Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
Miche demanda : « Le prix dépasse une bourse de combien ?
— Sans acheteur, qui peut le dire ? Un bond au moins. Mais qui, dans cette République du Peuple, est suffisamment riche pour l’acheter, ou oserait seulement l’admettre ? Il ne la garderait pas longtemps.
— Quel est le problème ? demanda Rigg. Cette pierre doit juste être vendue à quelqu’un en privé, qui en fixera le prix sans rien dévoiler de ses richesses à qui que ce soit d’autre.
— Mais son prix serait sans commune mesure avec sa valeur réelle. De cinquante bourses, on passerait à cinq, voire deux peut-être.
— Et un consortium ? suggéra Rigg. Vos trois joailliers seraient-ils prêts à s’associer pour réaliser l’achat et la vente ensemble ?
— Oui, si je leur glissais l’idée. Un partenariat à trois, en m’impliquant également dans l’affaire.
— Avec à la clé un intéressement, et non plus une commission ?
— Sauf si Votre Seigneurie désapprouve, dit Tonnelier.
— Je ne suis pas un seigneur, ou alors mon père s’est bien gardé de me le dire. Contentez-vous de m’appeler Maître Rigg.
— Entendu, monsieur.
— Si je comprends bien, nous allons devoir prolonger notre séjour ici. Je vous charge de faire en sorte que tout se passe comme je viens de le décrire. J’imagine qu’un joaillier d’Aressa Sessamo va négocier la pierre en sous-main avec un acheteur privé, à trois bourses, dont deux et demi vous reviendront, à vous et vos associés, et que vous me créditerez de deux d’entre elles. En me déclarant bien sûr que chacun d’entre vous n’a touché qu’une malheureuse pluie au passage », assena Rigg, un sourire aux lèvres. Il accueillit les protestations de Tonnelier d’un hochement de tête : « Je n’ai aucun problème avec les gens dont la commission fait la fortune, monsieur Tonnelier.
— Il m’est difficile d’accepter une telle chose, peu importe ma commission, répliqua Tonnelier. Cette pierre n’a pas de prix.
— Il va pourtant falloir lui en trouver un.
— Même si tout fonctionne comme vous le suggérez, Maître Rigg, vous ne toucherez qu’un vingt-cinquième tout au plus de sa valeur réelle.
— Lorsqu’il me l’a léguée en héritage, mon père se doutait fort que la vente ne serait pas facile, j’imagine. S’il l’avait estimée valoir plus que le prix auquel il semble qu’elle partira, il l’aurait emportée dans la tombe. »
Les trois lui lancèrent des regards choqués et consternés.
« Je plaisantais. C’est une blague que mon père aurait faite. Il ne pouvait garder la pierre, sinon il ne me l’aurait pas donnée. Elle ne m’est d’aucun usage sauf vendue, car j’ai besoin d’argent. J’attends de ce souvenir d’un autre âge non pas le prix de sa légende, mais celui du marché. Entre-temps, j’aurai tout le loisir de réfléchir au parcours qui l’a menée jusqu’à mes mains. Mon défunt père ne me le dira plus, maintenant. Au travail, monsieur Tonnelier, et hâtez-vous. Et commencez par régler nos frais d’auberge sur vos deniers, et non les miens, cela vous incitera à plus de diligence. »
Tonnelier sourit. « J’allais vous le proposer.
— Je pensais que les trois quarts de un pour cent vous étaient restés en travers de la gorge, dit Rigg, toujours aussi souriant.
— Vu les taux habituels, vous m’avez gâté plus que de raison, monsieur, assura Tonnelier. Vous avez vous-même proposé le consortium et je ne vois aucune raison pour que les joailliers fassent fortune tandis que je me contenterais de mes trois quarts de point – qui représentent un joli profit dans l’absolu, soit dit en passant.
— Jamais je ne vous en voudrai d’en faire, affirma Rigg. Je vous demande juste de garder les termes de notre transaction aussi secrets que le nom de l’acheteur, que je ne passe pas pour une vache à lait. Et soyez assuré de ceci : le moment venu, je saurai combien l’acheteur a payé et si ma part n’atteint pas les deux tiers, je viendrai toquer à votre porte, et si seuls des avocats m’accompagnent, vous pourrez vous estimer heureux. »
Rigg dit cela d’une manière si enjouée que sa menace tacite de sanglante rétribution passa presque inaperçue. Tonnelier sourit, mais n’en manqua rien.
Après son départ, Rigg se retourna immédiatement vers Miche et lui dit : « Ta bourse aussi risque de peser plus lourd que prévu.
— Elle pèsera ce qui a été convenu, dit Miche.
— Si j’avais su ce que valaient ces pierres, j’aurais refusé de te payer si peu.
— Et moi, si j’avais su ce que valait une seule, j’aurais refusé tout net de vous accompagner, répliqua Miche. Je sais maintenant que tout cela était bien au-dessus de mes forces, avant même que tu ne montres la pierre à M. Tonnelier. Tout ça, c’est trop pour moi. Le prix convenu était juste, et il l’est toujours. »
Rigg en resta là. Lorsqu’ils en rediscuteraient avec Flaque, elle saurait lui faire comprendre que se faire payer dix fois plus n’aurait pas ruiné Rigg ; les risques courus par Miche à son insu les valaient bien. Inutile d’essayer de le persuader maintenant, Flaque le ferait plus tard.
Il fallut finalement plus de deux semaines au consortium pour se former. Rigg, Umbo et Miche en profitèrent pour visiter les tavernes, restaurants, galeries, boutiques, parcs, bibliothèques et autres lieux de divertissement d’O, jusqu’à l’ennui. L’attente en valait la peine. Lorsque la vente fut conclue, la part de Rigg avait gonflé : trois bourses.
Le dernier jour, Rigg repartit de chez Tonnelier plus riche d’une lueur et de douze rais, dont un en monnaie, soit cent vingt plis après conversion entre la devise de la Rivière et celle du Peuple.
Deux documents signés devant témoins lui avaient également été remis. L’un était une lettre de crédit d’une valeur de deux bourses, à dépôt de laquelle, dans une ou plusieurs banques d’Aressa Sessamo, les fonds seraient transférés. Sans jamais passer ni par O ni par la banque de Tonnelier, très probablement.
Le second était un certificat de dépôt d’une bourse, au taux de trois pour cent, garanti par nantissement des biens personnels de Tonnelier ; Rigg avait en effet acheté sa banque et l’avait laissée en bail à Tonnelier. Si ce dernier ne pouvait pas (ou refusait) de payer les intérêts que Rigg était en droit de lui réclamer, un huissier saisirait ses biens.
En affaires, la confiance entre amis est toujours une bonne chose. Encore faut-il que l’amitié résiste aux longues absences et à la distance. Les documents officiels pouvaient y aider.
Rigg, comme Miche et Umbo, d’ailleurs, gardait à l’esprit que dix-huit autres pierres pendaient toujours d’un ruban à sa taille, dont il ignorait tout de la valeur. Toutes ne pouvaient sortir de mythes anciens. Le hasard avait fait que Rigg tombe sur la seule à valoir plus d’une pluie ou deux. Soit déjà de quoi racheter Gué-de-la-Chute sans même entamer sa fortune. Il avait là un trésor incalculable, de quoi dépenser l’argent de plusieurs vies chaque jour. L’eût-il voulu, Rigg n’aurait même pas su comment s’y prendre.
Du coup, il ne savait même plus comment définir le mot « fortune ». Tout ce qu’il savait, c’est qu’en s’y prenant bien on pouvait aisément la dilapider. Comme disait Père : « Aucun homme n’est si infortuné qu’il manque d’amis empressés de dépenser son argent à sa place. »
Miche et Umbo n’étaient pas de ceux-là, pour l’instant du moins. L’argent les effrayait. Ils s’entendaient encore bien tous les trois, riaient de bon cœur ensemble ; mais ils gardaient aussi leurs distances de temps à autre, semblant parfois surpris, sinon reconnaissants, de ses marques d’attention les plus ordinaires à leur égard.
Leur dire qu’ils avaient changé ne ferait qu’empirer les choses car ils se sentiraient jugés, considérés à tort dans le besoin ; ils en deviendraient maladroits, obséquieux.