Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Comme ce conseil parut très-raisonnable au vizir Khacan, il calma un peu ses esprits et il prit le parti de le suivre; mais il ne diminua rien de sa colère contre son fils Noureddin.
Noureddin ne parut point de toute la journée; il n’osa même chercher un asile chez aucun des jeunes gens de son âge qu’il fréquentait ordinairement, de crainte que son père ne l’y fît chercher. Il alla hors de la ville, et se réfugia dans un jardin où il n’était jamais allé et où il n’était pas connu. Il ne revint que fort tard, lorsqu’il savait bien que son père était retiré, et il se fit ouvrir par les femmes de sa mère, qui l’introduisirent sans bruit. Il sortit le lendemain avant que son père fût levé, et il fut contraint de prendre les mêmes précautions un mois entier, avec une mortification très-sensible. En effet, les femmes ne le flattaient pas: elles lui déclaraient franchement que le vizir son père persistait dans la même colère, et protestait qu’il le tuerait s’il se présentait devant lui.
La femme de ce ministre savait par ses femmes que Noureddin revenait chaque jour; mais elle n’osait prendre la hardiesse de prier son mari de lui pardonner. Elle la prit enfin: «Seigneur, lui dit-elle un jour, je n’ai osé jusqu’à présent prendre la liberté de vous parler de votre fils. Je vous supplie de me permettre de vous demander ce que vous prétendez faire de lui. Un fils ne peut être plus criminel envers un père, que Noureddin l’est envers vous. Il vous a privé d’un grand honneur et de la satisfaction de présenter au roi une esclave aussi accomplie que la belle Persienne, je l’avoue; mais, après tout, quelle est votre intention? Voulez-vous le perdre absolument? Au lieu d’un mal auquel il ne faut plus que vous songiez, vous vous en attireriez un autre beaucoup plus grand, à quoi vous ne pensez peut-être pas. Ne craignez-vous pas que le monde, qui est malin, en cherchant pourquoi votre fils est éloigné de vous, n’en devine la véritable cause que vous voulez tenir si cachée? Si cela arrivait, vous seriez tombé justement dans le malheur que vous avez un si grand intérêt d’éviter.
«- Madame, reprit le vizir, ce que vous dites là est de bon sens; mais je ne puis me résoudre à pardonner à Noureddin, que je ne l’aie mortifié comme il le mérite.
– Il sera suffisamment mortifié, reprit la dame, quand vous aurez fait ce qui me vient en pensée. Votre fils entre ici chaque nuit lorsque vous êtes retiré; il y couche, et il en sort avant que vous soyez levé. Attendez-le ce soir jusqu’à son arrivée, et faites semblant de le vouloir tuer. Je viendrai à son secours, et en lui marquant que vous lui donnez la vie à ma prière, vous l’obligerez de prendre la belle Persienne à telle condition qu’il vous plaira. Il l’aime, et je sais que la belle Persienne ne le hait pas.»
Khacan voulut bien suivre ce conseiclass="underline" ainsi, avant qu’on ouvrît à Noureddin, lorsqu’il arriva à son heure ordinaire, il se mit derrière la porte, et dès qu’on lui eut ouvert il se jeta sur lui et le mit sous les pieds. Noureddin tourna la tête, et reconnut son père le poignard à la main, prêt à lui ôter la vie.
La mère de Noureddin survint en ce moment, et, retenant le vizir par le bras: «Qu’allez-vous faire, Seigneur? s’écria-t-elle.
– Laissez-moi reprit le vizir, que je tue ce fils indigne.
– Ah! seigneur, reprit la mère tuez-moi plutôt moi-même: je ne permettrai jamais que vous ensanglantiez vos mains de votre propre sang.» Noureddin profita de ce moment: «Mon père, s’écria-t-il les larmes aux yeux, j’implore votre clémence et votre miséricorde; accordez-moi le pardon que je vous demande au nom de celui de qui vous l’attendez au jour que nous paraîtrons tous devant lui.»
Khacan se laissa arracher le poignard de la main, et dès qu’il eut lâché Noureddin, Noureddin se jeta à ses pieds et les lui baisa, pour marquer combien il se repentait de l’avoir offensé. «Noureddin, lui dit-il, remerciez votre mère, je vous pardonne à sa considération. Je veux bien même vous donner la belle Persienne, mais à condition que vous me promettrez par serment de ne pas la regarder comme esclave, mais comme votre femme, c’est-à-dire que vous ne la vendrez et même que vous ne la répudierez jamais. Comme elle est sage et qu’elle a de l’esprit et de la conduite infiniment plus que vous, je suis persuadé qu’elle modérera ces emportements de jeunesse qui sont capables de vous perdre.»
Noureddin n’eût osé espérer d’être traité avec une si grande indulgence: il remercia son père avec toute la reconnaissance imaginable, et lui fit de très-bon cœur le serment qu’il souhaitait. Ils furent très-contents l’un de l’autre, la belle Persienne et lui, et le vizir fut très-satisfait de leur bonne union.
Le vizir Khacan n’attendait pas que le roi lui parlât de la commission qu’il lui avait donnée: il avait grand soin de l’en entretenir souvent et de lui marquer les difficultés qu’il trouvait à s’en acquitter à la satisfaction de sa majesté; il sut enfin le ménager avec tant d’adresse, qu’insensiblement il n’y songea plus. Saouy néanmoins avait su quelque chose de ce qui s’était passé; mais Khacan était si avant dans la faveur du roi qu’il n’osa hasarder d’en parler.
Il y avait plus d’un an que cette affaire si délicate s’était passée plus heureusement que ce ministre ne l’avait cru d’abord, lorsqu’il alla au bain et qu’une affaire pressante l’obligea d’en sortir encore tout échauffé; l’air, qui était un peu froid, le frappa et lui causa une fluxion sur la poitrine, qui le contraignit de se mettre au lit avec une grosse fièvre. La maladie augmenta, et comme il s’aperçut qu’il n’était pas loin du dernier moment de sa vie, il tint ce discours à Noureddin, qui ne l’abandonnait pas: «Mon fils, lui dit-il, je ne sais si j’ai fait le bon usage que je devais des grandes richesses que Dieu m’a données; vous voyez qu’elles ne me servent de rien pour me délivrer de la mort. La seule chose que je vous demande en mourant, c’est que vous vous souveniez de la promesse que vous m’avez faite touchant la belle Persienne. Je meurs content, avec la confiance que vous ne l’oublierez pas.»
Ces paroles furent les dernières que le vizir Khacan prononça. Il expira peu de moments après, et il laissa un deuil inexprimable dans sa maison, à la cour et dans la ville. Le roi le regretta comme un ministre sage, zélé et fidèle, et toute la ville le pleura comme son protecteur et son bienfaiteur. Jamais on n’avait vu de funérailles plus honorables à Balsora. Les vizirs, les émirs et généralement tous les grands de la cour, s’empressèrent de porter son cercueil sur les épaules, les uns après les autres, jusqu’au lieu de sa sépulture, et les plus riches jusqu’aux plus pauvres de la ville l’y accompagnèrent en pleurs.
Noureddin donna toutes les marques de la grande affliction que la perte qu’il venait de faire devait lui causer, et il demeura longtemps sans voir personne. Un jour enfin il permit qu’on laissât entrer un de ses amis intimes. Cet ami tâcha de le consoler, et comme il le vit disposé à l’écouter, il lui dit qu’après avoir rendu à la mémoire de son père tout ce qu’il lui devait, et satisfait pleinement à tout ce que demandait la bienséance, il était temps qu’il parût dans le monde, qu’il vît ses amis et qu’il soutînt le rang que sa naissance et son mérite lui avaient acquis. «Nous pécherions, ajouta-t-il, contre les lois de la nature et même contre les lois civiles, si, lorsque nos pères sont morts, nous ne leur rendions les devoirs que la tendresse exige de nous, et l’on nous regarderait comme des insensibles. Mais dès que nous nous en sommes acquittés et qu’on ne peut nous en faire aucun reproche, nous sommes obligés de reprendre le même train qu’auparavant et de vivre dans le monde de la manière qu’on y vit. Essuyez donc vos larmes, et reprenez cet air de gaieté qui a toujours inspiré la joie partout où vous vous êtes trouvé.»