éthérée, de l’enfant de treize ans qu’elle avait été. Elle possédait encore de la grâce, pourtant, un noble port de tête et un sourire éblouissant ; de plus, maintenant qu’il l’étudiait depuis quelques minutes, ses yeux agrandis se mettaient à briller chaque fois qu’elle le regardait. C’était le signe du désir. Il avait attisé le désir en elle ; non pas le désir charnel, naturellement : mais celui d’entendre encore louer sa beauté, de recevoir la caresse d’autres compliments. Et son expérience lui disait qu’il ne devrait pas avoir de mal à la faire passer de ce désir à l’autre, s’il n’était pas trop fatigué après son petit-déjeuner et son bain.
Elle le fit entrer dans sa propre chambre – bon signe ! – où les domestiques lui firent couler un bain. Il était toujours dans l’eau à jouir avec délices de sa propreté quand elle revint portant un plateau de nourriture et un pichet d’eau. Elle s’était chargée en personne de cette tâche et ils étaient seuls. Elle bavardait sans cesse – sans nervosité, d’ailleurs, plutôt d’un air confiant. C’était là le plus grand talent de Mebbekew : savoir si bien mettre les femmes à l’aise quelles finissaient par lui parler avec cette candeur dont elles n’usaient en général qu’avec leurs amies.
Tandis qu’elle devisait, il se dressa hors de l’eau ; elle venait de déposer le plateau sur la coiffeuse, et quand elle se retourna, elle le vit qui se passait sa serviette sur le corps, nu comme un ver. Elle eut un charmant hoquet effarouché et détourna les yeux.
« Pardonnez-moi, dit-il. Je ne pensais pas vous effrayer. Vous devez avoir vu tellement d’hommes quand vous étiez actrice… J’ai fait de la scène, moi aussi, et personne n’est timide ni pudique en coulisses. »
— J’étais jeune, répondit Dol. On me protégeait, à cette époque.
— Je me fais l’impression d’être une brute, dans ce cas. Je ne voulais pas vous choquer.
— Non. Non, non, je ne suis pas choquée.
— L’ennui, c’est que je n’ai plus rien à porter. Je ne crois pas qu’il soit utile de remettre mes vêtements sales.
— Les domestiques les ont déjà emportés à laver. Mais je dois avoir une robe de chambre pour vous.
— Une des vôtres ? Ça m’étonnerait qu’elle m’aille. » Entre-temps, il avait naturellement continué à se sécher sans chercher à se couvrir. Et tandis qu’ils parlaient, elle s’était retournée et le regardait à présent franchement. Comme tout allait bien pour Mebbekew et qu’il pensait faire bientôt l’amour à cette femme, son corps s’était éveillé. Dès qu’il surprit Dol le regard posé sur le bas de son ventre, il feignit de remarquer sa réaction pour la première fois et plaça d’un geste ostensible sa serviette devant lui. « Excusez-moi, dit-il. Je suis resté si longtemps seul dans le désert, et vous êtes si belle… Je ne voulais pas vous offenser.
— Je ne me sens pas insultée », répondit-elle. Et il vit le désir briller dans ses yeux ; elle attendait de lui plus que de jolis mots, à présent. Comme il l’avait supposé, elle ne devait plus recevoir beaucoup de prétendants. Belle comme elle était, elle n’aurait pas manqué d’amants à Dollville, mais dans l’école de Rasa, les occasions devaient être beaucoup plus rares. Elle était donc sûrement aussi impatiente que Mebbekew.
Voilà ce qu’il était venu chercher à Basilica ; non ces femmes de Dollville, avides et craintives, qui le voulaient fort et solide, mais celle-ci, qui ne le désirait que passionné, flatteur et amusant. Dol se sentait assez à l’aise et en sécurité chez Rasa pour demeurer telle que toutes les Basilicaines auraient dû être : des femmes autonomes qui ne demandaient rien à leurs amants qu’un peu de plaisir et d’attention.
Elle lui apporta sa robe de chambre. Le vêtement lui serait sans doute allé à peu près, mais il fit exprès d’enfoncer son bras si loin dans la manche qu’elle lui remonta jusqu’au coude. « Oh, mais ça ne va pas du tout ! s’exclama-t-elle.
— Ça n’a plus grande importance, répondit-il. Je crois que je n’ai plus beaucoup de secrets pour vous, de toute façon ! »
Bien entendu, il avait lâché sa serviette pour essayer la robe de chambre ; il se baissa pour la ramasser alors qu’elle lui retirait la robe du bras. Mais quand il se redressa, elle lui prit la serviette et la robe des mains. « Vous avez raison, dit-elle. Inutile de continuer à se plier aux règles de la pudeur. » Elle jeta robe de chambre et serviette dans un coin de la pièce, puis apporta à Mebbekew une grappe de raisin prise sur le plateau. « Tenez », reprit-elle.
Elle tendit la grappe non vers sa main, mais vers ses lèvres. Il se pencha plus qu’il n’était nécessaire et prit dans sa bouche les doigts de Dol en même temps qu’un des fruits. Elle ne les retira pas et il aspira lentement le grain. Enfin, il mordit dans le raisin et sentit le jus lui gicler dans la bouche ; c’était à la fois acide et sucré, délicieux. Il s’assit sur le lit et elle lui tendit un autre grain, puis un encore… Mais le reste de la grappe finit sur le plancher.