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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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— Alors, tu devrais peut-être changer de vie. »

Shedemei n’avait rien de poli à répondre à cela, aussi franchit-elle en silence l’ouverture du mur. Elle entendit derrière elle les jeunes gens reprendre leur conversation à voix basse, sans pouvoir distinguer leurs paroles. Elle n’en avait d’ailleurs pas envie. Ce qu’ils lui avaient demandé était révoltant.

Et pourtant, et pourtant ! quel plaisir elle avait ressenti dans son rêve à tendre le bras et à faire pleuvoir la vie des nuages ! Pourquoi ne s’était-elle pas contentée du souvenir d’un beau songe, sans chercher plus loin ? Pourquoi en avait-elle parlé à ces enfants ? Pourquoi n’arrivait-elle pas à oublier ce qu’ils lui avaient dit, au lieu de se laisser emporter dans ce tourbillon de pensées ?

Retourner sur Terre… Rentrer sur Terre…

Qu’est-ce que cela signifiait ? Pendant quarante millions d’années, l’homme avait vécu heureux sur Harmonie. Pourquoi aujourd’hui la Terre l’appellerait-elle, elle, précisément ? C’était de la folie, une folie contagieuse en ces temps troublés.

Pourtant, au lieu de rentrer chez elle, elle se rendit à la bio-bibliothèque et y passa plusieurs heures plongée dans le catalogue, à inventer une commande plausible concernant un chargement pour deux chameaux de semences et d’embryons cristallisés, de quoi reconstituer les plantes et les animaux les plus utiles d’une Terre qui les avait perdus depuis très, très longtemps.

Au conseil municipal, et pas dans un rêve

Rasa avait toujours vécu pleine d’assurance. Rien ne pouvait arriver, elle le savait, qu’elle ne fût capable de régler par une combinaison d’astuce, de bonté et de résolution. On pouvait toujours convaincre les gens, ou sinon, les écarter de son chemin jusqu’à ce qu’ils finissent par disparaître. Cette philosophie l’avait toujours portée, au point que son école, bien que récente, était à présent un des établissements les plus respectés de Basilica ; cela avait aussi accru son influence personnelle dans tous les domaines de la vie de la cité, alors qu’elle n’avait jamais occupé un poste officiel. Au conseil municipal, on la consultait sur presque tous les choix essentiels, elle faisait partie du conseil d’administration de plusieurs comités artistiques et surtout, elle recevait les visites discrètes de femmes – et même d’hommes – en charge des décisions importantes concernant le gouvernement et le commerce de Basilica. Bien des hommes la courtisaient, mais elle maintenait une union heureuse avec le seul, à sa connaissance, qui ne fût ni inquiet ni jaloux du pouvoir qu’elle détenait. Elle s’était créé un rôle parfait dans la cité et le vivait avec plaisir.

Mais elle ne s’était jamais rendu compte à quel point tout cela était fragile. Elle avait tissé la trame de son existence sur le métier de Basilica, et maintenant que la cité s’écroulait, sa vie s’effilochait, des accrocs y apparaissaient, qui ne cessaient de s’agrandir. Son ancien époux, Gaballufix, avait entamé ce processus alors qu’ils étaient encore mariés, quand il avait cherché à la convaincre de faire modifier les lois interdisant aux hommes d’être propriétaires dans la cité. Quand elle avait compris son but, elle l’avait éconduit à la fin du contrat pour se remarier avec Wetchik – définitivement, en ce qui la concernait ! Mais Gaballufix, loin d’abandonner, avait gagné le soutien des hommes les plus vils des bourgs aux alentours de Basilica ; puis il les avait lâchés sur la cité, les uns en tolchocks qui terrifiaient les femmes, les autres en mercenaires dissimulés sous leurs masques hideux, engagés soi-disant pour protéger Basilica des tolchocks ; mais pour autant que Rasa le sût, les mercenaires n’étaient que des tolchocks sous des déguisements holographiques.

On aurait peut-être pu arrêter Gaballufix, cependant, si Surâme ne s’était pas mise à se comporter aussi bizarrement. Elle avait parlé à un homme, pour commencer, et pas n’importe lequel : à Wetchik lui-même ! Les problèmes qui en avaient rejailli sur Rasa étaient innombrables ; non seulement son précédent mari s’en prenait aux lois antiques de la cité des femmes, mais voilà que l’actuel racontait à tous ceux qui voulaient l’entendre que Basilica allait être détruite ! Dhel sa meilleure amie, lui avait rapporté à l’époque – il n’y avait que quelques semaines de cela – qu’on s’étonnait que Rasa n’ait pas également été mariée à Roptat, le chef du parti pro-Gorayni. « Tu devrais examiner ton lit ; il abrite peut-être une espèce de parasite qui rend fou, ma chérie ! » avait suggéré Dhel. Elle plaisantait, évidemment ; mais la plaisanterie était cruelle.

Cruelle, mais pas autant que ces derniers jours, loin de là. Tout se défaisait. Gaballufix volait la fortune de Wetchik et tentait de tuer ses fils – y compris les deux de Rasa ; puis Surâme ordonnait à Luet de conduire Nafai – Nafai, qui n’était qu’un enfant ! – au lac interdit, où il flottait sur l’eau comme une femme, comme une sibylle ! La même nuit, sans doute encore humide de son passage dans le lac de paix, Nafai avait tué Gabya. Dans un sens, ce n’était que justice, car Gaballufix avait lui-même cherché à le tuer. Mais pour Rasa, c’était le pire qu’elle pût imaginer : son propre fils assassinant son ex-époux.

Et pourtant, il ne s’agissait que d’un début. Car au cours de la même nuit, elle avait découvert à quel point ses deux filles étaient monstrueuses : Sevya couchant avec le mari de Kokor – puis celle-ci tuant presque sa sœur dans un accès de démence. La civilisation n’a même pas pénétré chez moi ; mon fils est un assassin, une de mes filles une femme adultère et l’autre une meurtrière en puissance. Seul Issib restait civilisé. Issib l’infirme, songea-t-elle amèrement. C’est peut-être cela, la civilisation : des infirmes qui se sont ligués pour faire pièce aux plus forts. N’était-ce pas ce que Gaballufix avait dit une fois ? « En temps de paix, Rasa, vous, les femmes, vous pouvez vous entourer d’eunuques. Mais quand l’ennemi viendra du dehors, les eunuques ne vous sauveront pas. Vous chercherez alors de vrais hommes, des hommes dangereux, puissants – et où seront-ils, si vous les avez tous chassés ? »

Rashgallivak… C’était bien un de ces êtres irrésolus et ridicules, n’est-ce pas ? Un « eunuque », au sens où Gaballufix l’entendait ! Il n’avait même pas la force de maîtriser les animaux que Gaballufix avait mis sous le harnais. Et pour couronner le tout, Hushidh avait tranché ce harnais et la cité s’était mise à brûler. Et c’est arrivé sous mon propre toit ! Pourquoi faut-il que je sois encore une fois le point focal de toute chose ?

L’injure suprême, ç’avait été l’irruption du général Mouj, car Rasa savait maintenant que c’était lui ; il ne pouvait s’agir de nul autre. Cette audace… S’approcher de la cité avec mille hommes seulement, à un moment où elle était sans défense, où celui qui se dirait ami serait évidemment invité à entrer… Rasa ne se laissait pas prendre aux promesses du général, ni au fait que ses soldats s’étaient retirés des rues. Ils tenaient toujours les murailles et les portes, n’est-ce pas ?

Et voilà que Mouj aussi était lié à elle, exactement comme Wetchik, Gaballufix, Nafai et Rashgallivak ; car il était arrivé porteur de sa lettre et c’est en se servant du nom de Rasa qu’il avait pu pénétrer dans la cité.

Non, les choses ne pouvaient pas être pires. Et puis, ce matin, Nafai et Elemak étaient entrés chez elle par la forêt, ce qui signifiait qu’ils s’étaient faufilés par des zones interdites aux hommes. Et pourquoi ? Pour l’informer que Surâme lui demandait de quitter la cité et de rejoindre son époux dans le désert, en emmenant avec elle les femmes qu’elle jugerait convenables.

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