Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
« C’est un mensonge, répondit-elle. Surâme m’a faite ta femme.
— Je n’ai pas de femme. Et si j’en avais une, je n’aurais pas pris une enfant chétive comme toi.
— Tant mieux. Parce que je ne veux pas de toi non plus. Que Surâme te trouve une vieille, si elle veut que tu aies une femme ! »
Il éclata de rire. « Alors nous sommes d’accord. Tu n’as rien à craindre de moi. »
Il l’emmena chez lui, la vêtit, lui donna à manger, et pour la première fois de sa vie elle fut heureuse. Au bout d’un mois, ils tombèrent amoureux l’un de l’autre et il la prit comme un homme prend une épouse, mais sans cérémonie de mariage. Curieusement, elle était convaincue qu’en l’épousant, il faisait exactement ce que Surâme attendait de lui, tandis que lui avait la certitude qu’en la prenant dans son lit, il défiait la volonté de Dieu. « Je résiste à Dieu chaque fois que je le puis, dit-il, mais je ne t’aurais jamais prise contre ton gré, même pour le plaisir de provoquer mon ennemi.
— Dieu est ton ennemi, à toi aussi ? » chuchota-t-elle.
Ils restèrent un mois ensemble. Puis la folie la reprit et elle se sauva dans le désert.
Tout se répéta plusieurs années plus tard ; cette fois pourtant, elle ne retrouva pas l’homme chez lui, mais dans un pays froid, couvert de pins et de plaques de neige, et ils n’attendirent pas un mois avant de s’unir comme un homme et son épouse. Et encore une fois, Surâme la posséda au bout d’un mois et elle s’enfuit au désert.
À chaque fois, elle conçut une fille, et à chaque fois elle eut envie de présenter l’enfant à l’homme, de déposer le bébé à ses pieds et de faire valoir ses droits d’épouse. Mais Surâme le lui interdit et elle apporta l’enfant à la cité des femmes, à Basilica, jusqu’à la maison que ses rêves lui avaient désignée, et elle le remit aux mains d’une femme que Surâme aimait profondément.
Comme Soif l’enviait ! Quand on a l’amour de Surâme, on jouit d’une maison, de la liberté, du bonheur et on est entourée d’enfants et d’amies. Mais Soif n’avait que la haine de Surâme, aussi vivait-elle seule au désert.
Jusqu’à ce qu’enfin, dix ans auparavant, la folie la quitta pour de bon – du moins le crut-elle. Elle sortit alors du désert pour entrer au pays de Potokgavan, où d’aimables inconnus l’acceptèrent parmi eux. Ni belle ni désirable, elle était cependant étrangement impressionnante et un fermier brave et simple qui possédait une solide maison montée sur d’épais pilotis lui demanda sa main. Elle accepta et ils eurent sept enfants.
Mais elle n’oublia jamais les jours où elle était sainte femme, où Surâme la détestait, et elle n’oublia jamais les deux filles qu’elle avait eues de l’homme étrange que Surâme lui avait choisi pour époux. Elle avait donné à l’aînée le nom d’Hushidh, qui désignait aussi une fleur du désert au parfum suave, mais souvent habitée par les larves de la sabremouche venimeuse. La plus jeune, elle l’avait baptisée Luet d’après la lyuty, une plante dont on broyait les feuilles afin d’en faire le thé sacré qui aidait les adoratrices de Surâme à vivre une transe d’où naissaient parfois, disait-on, de vraies visions. Elle n’oubliait jamais ses filles et priait chaque matin pour elles, sans pourtant jamais parler à son mari ni à leurs enfants des deux bébés qu’elle avait dû déposer entre les mains d’une autre.
Puis une nuit, elle fit un nouveau rêve, un rêve de folie divine. Elle se vit encore une fois s’approcher de l’époux que Surâme lui avait choisi, du père de ses deux premières filles. Mais il était plus vieux, et son visage semblait effrayant et triste. Ses deux filles étaient là, la plus jeune à ses côtés, l’aînée à genoux devant lui ; Soif se vit venir vers lui, lui prendre la main et dire : « Mon époux, maintenant que tu as retrouvé tes filles, serai-je ta femme aux yeux des hommes comme aux yeux de Surâme ? »
Ce rêve lui fit horreur, profondément horreur, car c’était un rejet pur et simple du mari qu’elle avait à présent et des enfants qu’ils avaient eus ensemble. Pourquoi m’as-tu donné la liberté de vivre cette vie à Potokgavan, ô impitoyable Surâme, si tu avais l’intention de m’arracher à ma famille ? Et si tu voulais que je retrouve mes deux premières filles, pourquoi ne m’as-tu pas plutôt laissée les garder ? Tu es trop cruelle envers moi, Surâme ! Je refuse de t’obéir !
Mais chaque nuit elle refaisait le même rêve, sans cesse, toute la nuit durant, jusqu’à croire en devenir folle. Et pourtant, elle ne partait pas.
Puis un matin, à la fin de l’implacable vision, un élément nouveau apparut dans son rêve : une sorte de lamentation, aiguë et douce à la fois. Elle regarda autour d’elle et aperçut une créature couverte de fourrure qui volait dans le ciel et elle comprit que le chant mélodieux émanait de cet ange. Il s’approcha d’elle et se posa sur son épaule ; puis il l’enveloppa de ses ailes membraneuses et son chant éclata aux oreilles de Soif.
« Que dois-je faire, bon ange ? » lui demanda-t-elle dans le rêve.
Pour toute réponse, l’ange se jeta en arrière et tomba sur le sol devant elle. Et tandis qu’il restait là, étendu dans la poussière, impuissant, incapable de se servir de ses ailes fragiles et tendres, arrivèrent des créatures qui ressemblaient à des babouins par la taille mais à des rats par les dents, les yeux et le museau. Ils s’approchèrent de l’ange, le reniflèrent, et quand ils s’aperçurent qu’il ne s’envolait ni ne bougeait, ils s’y attaquèrent. Oh, c’était horrible ! Et il ne quitta pas Soif de ses yeux pleins de tristesse.
Je dois le sauver, se dit Soif. Il faut que je chasse ces terribles ennemis ! Mais dans le rêve, elle en était incapable ; elle ne pouvait absolument rien faire.
Quand les cruelles créatures s’éloignèrent enfin, l’ange n’était pas mort. Mais ses ailes avaient été dévorées et il ne restait à la place que deux bras maigres, faibles, d’où ne pendait plus qu’une mince frange de peau. Elle s’agenouilla près de lui, le serra contre elle et pleura sur lui sans pouvoir s’arrêter.
« Maman, dit son puîné, maman, tu pleures dans ton rêve, je crois. Réveille-toi. »
Elle ouvrit les yeux.
« De quoi s’agissait-il ? » demanda le garçon. Il était affectueux et elle n’avait pas envie de le quitter.
« Je dois partir en voyage, répondit-elle.
— Où ça ?
— Très loin d’ici, mais je reviendrai, si Surâme le permet.
— Pourquoi est-ce que tu dois partir ?
— Je n’en sais rien. Surâme m’appelle et j’ignore pourquoi. Ton père est déjà aux champs ; ne lui dis rien avant son retour pour le déjeuner. À ce moment-là, je serai trop loin pour qu’il me rattrape. Dis-lui que je l’aime et que je reviendrai auprès de lui. S’il veut me punir à ce moment-là, je me soumettrai de bon gré à sa sanction, car je préférerais me trouver ici avec lui et avec mes enfants qu’être couronnée reine dans un autre pays.
— Maman, dit l’enfant, je sais depuis un mois que tu vas t’en aller.
— Et comment le sais-tu ? » demanda-t-elle. L’espace d’un instant, elle craignit qu’il n’eût le triste privilège, lui aussi, d’entendre la voix de Surâme dans son cœur.
Mais le garçon n’était pas atteint de folie divine – non, il avait simplement du bon sens : « Tu regardais sans cesse vers le nord-ouest, et Père nous raconte quelquefois que c’est de là que tu es venue. Alors, je me suis dit que tu voulais rentrer chez toi.
— Non. Je ne veux pas rentrer chez moi, parce que chez moi, c’est ici. Mais j’ai une tâche à remplir, et ensuite je reviendrai auprès de vous.
— Si Surâme le permet. »