Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
« Convenables pour quoi ? avait-elle demandé.
— Pour se marier, avait répondu Elemak, et porter des enfants dans une nouvelle terre loin d’ici.
— Il faudrait que je quitte Basilica en entraînant de malheureuses innocentes pour aller vivre dans le désert comme un babouin au milieu de sa tribu, c’est ça ?
— Pas comme un babouin, avait dit Nafai. On portera toujours des vêtements et personne n’aboie, chez nous.
— Je refuse d’envisager une telle folie !
— Oh si, vous allez l’envisager, Mère ! rétorqua Nafai.
— Tu me menaces ? avait demandé Rasa, car elle avait trop souvent entendu des hommes s’exprimer ainsi ces derniers temps.
— Pas le moins du monde. Je fais une prédiction ; je parie qu’avant une demi-heure, vous envisagerez sérieusement la chose, parce que vous savez que c’est Surâme qui vous le demande. »
Et il avait eu raison. Il n’avait même pas fallu dix minutes. Elle n’était pas parvenue à effacer cette idée de son esprit.
Comment Nafai l’avait-il su ? Parce qu’il comprenait le fonctionnement de Surâme. Mais ce qu’il ignorait, c’est qu’avant cela, Surâme cherchait déjà à la convaincre ; en partant au désert, Wetchik lui avait demandé de l’accompagner. Il n’était pas question d’autres femmes alors, mais quand elle avait prié Surâme, elle avait reçu une réponse aussi claire qu’une voix dans son cœur. Emmène tes filles, disait Surâme ; emmène tes nièces, toutes celles qui voudront venir au désert, pour qu’elles y deviennent les mères de mon peuple.
Au désert ! Pour y vivre comme des animaux ! Toute sa vie, Rasa avait cherché à suivre les enseignements de Surâme ; mais cette fois, c’était trop demander. Qui était Rasa en dehors de Basilica, en dehors de sa maison ? Personne. La femme de Wetchik, pas davantage. Ce seraient les hommes qui dirigeraient, des hommes sauvages comme Elemak, le fils de Wetchik. Quel garçon inquiétant, cet Elemak ! Comment Wetchik ne voyait-il pas le danger qu’il représentait ? Ce serait d’Elemak le chasseur qu’elle dépendrait pour manger. Et elle-même, quelle influence aurait-elle ? Quel conseil l’écouterait ? Les hommes tiendraient les réunions pendant que les femmes feraient la cuisine, la lessive et s’occuperaient des bébés. On en reviendrait aux temps primitifs, aux époques animales. Non, impossible de quitter la cité des femmes : elle ne serait plus dame Rasa, mais une bête.
Il n’y a qu’ici que j’existe, ici que je suis humaine.
Et pourtant, en entrant dans la salle du conseil, elle se rendit compte qu’il n’y avait plus de cité des femmes. Regardant les visages effrayés, solennels ou furieux des membres du conseil, elle comprit que la Basilica d’autrefois ne reverrait plus jamais le jour. Une nouvelle Basilica naîtrait peut-être à sa place, mais plus jamais une femme comme Rasa ne pourrait élever ses filles et ses nièces dans une paix et une sécurité parfaites. Il y aurait toujours des hommes pour essayer de posséder, de contrôler, de se mêler de tout. Le mieux qu’elle pouvait espérer pour une telle cité serait un homme de la trempe de Wetchik, dont la bonté tempérerait la soif instinctive de pouvoir. Mais existait-il un autre Wetchik de par le monde ? Et même, toute bienveillante qu’elle fût, son ingérence serait déjà excessive. Tout serait détruit. Tout serait corrompu et souillé.
Surâme ! Tu as trahi tes filles !
Mais elle n’exprima pas son blasphème à voix haute. Elle prit simplement place au milieu de la salle, à l’une des tables où s’asseyaient les clercs et les conseillères qui ne votaient pas durant les séances, et elle sentit tous les yeux se poser sur elle. Beaucoup dans l’assistance la rendaient responsable de tout, elle ne l’ignorait pas – et elle pouvait difficilement leur donner tort. Tout était lié à ses époux, à son fils, à ses filles ; à sa maison où Rashgallivak avait perdu le contrôle de ses soldats ; et surtout à sa lettre entre les mains du général gorayni quand il était entré dans la cité.
La session commença et, pour la première fois, on bâcla les rites d’ouverture, dont certains passèrent même entièrement à la trappe. Personne ne s’en plaignit : tout le conseil savait que la date limite imposée aux Gorayni pour quitter la cité était devenue la date limite de sa propre existence, car il était clair maintenant qu’ils n’avaient nulle intention de s’en aller.
Les discussions firent bientôt rage. Personne ne contestait le fait que les Gorayni étaient aujourd’hui maîtres de la cité ; non, le débat portait sur une décision à prendre : fallait-il résister au général – d’aucuns l’appelaient Mouj, mais seulement pour se moquer, car il refusait le nom de Vozmujalnoy Vozmojno sans pour autant en fournir un autre – ou bien donner un vernis légal à son occupation ? L’idée de céder à cet homme faisait horreur à toutes les femmes présentes, mais si l’on tranchait dans ce sens, il restait au moins un espoir qu’il les laisse continuer à gouverner la cité, en échange de quoi il pourrait utiliser Basilica comme base d’opérations contre les cités de la Plaine ainsi, sans doute, que contre Potokgavan. Cependant, en rendant légale cette occupation, comme il l’avait demandé, elles lui donnaient à long terme le pouvoir de détruire le conseil.
Toutefois, quel choix avaient-elles ? Le général n’avait proféré aucune menace. Il s’était contenté de leur faire porter une lettre très respectueuse : « Nos troupes n’ayant pas réussi à mettre fin au danger qui pèse sur Basilica, nous répugnons à laisser nos excellents amis exposés au retour du désordre que nous avons trouvé à notre arrivée. En conséquence, si vous nous invitez à rester jusqu’au rétablissement complet de la paix, nous nous ferons volontiers vos serviteurs obéissants pour une durée indéfinie. » À lire cette lettre, les Gorayni paraissaient dociles comme des agneaux.
Mais le conseil savait à présent qu’avec les Gorayni, les apparences étaient trompeuses. Oh, ils s’inclinaient devant tous les ordres en promettant d’obéir ; mais ils n’exécutaient que ceux qui convenaient à leurs desseins. Et la garde municipale n’était pas plus digne de confiance, car ses officiers s’étaient quasiment mis à idolâtrer le général gorayni et, à son exemple, à jurer obéissance pour ensuite n’en faire qu’à leur tête. Oh, il était malin, ce général ! Il ne provoquait personne, ne se disputait avec personne, tombait d’accord avec tout le monde… mais il était inébranlable et ne faisait que ce qui lui plaisait sans jamais prêter le flanc à la critique. Toutes les femmes présentes dans la salle du conseil avaient dû sentir d’une façon aussi aiguë que Rasa le pouvoir qui s’échappait de leurs mains, le recentrage de la cité sur la volonté de ce seul homme, sans qu’il dise ou fasse ouvertement quoi que ce soit.
Comment s’y prend-il ? se demanda Rasa. Comment domine-t-il les gens sans belles paroles et sans violence ? Comment les amène-t-il à le craindre ou à l’aimer, non pas malgré son implacable dureté, mais justement à cause d’elle ?
Peut-être cela tient-il à ce qu’il sait exactement ce qu’il veut, songea-t-elle. Peut-être croit-il si fort à sa vision du monde que ceux qui l’entourent ne peuvent qu’y adhérer. Peut-être avons-nous tous besoin de quelqu’un qui nous dise la vérité et sur qui l’on puisse compter, au point de nous plier à un point de vue qui nous affaiblit et le rend fort, lui ; et cela rien que dans l’espoir de la sécurité !
« Nous ne sommes plus qu’à quelques minutes de l’échéance, dit la vieille Kobe. Et au cours de la discussion de ce matin, nous n’avons pas entendu dame Rasa. » Un murmure d’approbation s’éleva, aussitôt noyé par un grondement de colère. « Ce n’est pas ici qu’il faut l’entendre, mais au tribunal ! cria une femme. C’est elle la responsable de tous nos maux ! »