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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Toute contente, Mélanie fendit la foule jusqu’au bar.

— Breen, s’il te plaît, dit-elle au robobar.

— Seringue ? fit la voix électronique.

— Oui.

Elle sortit de sa tenue de scène les plaques de crédit et considéra la somme bouche bée. Plus de cinq mille crédits. Elle n’avait jamais eu autant d’argent. Fourrant les plaques sous sa ceinture, elle saisit la seringue et la regarda à la lumière des lampes du bar. La seringue jetable, au corps renflé, brillait d’un liquide ambré. Mélanie ferma les yeux et se l’enfonça dans le bras. Au bout de quelques secondes, le narcotique produisit son effet, tirant un voile cotonneux entre elle et le monde.

— Miss Vénus ?

— Oui ?

Elle se retourna lentement, attentive à conserver son équilibre. C’était le jeune homme au teint pâle et aux lunettes, celui qui lui avait tant de fois empoigné la jambe.

— Je m’appelle Arnold, dit-il. Arnold Tamlin. J’ai toujours rêvé de faire la connaissance d’une mutante.

Mélanie se fendit d’un sourire.

— Eh bien, voilà qui est fait.

Il la dévorait des yeux.

— J’ai pris grand plaisir à votre danse, un très grand plaisir.

Il avait du mal à articuler. Combien avait-il consommé d’alcool ? Et quoi d’autre, d’ailleurs ?

— Un très, très grand plaisir, insista-t-il.

— Merci.

Il se répéta encore une fois, puis s’approcha d’elle. Elle recula, butant contre le type défoncé au breen qui lui lança un regard mauvais.

— Pardon.

Arnold Tamlin continuait à avancer. Puis, il sembla se plier en deux et se mit à glisser, face la première, vers le plancher. Il n’essaya même pas de se relever. Dick survint, poussa du pied le jeune homme à terre et, n’obtenant pas de réaction, se pencha par-dessus le bar.

— Videur !

Un robot à l’imposante carapace grise munie de pinces rembourrées sortit d’un étroit passage à l’extrémité du comptoir, roula jusqu’au corps de l’homme inconscient, l’empoigna et le traîna vers la porte. La dernière chose que vit Mélanie, ce furent les semelles grises d’Arnold Tamlin.

Deux heures plus tard, Dick lui annonça qu’elle avait quartier libre. Ravie, elle posa l’écharpe à nectars et rejoignit les filles en bas. Elle avait les sens tellement émoussés par la fatigue qu’elle fit à peine attention aux autres, jusqu’à ce que quelqu’un vienne se coller contre ses fesses en lui plaquant les mains aux seins.

— Tu veux que je t’aide à enlever ton costume ? demanda Gwen.

Son souffle était chaud sur la nuque de Mélanie.

— Non ! Laisse-moi.

Furieuse, elle se libéra. Pour un premier soir, elle avait eu assez de mains inconnues agrippées à son corps. Elle s’extirpa de son costume de scène, se rhabilla à la hâte, fonça dans les escaliers et sortit.

Vingt minutes et deux arrêts de métro plus tard, elle était assise dans la salle de bains bleu délavé de l’Avenue J et regardait l’eau couler dans la baignoire rouillée. Sa montre indiquait deux heures du matin.

Elle se glissa dans le bain fumant, savourant le calme de l’heure tardive. Elle avait des bleus sur la cuisse et près d’un mamelon. Cinq mille crédits en échange de six bleus. C’est donc ça, l’indépendance, songea-t-elle, le corps perdu de fatigue. Une larme coula le long de son nez et tomba dans l’eau sans bruit.

11

— Caryl, appelle-moi Joe Bailey à la police métropolitaine de Columbia, demanda Andie.

Si quelqu’un pouvait localiser Mélanie Ryton, c’était bien Bailey. D’ailleurs, il lui devait une faveur. Plusieurs faveurs.

— Sur la ligne cinq, signala Caryl.

L’écran de bureau vacilla et s’éclaira. Un visage allongé et assez ordinaire souriait autour d’un beignet.

— Hé, belle rousse. Qu’est-ce que t’as pour moi ?

— Une fille qui a disparu. Une mutante. Environ dix-sept ans. Sino-caucasienne. Du nom de Mélanie Ryton.

— Okay. (Bailey joua avec son clavier, tout en mastiquant son beignet.) D’où elle est ?

— New Jersey.

Bailey cessa de mastiquer.

— Jersey ? Ce n’est pas mon secteur. Du moins, plus maintenant.

— Elle a dit à ses parents qu’elle avait un travail ici.

— Et alors ?

— Ils ne la croient pas. Je me suis dit que tu pourrais vérifier plus vite que moi.

— Une minute.

Il s’essuya les mains et disparut de l’écran. Puis il revint en secouant la tête.

— Négatif. Aucune Mélanie Ryton nulle part. J’ai vérifié : marché de l’emploi, maisons de jeunes, même les bordels. Nada.

— Zut !

— Je croyais que les mutants gardaient leurs enfants chez eux dans des boîtes.

— Ce n’est pas drôle. Et pas vrai non plus.

— Faut espérer qu’elle fait gaffe, toute seule dans cette ville. Tu as entendu parler de ce cheik qui veut s’offrir une mutante pour son harem ?

— Non. Mais je le crois sans peine. Ouvre l’œil pour la petite, d’accord ?

— Andie, est-ce que tu es au courant du nombre de gens qui disparaissent, chaque jour, enfants, parents, grands-parents, sans parler des animaux ?

— Fais-le pour moi, Joe !

Elle se rapprocha de l’écran et adressa à Bailey un regard aguichant, paupières mi-closes. L’homme lâcha un soupir.

— Entendu.

Une incrustation en lettres jaunes, transmise par Caryl, défila au bas de l’écran : L’ÉMISSION DE HORNER COMMENCE, CANAL 12. URGENT ! Andie jeta un œil sur le message.

— Joe, dit-elle, il faut que j’y aille. N’oublie pas : Mélanie Ryton. Au fait, tu as du sucre en poudre sur le menton.

— C’est noté. Ciaocito, belle rousse.

L’image s’effaça, remplacée par celle du sénateur Joseph Horner. Il arborait devant la caméra son plus beau sourire du rendez-vous-du-dimanche-matin-pour-l’invitation-à-la-prière. Il se tourna vers son hôte, Randall Camphill.

— Comme je disais, Randy, nous devons nous montrer vigilants devant la menace que représente ce supermutant.

Hou ! là ! réagit Andie. Que nous prépare cet enfant de salaud ? Elle enfonça le bouton d’enregistrement.

Jacobsen était en réunion, mais ceci l’intéresserait.

Camphill se déplaça pour exposer son meilleur profil à la caméra.

— Sénateur, dit-il, pouvez-vous expliquer à nos téléspectateurs ce que vous entendez par supermutant ?

— Un être fabriqué par l’eugénique, résultat de manipulations génétiques impies. Le supermutant constitue un danger pour la société, poursuivit Horner d’une voix fêlée. Si nous nous sommes résolus à accepter nos frères et sœurs mutants qui sont, eux, le résultat d’un processus naturel quoique malencontreux – à en croire ce qui se dit –, nous ne pouvons en aucun cas accepter, et nous devons donc combattre, la profanation que représentent des êtres créés au profit de la science. Qui oserait prétendre que le supermutant, un produit de laboratoire, a quelque chose d’humain ?

Les yeux de Horner brillaient de la colère du juste.

— Et vous dites avoir vu ces fameux supermutants durant votre voyage d’enquête au Brésil ?

— Eh bien, Randy, disons que je ne les ai pas réellement vus. Mais il y avait des signes de leur existence. Certains indices. Nous devons faire preuve de prudence. Nous montrer vigilants. En ce moment même, ils pourraient se trouver parmi nous. Un, deux, au début, une simple goutte d’eau dans la mare. Mais rappelez-vous, c’est avec une seule goutte d’eau qu’a commencé l’océan aux forces tumultueuses. Soyons sur nos gardes, si nous ne voulons pas être noyés dans ce flot qui monte vers nous.

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