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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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Rasa acquiesça gravement. « J’accepte votre recommandation. Soyez tranquille : je vous mépriserai en silence jusque chez moi. »

Il fallut six hommes pour l’escorter chez elle. Les mensonges de Mouj avaient si bien pris que des foules s’étaient réunies ici et là pour décrier sa trahison envers la cité. S’entendre injustement avilie par sa cité bien-aimée fut une épreuve cruelle, mais moins encore que d’écouter les autres cris – les acclamations adressées au général Mouj, le sauveur de Basilica.

5

Les Époux

Le rêve de la sainte femme

On l’appelait Sitida dans son pays natal, loin vers l’est, mais elle en était partie depuis si longtemps qu’elle ne se souvenait même plus de la langue de son enfance. Elle avait sept ans quand son oncle la vendit comme esclave et on l’emmena vers l’ouest, à Seggidugu, pour y être revendue. Sa servitude avait été supportable : sa maîtresse était stricte mais juste et son maître n’avait pas la main vagabonde. Ç’aurait pu être bien pire, elle le savait parfaitement… mais ce n’était pas la liberté.

Elle priait sans cesse pour que ses chaînes se brisent. Elle pria Fackla, le dieu de son enfance, et rien ne se passa. Elle pria Kui, le dieu de Seggidugu, et resta pourtant esclave. Enfin, elle entendit parler de Surâme, la déesse de Basilica, la cité des femmes où les hommes ne pouvaient être propriétaires et où les femmes étaient libres. Alors, elle pria, pria encore, et un jour, alors qu’elle avait douze ans, elle devint folle ; la transe de Surâme l’avait saisie.

Nombreux étaient les esclaves qui se prétendaient ainsi possédés soudain par un dieu afin d’obtenir leur libération ; aussi enferma-t-on Sitida le temps de sa folie, sans rien lui donner à manger. L’obscurité du minuscule réduit ne la gênait pas, car elle était plongée dans les visions que Surâme instillait dans son esprit. Ce n’est que lorsque ces visions prirent fin qu’elle eut conscience de son inconfort ; ou du moins, c’est ce que crut sa maîtresse quand Sitida se mit à crier dans son réduit : « Soif ! Soif ! Soif ! »

On ne comprit pas qu’elle hurlait ce seul mot non parce qu’elle avait besoin de boire – elle était pourtant dans un état de déshydratation avancé – mais parce que tel était son nom traduit dans la langue de Basilica, la langue de Surâme. Elle répétait son propre nom parce qu’elle s’était perdue au milieu de ses visions. Elle espérait qu’en le criant assez fort et assez longtemps, la jeune fille qu’elle était autrefois l’entendrait, répondrait et reviendrait habiter son corps.

Plus tard, elle comprendrait que sa vraie personnalité ne l’avait jamais quittée, mais que la confusion, l’extase et la terreur de ses premières visions, si puissantes, l’avaient transformée et qu’elle ne serait plus jamais l’enfant de douze ans qu’elle avait été. Quand on la laissa sortir en l’avertissant de ne plus jamais feindre la possession, elle ne discuta pas, elle ne protesta pas de sa sincérité. Elle se contenta de boire et de manger tout ce qu’on lui donna avant de retourner au travail.

Mais on s’aperçut bien vite que cette esclave-ci ne faisait pas semblant. Un jour, elle regarda son maître et se mit à pleurer sans qu’on pût la consoler. L’après-midi, alors qu’il surveillait la construction d’une belle maison pour l’un des hommes les plus riches de la cité, une pierre échappa aux ouvriers qui essayaient de la mettre en place et le projeta à terre. Deux esclaves subirent des fractures dans l’accident, mais le maître de Soif tomba dans la rue et un cheval qui passait lui piétina la tête. Sa vie se traîna un mois encore sans qu’il reprît jamais conscience ; il avalait de petites gorgées d’eau que sa femme lui apportait toutes les demi-heures, mais il vomissait la nourriture qu’elle lui glissait dans la gorge. Il finit par mourir de faim.

« Pourquoi as-tu pleuré, ce jour-là ? demanda la veuve à Soif.

— Parce que je l’ai vu étendu dans la rue et piétiné par un cheval.

— Et pourquoi donc ne l’as-tu pas prévenu ?

— Surâme m’avait montré l’accident, maîtresse, mais elle m’avait interdit d’en parler.

— Alors, je hais Surâme ! cria la femme. Et toi aussi, je te hais de t’être tue !

— Ne me punissez pas, je vous en supplie, maîtresse ! dit Soif. Je voulais vous avertir, mais elle m’en a empêchée.

— Non, répondit la femme. Non, je ne vais pas te punir ; tu as fait ce que la déesse exigeait de toi. »

Après l’enterrement du maître, sa veuve vendit la plupart des esclaves, car, désormais incapable d’entretenir une belle maison dans la cité, elle devait retourner chez son père. Mais Soif, elle ne la vendit pas. Elle lui donna sa liberté.

Sa liberté, mais rien d’autre. Et c’est ainsi que Soif se fit Sauvage, non parce que Surâme l’avait conduite au désert, mais parce qu’elle avait faim et que dans les autres cités, les mendiants la chassaient : son maigre appétit ne les aurait pas privés de grand-chose, mais frêle et soumise comme elle était, c’était une des rares créatures qu’ils avaient le pouvoir de repousser.

Elle se retrouva donc dans le désert, à se nourrir de sauterelles et de lézards et à s’abreuver dans les flaques d’eau fétide laissées par les orages dans les zones d’ombre et dans les grottes. Elle vivait désormais en accord avec son nom, et finit par devenir une vraie Sauvage, au-delà même de son aspect et de ses habitudes de vie, car elle était couverte de crasse, nue comme un ver et mourait de faim dans le désert comme une vraie sainte femme ; mais au fond de son cœur, elle enrageait contre Surâme, elle lui en voulait amèrement de la façon dont elle avait répondu à ses prières. Je t’ai demandé la liberté ! hurlait-elle. Je ne t’ai jamais demandé de tuer mon bon maître et de laisser ma bonne maîtresse sans le sou ! Je ne t’ai jamais demandé de me chasser au désert, où le soleil me brûle la peau sauf là où la poussière mêlée à la sueur protège mon corps nu ! Je n’ai jamais demandé de visions ni de prophéties. Tout ce que j’ai demandé, c’est d’être une femme libre, comme ma mère. Et je ne me rappelle même plus son nom !

Mais Surâme n’en avait pas terminé avec elle, et Soif ne connut donc pas encore la paix. Alors qu’elle n’avait que quatorze ans, d’après ses calculs, elle rêva d’un pays de montagnes et néanmoins si plein de vie que même la face de la falaise la plus abrupte disparaissait sous une épaisse végétation. Elle vit aussi un homme et Surâme lui dit que c’était là son véritable époux. Cette nouvelle la laissa impavide – seuls l’intéressaient la nourriture que cet homme tenait dans la main et le ruisseau qui coulait à ses pieds. Aussi se dirigea-t-elle vers le nord jusqu’à ce qu’elle trouve le pays de verdure et le ruisseau. Là, elle se lava, puis elle but longuement. Et un jour, propre et rassasiée, elle le vit qui menait son cheval vers le cours d’eau.

Elle faillit se sauver. Elle faillit se dérober à la volonté de Surâme, car elle ne voulait pas d’un mari pour l’instant et les baies qui poussaient le long du ruisseau la rassasiaient mieux que tout ce qu’il pourrait lui offrir.

Mais il la vit et la contempla. Alors elle se couvrit la poitrine de ses mains : elle sentait vaguement que c’était un objet de désir pour les hommes, car leurs yeux y revenaient sans cesse ; mais elle n’avait aucune expérience des hommes, Surâme l’ayant jusque-là protégée des errants du désert.

« Dieu m’interdit de te toucher », dit-il doucement. Il parlait la langue de Basilica, mais avec un accent très différent de celui de Seggidugu.

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