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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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— C’est quelqu’un qui ne veut pas quitter la ville, qui ne veut pas aller à l’hôtel et qui connaît parfaitement Monaco, si je résume. C’est aussi quelqu’un qui n’en a rien à faire d’être filmé. Un culot monstre.

— Le colonel des carabiniers est en train de visionner lui-même, au PC de sécurité de notre police, les caméras qui sont braquées sur l’Opéra. Il doit me rappeler. Je lui ai transmis la petite photo de la bonne sœur que tu m’as envoyée, celle que Le Figaro avait déjà publiée si je me souviens bien, mais bon on ne voit pas grand-chose, c’est sa photo officielle, avec le voile, je ne sais pas si ça les aidera beaucoup.

— Il faut que je te parle, écoute-moi deux minutes.

— Attends. Ce n’est pas ça le plus important. Pénélope, regarde, j’ai reçu un e-mail de Thomas Wallenstein en personne. Il me dit que les analyses complètes vont être faites en vingt-quatre heures, et qu’il va pouvoir me fournir aussi le pedigree détaillé du tableau, mais il me transmet déjà un rapport provenant d’un laboratoire indépendant du Connecticut, le Square Lab. Tu connais ? Assieds-toi. Les pigments sont absolument bons, il n’y a aucun doute, ce sont ceux que Monet utilisait à cette période. Un prélèvement a été fait dans une zone où il y a un rouge marron, c’est la laque Géranium de la firme Tasset et Lhote, elle provient exactement du même tube que celui qui a servi pour le tableau que je vous ai montré l’autre jour, à Wandrille et à toi, celui qui est dans le bureau de Son Altesse sérénissime le prince, qui a été analysé par Wallenstein il y a cinq ans. Une laque rouge intense, que Van Gogh utilisait aussi, et qui a eu la mauvaise idée de virer avec le temps, aucun faussaire ne saurait imiter ça. La toile à gros grains est exactement du type de celles que son marchand fournissait à Claude Monet, on sait même qu’elle a été coupée dans un rouleau qui a servi à trois autres tableaux, tous répertoriés. Tu n’imagines pas la précision de ces laboratoires aujourd’hui. Je crois que ça va être un cadeau magnifique. Il est authentique, aucun doute ! Je t’invite à dîner, on va au Tip Top. »

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Vernochet tente la culbute

Monaco, dimanche 26 juin 2011

La cathédrale Saint-Nicolas se lance dans une grande répétition de cloches, et la chapelle palatine lui répond, c’est le dernier dimanche avant la semaine de fêtes en principauté. Tous les passants arborent des mines réjouies.

Monaco compte quelques restaurants qui sont parmi les meilleurs d’Europe, c’est là que le grand Escoffier lui-même mit au point les fraises à la Sarah Bernhardt, les grands hôtels rivalisent d’illustres noms gastronomiques et de sommeliers « meilleurs ouvriers de France » — intéressante extension du domaine de la classe ouvrière… et puis il y a, aussi, le Tip Top.

Le Tip Top aurait pu être un établissement de luxe, il est très bien situé, à deux pas du casino et de l’Opéra, à côté de la grande galerie marchande que Pénélope a repérée tout de suite, mais il ne fait des affaires que vers deux heures du matin. Le Tip Top est connu des fêtards qui atterrissent là quand ils ne peuvent plus distinguer une bolognaise d’une carbonara, une nourriture de cantine, la table la moins chère du pays. On y aurait même vu des proches de la famille princière, avec des amis, mais vraiment très tard, à l’heure où les plus acharnés des paparazzi ne suivent plus. Le Tip Top reste ouvert la nuit. C’est au Tip Top qu’on éponge tout, avec ses pizzas bien épaisses à douze euros et ses lasagnes nappées de sauce à la farine. À 20 h 30, l’endroit est encore vide. Édouard et Pénélope se sont installés à la meilleure place, en terrasse.

Pénélope, en quittant Édouard, qui avait un rendez-vous urgent en fin d’après-midi, est partie à pied se promener dans la ville, espérant y trouver des indices, ou identifier la silhouette de cet homme au blouson de daim — leur adversaire. À Édouard, il faut qu’elle montre la photo, qu’elle lui explique.

Un tableau ne peut pas être à la fois faux et authentique. Ils ne seront pas trop de deux conservateurs du patrimoine pour démêler cet écheveau. Elle s’est perdue deux fois dans la ville. Elle ne comprend rien à cet urbanisme, rien n’est au même niveau, il faut entrer dans des immeubles et prendre l’ascenseur pour accéder à la rue qui semblait pourtant communiquer avec ce trottoir qu’elle suivait sagement. Les voitures passent lentement. Elle a failli ne jamais retrouver ni le casino ni l’adresse du Tip Top.

Elle a repéré une vingtaine de caméras, pas cachées du tout, entre les réverbères et les palmiers, et demandé son chemin à un jardinier qui lui a répondu dans un français de prince russe en l’appelant « chère madame ». À Monaco, tout est décalé. Pénélope sent que la principauté commence à beaucoup lui plaire. Dans toutes les vitrines, des portraits du prince et de sa jolie fiancée sont entourés de fleurs. Monet ne pouvait qu’aimer cette cité des glaïeuls, des résédas et des orchidées, ce Giverny-sur-Mer.

Édouard est ulcéré. Il n’avait pas voulu dire à Pénélope qui il attendait après elle, c’était secret, mais il aurait mieux fait de lui demander de rester. Il commande sa bolognaise en bougonnant ; Pénélope s’étouffe : celui qu’il a reçu après elle est Paul Vernochet, l’intermédiaire officiel mandaté pour la vente du Monet, à peine arrivé en principauté, et qui a réservé trois jours à l’hôtel Hermitage — preuve qu’il avait prévu ce voyage, de longue date, à ce moment-là, car l’hôtel est déjà occupé par les invités princiers qui arrivent de partout.

« Je n’aime pas me faire couillonner, et le prince non plus, merdalors !

— Édouard, je ne t’ai jamais vu aussi vulgaire, d’habitude tu dis en entier “Son Altesse sérénissime le prince”, calme-toi. Tu es archiviste paléographe, tu es le meilleur historien de la bataille d’Azincourt de ta génération, rien de grave ne peut t’arriver. Raconte. On va t’apporter ton rata.

— Le tableau est bon, on est d’accord. J’ai réuni la somme demandée, plutôt très forte, tu t’imagines. Tout le monde a donné, tous ceux qui travaillent pour le palais, mais aussi tous les amis proches de… du prince. Ils ont été très généreux. Le certificat de l’Institut Wallenstein devrait être prêt pour demain ou après-demain, tout roule, je suis prêt à faire le chèque. Figure-toi que cette crapule de Vernochet, avec son pantalon orange et ses bas de soie mauves, me dit que l’affaire est suspendue.

— On ne juge pas comme ça les gens sur leur apparence. Je te laisse finir. J’ai des choses à te dire.

— Il m’a expliqué pendant une heure que le prix avait été fait amicalement parce que le Monet représente Monaco, et qu’il voulait nous faire plaisir. Mais il a d’un seul coup un autre client, un lièvre qu’il sort de son chapeau, qui veut l’acheter. Je lui ai dit que des vues de Monaco, ici on en a déjà deux, et que donc la série…

— Trois vues du même endroit ne font pas une “série”, ce n’est pas comparable à ce que Monet a fait avec ses cathédrales de Rouen…

— Laisse-moi finir, je lui dis que la série on la verra au palais, ou au nouveau musée d’art moderne que la princesse Caroline est en train de créer, qu’il est normal que ce soit une acquisition monégasque. Il m’a répondu que son client s’appelle Sa Grâce l’émir de Barjah. Au palais, on ne le connaît pas l’émir de Barjah, tous les princes du golfe sont “altesses”, mais l’émir de Barjah descend du tout premier émir à qui les Anglais ont donné un titre, du coup il tient beaucoup à être “Sa Grâce”, comme les ducs et pairs du Royaume-Uni, mais on ne l’a pas invité au mariage pour autant, tu penses…

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