Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
Rigg devait juste rester lui-même et éviter de se comporter comme avec M. Tonnelier et ses acolytes.
À dire vrai, il en était presque venu à aimer son statut d’homme de richesses et de pouvoir et les ridicules déférences de ces adultes face à un gamin de treize ans. S’il était réellement de sang royal, comme Nox l’avait laissé entendre, et si cela signifiait encore quelque chose sous le régime du Peuple, peut-être avait-il grandi conscient de mériter un jour ces traitements de faveur.
Il savait aussi – combien de fois Père le lui avait-il répété ? – qu’on ne mesure pas sa valeur au renflement de sa bourse. « Tu peux tout perdre du jour au lendemain, lui avait-il expliqué. L’argent n’a d’autre valeur que celle que la société lui accorde. Combien se sont crus riches un jour pour se retrouver mendiants le lendemain, dans une nation en crise, sa monnaie effondrée, les poches pleines d’une ferraille sans valeur ? »
Rigg prenait cette mise en garde très au sérieux, car c’était l’histoire de milliers de familles nobles fauchées par la Révolution du Peuple. L’argent est un corps étranger à l’homme, savait-il encore. Je suis né et mourrai sans, il ne fait que passer.
Cette réflexion faite, il ne put s’empêcher de sentir cette douce chaleur de se savoir à l’abri du besoin. Un privilège dans ce monde. Il était impossible qu’une telle richesse vous laisse inchangé, et il le savait. Il ne tenait qu’à lui de faire mentir cette règle.
Chapitre 8
La tour
Ram réfléchit au problème assis, debout, couché, en marchant, les yeux fermés, ouverts, devant un jeu vidéo, un film ou un livre, ou encore immobile, à ne rien faire du tout.
Une idée lui vint enfin à l’esprit, qui apporterait peut-être un début de réponse. « La lumière des étoiles derrière nous – décalage vers le rouge ou vers le bleu ?
— “Derrière nous” par rapport à notre dernière position dans l’espace ? Ou à la poupe du vaisseau ?
— À la poupe du vaisseau, répondit Ram. En direction de la Terre.
— Décalage vers le rouge.
— Si on se rapprochait de la Terre, on devrait observer un décalage vers le bleu.
— Et pourtant nous nous rapprochons de la Terre, mais le décalage se fait vers le rouge, confirma le sacrifiable. Ce n’est pas normal. Les ordinateurs sont complètement perdus avec toutes ces données contradictoires.
— Comparez ce décalage par rapport à celui observé lorsque nous étions dans la même position et en route pour la contraction. »
Le temps pour Ram de cligner les yeux et l’analyse était faite.
« Ils sont identiques.
— C’est donc que nous répétons le même trajet, en conclut Ram. La carcasse de ce vaisseau avance dans l’espace, mais nous qui sommes à l’intérieur revenons dans le temps.
— Dans ce cas, pourquoi ne nous voyons-nous pas tels que nous étions il y a deux jours, avant la contraction ? demanda le sacrifiable.
— Parce que nous existons en deux versions qui se déplacent différemment, répondit Ram.
— Vous auriez presque l’air sérieux en disant cela.
— Si je commençais à hurler et à m’agiter dans tous les sens, vous me prendriez pour un fou.
— C’est déjà le cas, dit le sacrifiable. Mon programme interne me demande de stocker vos dernières déclarations dans une file d’attente, car elles sont incompatibles avec mes données.
— Vous savez trouver les mots, vous, dit Ram. Le vaisseau est toujours le même. Tout ce qui, à l’intérieur, n’a pas besoin de changer est resté exactement comme lors de notre premier trajet. Au même endroit au même moment. Les flux électriques, en revanche, ont changé, tout comme les informations échangées entre ordinateurs, votre cerveau de robot, mon cerveau d’humain et nos déplacements dans l’espace, car notre causalité bouge dans une autre direction. Nous nous déplaçons dans le même espace que nos précédentes versions de nous-mêmes, mais dans un flux temporel différent. Nos deux nous ne peuvent donc pas se voir.
— Cette explication ne tient pas, dit le sacrifiable.
— Vous avez mieux à proposer ? »
La réponse tarda cette fois. Le sacrifiable demeura totalement interdit, tandis que Ram fourrait mécaniquement dans sa bouche, sans vraiment avoir faim, un peu de nourriture avant de mastiquer puis d’avaler.
« Je n’ai pas mieux, finit par admettre le sacrifiable. Je ne raisonne qu’à partir d’informations ayant abouti à des raisonnements fiables.
— D’où votre besoin d’un cerveau humain après le saut, j’imagine, dit Ram.
— Ram, lança le sacrifiable, qu’arrivera-t-il quand le vaisseau atteindra la Terre ?
— Les deux versions du vaisseau se détacheront et exploseront, ou nous nous détacherons du vaisseau et gèlerons instantanément dans l’espace. Ou, dernière hypothèse, nous rentrerons sagement à la maison et continuerons à remonter le temps jusqu’à mourir de vieillesse, conjectura Ram.
— Je ne suis pas conçu pour mourir, dit le sacrifiable, à moins d’une intervention extérieure.
— N’est-ce pas merveilleux ? Un sacrifiable éternel. Vous allez pouvoir retourner dans le passé et découvrir tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur l’histoire humaine. Voir les pyramides se déconstruire, les ères glaciaires aller et venir à l’envers, les dinosaures renaître après le décollage d’une météorite du golfe du Mexique.
— Je serai inutile. Je n’aurai plus aucun moyen d’aider la race humaine. Mon existence sera vaine après votre mort.
— Maintenant, vous savez ce que les êtres humains ressentent toute leur vie. »
Ils attendaient sur les quais, leur garde-robe empaquetée à leurs pieds et leurs malles prêtes à être embarquées, lorsque Rigg se retourna instinctivement vers la ville. D’où il se tenait, même les faîtes des bâtiments de pierre blanche au-dessus du désordre de maisons et d’entrepôts des quais échappaient à son regard. Mais en s’éloignant peu à peu d’O sur la rivière, il se souvenait du spectacle auquel il réassisterait bientôt.
« Ce serait un peu idiot de notre part d’avoir passé toutes ces semaines à O sans rendre une petite visite à la tour, non ? commenta Rigg.
— C’est aussi mon avis, abonda Miche. Mais tu semblais déterminé à partir aussitôt l’argent empoché. »
Rigg eut envie de répondre : Pourquoi ne pas me l’avoir conseillé alors ? Mais il ne le fit pas pour deux raisons. La première, c’était que Miche lui avait plus ou moins soufflé l’idée par de subtiles insinuations comme : « Tous ces pèlerins qui vont directement à la tour, sans même passer par la ville » ou : « Certains vivent à O toute leur vie sans jamais voir la tour. » Sauf qu’en matière de conseils Miche ne faisait, en général, pas dans la dentelle. Rigg les avait du coup mal interprétés, les prenant pour de simples moqueries à l’égard des pèlerins et des habitants de la ville.
La seconde touchait exactement à ces petits changements que Rigg s’interdisait de critiquer par peur d’envenimer les choses. Miche se comportait désormais avec lui comme avec un riche client qu’un mauvais coup du sort aurait contraint à passer une nuit dans sa taverne. Avec une déférence confinant à la servilité – qu’il avait pu observer par exemple chez les domestiques de leur luxueuse auberge, mais jamais chez Miche, pas même lorsque Flaque et lui avaient découvert les pierres.
Ils s’étaient bien doutés alors qu’il s’agissait là d’une fortune, mais sans pouvoir la chiffrer ; et sans s’imaginer un seul instant que Rigg puisse la conserver plus de quelques jours. Miche ne les avait-il pas accompagnés justement pour tenir les profiteurs à l’écart ? Il lui avait répété plus d’une fois : « On dirait que tu n’avais pas besoin de moi, finalement, tu as été parfait. » Chaque fois, Rigg essayait de le rassurer. « Sans toi à mes côtés, lui disait-il, personne ne m’aurait pris au sérieux – une main tendue, une menace et je perdais tout. Je ne sais pas me battre, Miche. Toi, si. Il fallait d’abord qu’ils te voient pour penser ensuite à m’écouter. »