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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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— Écoute, va dans ta chambre et pense à des trucs cochons, ou à ce que tu voudras. Pourquoi est-ce tu ne peux pas te conduire normalement, comme tous les gamins de quatorze ans ?

— C’est ça, répondit Nafai : c’est moi qui devrais être la seule personne normale de cette famille !

— Il faut bien qu’il y en ait une. »

Nafai changea de sujet.

« Dis donc, pourquoi Meb était-il au temple, à ton avis ?

— Il priait pour que tu attrapes des hémorroïdes chaque fois que tu poses une question.

— Non, c’est toi qui étais au temple pour ça. Mais sans rire, tu vois Meb en train de prier ?

— Et de faire plein de vilaines marques sur sa splendide anatomie ? » Issib s’esclaffa.

Ils étaient dans la cour, devant la chambre d’Issib. Ils entendirent un bruit de pas et, se retournant, aperçurent Mebbekew à la porte de la cuisine. Comme la pièce était dans le noir, ils avaient supposé qu’elle était restée vide après le départ de Trujnisha. Mais Meb avait dû surprendre toute leur conversation.

Nafai ne savait plus que dire, ce qui naturellement ne l’empêcha pas de parler. « Tu n’as pas dû rester longtemps au temple, je parie, Meb ?

— Non. Mais j’ai prié quand même, si vous tenez à le savoir.

— Excuse-moi. » Nafai était confus.

Mais Issib ne l’était pas. « Allons, ne raconte pas de blagues ! dit-il. Ou alors, montre-moi une de tes balafres !

— Je peux d’abord te poser une question, Issya ?

— Vas-y.

— Tu as un flotteur accroché au zizi pour te le redresser quand tu pisses ? Ou bien tu le laisses couler, comme les filles ? »

Il faisait sombre et Nafai ne put voir si Issib rougissait ou non. En tout cas, il regagna sa chambre sur ses flotteurs, sans un mot.

« Ah, ça… ça, c’est courageux de se moquer d’un infirme ! siffla Nafai.

— Il m’a traité de menteur ! Tu voulais peut-être que je l’embrasse ?

— Mais il plaisantait !

— Ce n’était pas drôle. » Et Meb rentra dans la cuisine.

Dans sa chambre, Nafai n’eut pas envie de se coucher.

Il avait l’impression d’être en nage, malgré le froid de la nuit, et sa peau le démangeait. Ce devait être à cause du sang et du désinfectant de la fontaine du temple. L’idée de passer du savon sur ses plaies ne le réjouissait pas, mais ce serait plus supportable que les viscosités irritantes qu’il sentait partout sur son corps. Il se dévêtit et se dirigea vers la citerne. Cette fois, il se doucha d’abord ; l’eau, pourtant un peu réchauffée par le soleil, lui fit un choc. Et ses blessures le brûlèrent quand il se savonna, plus encore peut-être qu’au moment où il se les était infligées ; mais, il le savait, c’était sans doute purement subjectif. « La douleur de l’instant est toujours la pire », disait souvent Père.

Seul et misérable, il se lavait dans l’obscurité quand il vit Elemak arriver, se rendre tout droit dans les appartements de Père, et en ressortir peu après pour fermer et barrer le portail : pas seulement le portail extérieur, mais celui de l’intérieur également. C’était pour le moins inhabituel ; Nafai n’avait pas souvenir qu’on eût jamais fermé le portail intérieur, sauf peut-être lors d’une tempête, ou lorsqu’on dressait un chien, pour lui faire passer la nuit entre les deux portails. Mais aujourd’hui il n’y avait en vue ni tempête ni chien.

Elemak entra dans sa chambre. Nafai tira le cordon et se replongea sous l’eau glacée, en frottant ses plaies avant l’arrêt de la douche. Maudits soient Père et son obstination absurde à endurcir ses fils pour en faire des hommes ! Il n’y avait que les pauvres qui se douchaient comme ça sous une brutale averse d’eau froide !

Cette fois, il fallut deux rinçages, entrecoupés d’une longue attente dans la brise glacée pendant que la citerne se remplissait. Quand enfin il regagna sa chambre, Nafai claquait des dents et tremblait violemment ; et même une fois sec et vêtu, il ne parvint pas à se réchauffer. Il faillit fermer la porte, ce qui aurait déclenché le chauffage ; mais ses frères et lui jouaient toujours à qui la fermerait le dernier en hiver, et il n’avait pas l’intention de perdre le combat ce soir, ni d’avouer qu’une petite prière l’avait affaibli à ce point. Il sortit donc tous ses vêtements de son coffre et, s’étant couché, s’en recouvrit entièrement.

Bien entendu, il ne trouva aucune position confortable pour dormir, mais c’était allongé sur le côté qu’il souffrait le moins. La colère, la douleur et l’inquiétude l’empêchèrent de trouver le sommeil, si bien qu’il eut l’impression de n’avoir pas dormi quand il perçut les bruits légers que firent ses frères en se couchant, puis le silence infini de la cour la nuit. Il entendait de temps en temps le cri d’un oiseau, celui d’un chien sauvage dans les collines, qui couvraient un instant l’incessant bruissement des chevaux à l’écurie et des animaux de bât dans les granges.

Il dut néanmoins finir par s’endormir, car il se réveilla soudain, plein de frayeur. Était-ce un bruit qui l’avait tiré de son sommeil ? Ou bien un rêve ? De quoi rêvait-il, à propos ? De… oui, de quelque chose de sombre et d’angoissant. Il tremblait, mais pas de froid ; d’ailleurs, il transpirait abondamment sous son tas de vêtements.

Il se leva et fourra les habits en vrac dans le coffre, qu’il s’efforça d’ouvrir et de refermer sans bruit ; il n’avait pas envie de réveiller ses voisins. Chaque mouvement lui était douloureux : à la raideur de ses muscles et à la chaleur qu’il avait ressentie couvert comme il l’était, il comprit qu’il devait avoir la fièvre. Pourtant, son esprit et ses sens étaient d’une acuité remarquable. S’il avait vraiment la fièvre, c’était une fièvre étrange, car jamais il ne s’était senti aussi vif et plein d’énergie. Malgré la douleur, ou peut-être à cause d’elle, il avait l’impression de pouvoir entendre une souris courir sur une poutre de l’écurie.

Il sortit dans la cour et s’immobilisa. La lune n’était pas encore levée, mais les étoiles brillaient nombreuses dans la nuit claire. Le portail était toujours barré. Mais au fait, pourquoi l’avait-il vérifié ? Que craignait-il donc ? Et qu’avait-il vu dans son rêve ?

Les portes de Meb et d’Elya étaient closes. Quelle dérision ! Couvert de blessures et le corps endolori, Nafai gardait sa chambre ouverte, tandis que ses deux frères, sans vergogne, fermaient leurs portes comme des bébés !

Au fait, il n’y avait peut-être que des bébés pour s’intéresser à ces ridicules proclamations de virilité…

Il faisait plus froid que jamais, et la fièvre qui avait éveillé Nafai s’était calmée. Mais, bien qu’il eût envie de regagner sa chambre, il n’en fit rien. Il s’aperçut même qu’à plusieurs reprises déjà il avait décidé de rentrer, et que chaque fois son esprit s’était mis à vagabonder ; il n’avait pas fait un pas.

C’est Surâme, songea-t-il. Surâme ne veut pas que je me recouche. Il attend peut-être que je fasse quelque chose. D’accord, mais quoi ?

La lune ne s’était pas encore levée ; à cette époque du mois, cela signifiait qu’il restait encore trois bonnes heures avant l’aube, donc deux heures avant que Père ne s’éveille et ne parte pour son rendez-vous à la serre froide, où l’on cultivait et multipliait la flore du Nord glacé.

Mais pourquoi la réunion avait-elle lieu là, précisément ?

Alors, Nafai fut pris du désir inexplicable de sortir de la propriété et de se tourner vers le nord-est, face à la vallée de Tsivet et aux hautes collines, plus loin, là où la porte de la Musique marquait la limite sud-est de Basilica. C’était une idée ridicule, il le savait, et de plus le bruit des portails risquait de réveiller quelqu’un. Mais à présent, Nafai avait compris que Surâme essayait de l’empêcher de regagner son lit ; ce besoin de sortir n’était-il pas une autre de ses manifestations ? Nafai avait prié aujourd’hui : peut-être recevait-il enfin la réponse, semblable à l’impulsion qui avait poussé Père à s’écarter de la route du Désert jusqu’à l’endroit où il avait eu sa vision.

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