Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Jim écouta avec attention. Puis il passa sa serviette en papier sur ses lèvres et haussa les épaules.
— Si elle juge inutile de venir te voir et qu’il n’y a pas de problème particulier, autant ne pas insister.
— Il n’y a pas de problème pour l’instant. Mais elle est enceinte, et à quarante ans, ce n’est pas toujours un parcours sans faute. Tu le sais très bien, Jim. Si elle veut changer de médecin, pour quelque raison que ce soit, parfait. On l’adressera à un spécialiste. Mais il faut qu’elle voie quelqu’un.
— Tu crois ?
— Enfin quoi, Jim !
Son exclamation se répercuta sur les murs verdâtres de la salle vide.
— J’essaie seulement de te dire, Matt, qu’elle peut plus facilement savoir où elle en est physiquement qu’avant. Ça peut paraître bizarre, mais c’est un fait. Elle sait des choses auxquelles tu ne t’attendrais pas de sa part.
— Excuse-moi, mais je reste sceptique.
— À ta place, je le serais sûrement aussi. Je ne sais pas comment je pourrais te convaincre. J’ignore si ça signifie quelque chose pour toi, mais moi je suis convaincu.
— Convaincu de quoi ? Que Lillian n’a pas besoin d’être suivie par un médecin ?
— Qu’elle sait parfaitement si elle en a besoin ou non. Si elle devait voir quelqu’un, Matt, je suis certain qu’elle s’adresserait à toi.
Il replia sa serviette.
— Tu nous manques, tu sais. Pourquoi tu ne passerais pas à la maison, un de ces jours ? Tu pourrais lui parler toi-même. Ça lui ferait plaisir.
— Est-ce qu’elle peut se faire une échographie ? Est-ce qu’elle peut diagnostiquer une grossesse extra-utérine ?
— Je crois que oui.
Matt leva les yeux au ciel.
— Bordel, c’est pas vrai !
— Matt, calme-toi. Je peux t’expliquer… si tu ne prends pas le mors aux dents.
Matt hésita. Il serait peut-être préférable de quitter la table. Mais Jim était son ami. Ou du moins l’avait été. Au nom de cette vieille amitié, il s’obligea à faire preuve de patience pour écouter ses explications.
— J’ai l’impression qu’il y a un siècle qu’on a discuté de ça. Ce soir-là, chez toi. Tu te souviens ? Juste avant Contact. On a fini une bouteille de scotch.
— Tu parlais de machines dans le sang.
— Des néocytes.
— C’est comme ça que tu les appelles ?
— C’est leur nom.
Matt n’insista pas.
— Eh bien ces néocytes sont toujours là. Pas chez toi. Tu les as renvoyés. Tu as retrouvé ton sang d’origine – et je suppose que tu le sais…
Vrai. Les Voyageurs, comme les appelait Annie, avaient prévenu Matt qu’ils quitteraient son corps, et il l’avait cru, sans jamais se poser de questions. Sans jamais avoir besoin de preuves tangibles.
— Mais ces néocytes sont toujours présents chez les autres, poursuivit Jim, et ils travaillent. Rien qui ne paraisse encore. Mais prends Lillian, par exemple. Si elle faisait une grossesse extra-utérine, ou une pré-éclampsie, ou quoi que ce soit du genre, les néocytes s’en occuperaient. Ou bien ils l’avertiraient de sorte qu’elle pourrait prendre ses dispositions. Je ne suis pas en train de dire que Lillian ne devrait pas être suivie. En fait, elle est suivie. Bien mieux que toi ou moi pourrions le faire, et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
— Et toi, tu…
Matt ne put cacher sa révulsion.
— … tu trouves ça bien ?
— C’est un processus complètement inoffensif, Matt. Il n’y a pas de quoi s’affoler.
— Je ne comprends pas… Vraiment, je ne comprends pas. Et le fœtus ? C’est de ton gosse, qu’il s’agit. Ils travaillent dessus, aussi ? Cet enfant est bourré de… de néocytes ?
— Oui, tout à fait.
Matt se leva trop précipitamment. La table tangua et un verre vide éclata sur le sol.
Jim se baissa pour ramasser les morceaux. Il posa deux tessons tranchants comme des rasoirs sur le bord de la table.
— Désolé, dit-il. Je ne voulais pas t’alarmer.
— Tu saignes.
Il s’était coupé la main. Matt regarda le sang suinter de la blessure. Un sang épais, sirupeux et brunâtre comme de la mélasse.
Plus tard, cet après-midi-là, il passa voir Tom Kindle.
Le cauchemar des infirmières. Une vraie plaie. Mais qui, encore heureux, prenait son mal en patience et non sans une certaine dose d’humour. Kindle, qui vivait seul sur les pentes du mont Buchanan depuis plusieurs années, semblait s’adapter relativement bien à sa nouvelle situation – son invalidité, Contact… Sa misanthropie, somme toute, lui avait été un atout précieux ; jouer les outsiders, pour lui, ne datait pas de la veille.
Kindle regardait la télé quand Matt entra dans la chambre. Dès qu’il s’aperçut de sa présence, il coupa le son sur sa manette de contrôle.
— Ils ont apporté la télé et un magnéto ce matin. Je les ai prévenus que je ne voulais pas payer et ils m’ont dit que c’était pas utile. Personne d’autre n’en veut. Ça fait des années que j’ai pas regardé la télé.
Il secoua la tête.
— Et maintenant que j’en ai l’occasion, y a rien à voir. Rien que les infos.
— La dernière fois que je l’ai allumée, dit Matt, il n’y avait même pas d’informations. En tout cas, pas celles auxquelles j’étais habitué. Tous les militaires sont rentrés chez eux et personne n’a braqué l’épicerie du quartier.
— Je crois que c’est ça, les nouvelles, en fait.
— On dirait bien que le monde est plus pacifique.
— Mon cul, oui. Y a que le cimetière qu’est pacifique.
Kindle reporta son attention sur l’écran.
— Vous avez vu ça ?
Matt suivit son regard. Sur l’écran apparaissait l’octaèdre de Central Park. Le logo de C.N.N. était visible dans le coin gauche inférieur de l’image.
— Oui, ils l’ont déjà montré.
Il se souvenait de l’apparition de ces octaèdres, au printemps précédent. Toutes ces formes sombres et menaçantes descendues du ciel. Il revoyait Rachel passer et repasser l’enregistrement vidéo, jusqu’à l’obsession. Une vague d’angoisse s’était abattue sur le monde avec ces monolithes qui, pour autant qu’il sache, n’avaient eu d’autre fonction que d’orner les parcs ou, au pire, de faire diversion. La vraie guerre avait été invisible à l’œil nu. Pourquoi envahir la Terre quand on peut envahir les voies sanguines ? Une simple question d’échelle.
— Moi aussi j’ai vu ces putains de trucs au moins une dizaine de fois, répondit Kindle. C’est pas ça qu’est intéressant. Tenez, regardez !
De mauvaise grâce, Matt reporta de nouveau son attention sur la télévision.
C’était aussi une retransmission, mais récente.
Kindle avoua l’avoir regardée toute la journée, inlassablement.
Matt, interdit, regarda sans comprendre l’octaèdre – cette énorme forme noire et lisse, aussi haute qu’une tour de dix étages – qui, on ne sait comment, se déployait.
Il était difficile de saisir l’action, même au ralenti. Matt songea à une fleur printanière déroulant ses pétales. C’était ce genre de mouvement, mais multidimensionnel et effroyablement rapide.
Un processus qui n’avait rien d’humain et qui lui évoquait la brusque fermeture d’un piège, un tir de canon, l’attaque d’un crotale – des actions expéditives et mortelles.
Il fixait l’écran, yeux écarquillés, bouche bée.
Kindle s’esclaffa.
— Étonnant, non ?
Non. Effrayant. Matt en avait la nausée.
L’octaèdre ouvert vomit une multitude de petits engins. Grâce à un zoom de la caméra, Matt put se rendre compte que tous ces engins étaient construits sur le même modèle : une soucoupe bulbeuse montée sur un cône tronqué. Peut-être de la taille d’une personne, encore qu’il fût difficile d’en juger. Il n’arrivait pas à voir si ces engins touchaient le sol ou lévitaient juste au-dessus.