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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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— Comment ça ?

— Une voiture l’a renversé un jour qu’il rentrait de l’école à pied. Winston avait dix ans, et le chauffeur — on n’a jamais découvert qui c’était, mais je soupçonne un de ces garçons du lycée… celui d’Adlai Stevenson n’est qu’à quatre rues d’ici et il faut voir comment conduisent les garçons qui viennent d’avoir le permis — bref, Winston n’était pas gravement blessé, mais il avait pas mal d’écorchures et une fracture du bras.

— Il a dû voir un médecin, alors.

— Eh bien non… et vous pensez bien qu’on a essayé ! Je ne suis pas certaine que l’os était cassé, je n’y connais pas grand-chose, mais il ne pouvait plus se servir de son bras droit et ça faisait une bosse au-dessus du coude, avec de grosses contusions, tout le bras en était presque vert. Donc j’ai appelé le docteur, qui m’a dit de lui amener Winston, mais le temps que Carl fasse chauffer le moteur, vu qu’on était en plein hiver, Winston s’est enfui en arrachant la porte de derrière.

— Enfui ?

— Vous n’allez pas le croire, mais il a disparu cinq jours. Toute la ville s’est mise à sa recherche. C’est passé dans le journal. Garçon perdu dans le froid, sans doute blessé. Franchement, Carl et moi nous préparions au pire.

— Et on l’a retrouvé ?

— Même pas. Winston est revenu tout seul. Il est entré par la porte cinq jours plus tard comme si de rien n’était. Bien sûr, ça a bardé. Il nous a raconté qu’il s’était caché dans une vieille grange sur une des routes de campagne et qu’il s’était réchauffé en faisant du feu. Et quand on lui a demandé pourquoi il avait fait tout ça, et je peux vous dire qu’on le lui a demandé plus souvent qu’à notre tour, il a répondu que c’était parce qu’il ne voulait pas aller voir le docteur.

— Alors qu’il avait le bras cassé !

— Eh bien… pour sûr, on pensait qu’il était cassé. Mais il était guéri à son retour. Si bien qu’il avait dû juste se le fouler. Et même s’il aurait sans doute été plus sage de consulter quand même, on n’a pas insisté. Ça a l’air idiot, non ? » Elle secoua la tête. « Carl et moi n’avions pas d’autre enfant et on était sans doute un peu trop coulants avec lui. Je me dis parfois que c’est pour ça que Winston ne s’est jamais marié. On l’a tellement dorloté qu’il reste seul et célibataire. Mais comme disait mon mari, on ne peut pas faire mieux que de son mieux. Dans la vie, il n’y a pas de garanties. Même si », et elle sourit de sa plaisanterie, « même avec une bonne assurance. »

La conversation changea peu à peu de sujet, passant du fils de Mme Bayliss au temps des derniers jours, puis Nerissa jeta un coup d’œil à sa montre et dit qu’ils avaient un autre rendez-vous. Mme Bayliss les raccompagna à la porte (un peu confuse, estima Ethan, d’avoir eu la langue si bien pendue) et leur souhaita bonne continuation. « Je dirai à Winston que vous êtes passés.

— Merci.

— Vous voulez laisser une carte ou je ne sais quoi ?

— Je n’ai pas l’impression que votre fils puisse devenir un de nos clients. Quand doit-il rentrer ?

— Il m’a dit qu’il me le ferait savoir. Il n’a pas appelé depuis quelques jours. Ça ne lui ressemble pas. Mais il est sans doute en train de prendre du bon temps en Floride. La dernière fois que je l’ai vu, il était gai comme un pinson. »

Et la dernière fois que je l’ai vu, moi, ne put s’empêcher de penser Ethan, il avait les yeux crevés et il était en train de mourir allongé dans des feuilles mortes.

Nerissa fut d’humeur sombre dans la voiture, et Ethan respecta son silence pendant qu’il regagnait l’autoroute fédérale. Le soleil traversait le pare-brise avec une lumière qui éclaircissait tout.

« Mme Bayliss n’est donc pas un sim, dit-elle enfin.

— Tu veux parler de son genou.

— L’opération ou une simple radio aurait révélé la supercherie. Et elle ne faisait pas semblant. Tu as vu sa cicatrice ? »

Il ne l’avait pas vue, mais Nerissa lui raconta qu’elle l’avait aperçue quand Mme Bayliss s’était assise, au début : la jupe en coton s’était soulevée un instant, dévoilant une ligne de points de suture aussi nette qu’une voie ferrée. « De toute évidence, elle n’a pas peur des médecins, elle.

— Mais Winston, si. »

La nature et l’origine des simulacres étaient sujettes à débat depuis 2007 parmi les survivants. La plupart supposaient que les sims étaient construits sous leur forme adulte définitive. Mais cela n’avait jamais été qu’une supposition. Apparemment sans fondement. « Il nous a donc dit la vérité, reprit Ethan. Il est né d’une mère humaine.

— Il faut croire. Mais quelle idée horrible. Que Mme Bayliss ait vraiment donné naissance à cette chose, qu’elle l’ait élevée, habillée et envoyée à l’école sans jamais rien remarquer d’inhabituel, à part qu’il détestait les médecins… » Elle frissonna. « Ça fait sacrément froid dans le dos.

— Mais c’est possible. Les sims ne font pas qu’imiter plus ou moins bien les êtres humains : ils en sont des copies absolument parfaites, sauf dans leur structure interne. On a très envie de penser qu’en connaissant assez intimement un sim, on arriverait à détecter quelque chose d’anormal, une subtilité qui lui échappe un peu. Sauf que c’est faux. Même Mme Bayliss n’y a vu que du feu.

— Je m’imaginais sans doute que les sims étaient construits dans un but précis, l’assassinat, et qu’une fois leur mission remplie, ils… je ne sais pas, ils se desséchaient et se désagrégeaient dans le vent. Mais si elle a dit la vérité, ça signifie qu’ils peuvent passer inaperçus pendant des années. N’importe qui pourrait en être un.

— Pas toi. »

Elle le regarda avec attention. « Comment ça ?

— Ça date un peu, mais… la cicatrice de ton appendicectomie. »

Il fut surpris de la voir rougir. « Ah oui. Exact. Et tu as passé une radio l’hiver de ta pneumonie. On peut donc avoir confiance l’un dans l’autre.

— C’est du reste du monde qu’on ne peut pas être sûrs.

— En plus, si Mme Bayliss est humaine et a accouché d’un sim… ça marche comment ? Son mari était un sim aussi ? Remarque, ça ne fait que repousser la question à la génération précédente.

— Il n’est pas inhabituel pour une espèce de faire élever ses petits par une autre. On appelle ça du parasitisme de couvée. » D’après Bayliss, c’était d’ailleurs un parasitisme de ce genre qui se produisait à l’intérieur de l’hypercolonie.

« Mais ça marche comment au juste ? Comment une femme parfaitement ordinaire dans une ville parfaitement ordinaire accouche-t-elle d’un enfant non humain ? »

Ethan n’était pas en mesure de répondre.

« Et s’ils sont si parfaitement humains, on ne peut même pas être sûrs de la Correspondence Society. Vous avez toujours pris soin de ne communiquer que par courrier postal pour empêcher l’hypercolonie de savoir ce que vous vous disiez, mais si vous aviez un imposteur parmi vous ? Si un sim lisait vos monographies depuis le début ? »

Il y avait déjà réfléchi. « On n’a aucun moyen d’exclure cette possibilité. Elle est peut-être vraie. On avait beau se cacher, les sims n’ont eu aucun mal à trouver Cassie et Thomas. Ou à me trouver, moi. Et Bayliss semblait parfaitement au courant de l’étendue de nos connaissances sur l’hypercolonie. Mieux vaudrait donc sans doute supposer que la Society a été infiltrée.

— À qui on peut se fier, alors ? À toi, à moi…

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