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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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– Elle en est revenue, repartirent les esclaves, et elle est dans sa chambre; mais nous avons ordre de madame votre mère de ne vous pas laisser entrer.»

La chambre de la belle Persienne n’était fermée que par une portière, Noureddin s’avança pour entrer, et les deux esclaves se mirent au-devant pour l’en empêcher. Il les prit par le bras l’une et l’autre, les mit hors de l’antichambre et ferma la porte sur elles. Elles coururent au bain en faisant de grands cris, et annoncèrent à leur dame en pleurant que Noureddin était entré dans la chambre de la belle Persienne, malgré elles, et, qu’il les avait chassées.

La nouvelle d’une si grande hardiesse causa à la bonne dame une mortification des plus sensibles. Elle interrompit son bain et s’habilla avec une diligence extrême. Mais avant qu’elle eût achevé et qu’elle arrivât à la chambre de la belle Persienne, Noureddin en était sorti et il avait pris la fuite.

La belle Persienne fut extrêmement étonnée de voir entrer la femme du vizir tout en pleurs et comme une femme qui ne se possédait plus. «Madame, lui dit-elle, oserais-je vous demander d’où vient que vous êtes affligée? Quelle disgrâce vous est arrivée au bain, pour vous avoir obligée d’en sortir si tôt?

«- Quoi! s’écria la femme du vizir, vous me faites cette demande d’un esprit tranquille, après que mon fils Noureddin est entré dans votre chambre et qu’il y est demeuré seul avec vous! Pouvait-il nous arriver un plus grand malheur, à lui et à moi?

«De grâce, madame, repartit la belle Persienne, quel malheur peut-il y avoir pour vous et pour Noureddin en ce que Noureddin a fait?

– Comment! répliqua la femme du vizir, mon mari ne vous a-t-il pas dit qu’il vous a achetée pour le roi, et ne vous avait-il pas avertie de prends garde que Noureddin n’approchât de vous?

«- Je ne l’ai pas oublié, madame, reprit encore la belle Persienne; mais Noureddin m’est venu dire que le vizir son père avait changé de sentiment, et qu’au lieu de me réserver pour le roi, comme il en avait eu l’intention, il lui avait fait présent de ma personne. Je l’ai cru, madame et esclave comme je suis, accoutumée aux lois de l’esclavage dès ma plus tendre jeunesse, vous jugez bien que je n’ai pu et que je n’ai dû m’opposer à sa volonté. J’ajouterai même que je l’ai fait avec d’autant moins de répugnance, que j’avais conçu une forte inclination pour lui, par la liberté que nous avons eue de nous voir. Je perds, sans regret l’espérance d’appartenir au roi, et je m’estimerai très-heureuse de passer toute ma vie avec Noureddin.»

À ce discours de la belle Persienne: «Plût à Dieu, dit la femme du vizir, que ce que vous me dites fût vrai! j’en aurais bien de la joie. Mais, croyez-moi, Noureddin est un imposteur; il vous a trompée, et il n’est pas possible que son père lui ait fait le présent qu’il vous a dit. Qu’il est malheureux et que je suis malheureuse! Et que son père l’est davantage par les suites fâcheuses qu’il doit craindre et que nous devons craindre avec lui! Mes pleurs ni mes prières ne seront pas capables de le fléchir ni d’obtenir son pardon. Son père va le sacrifier à son juste ressentiment, dès qu’il sera informé de la violence qu’il vous a faite.» En achevant ces paroles, elle pleura amèrement, et ses esclaves, qui ne craignaient pas moins qu’elle pour la vie de Noureddin, suivirent son exemple.

Le vizir Khacan arriva quelques moments après, et fut dans un grand étonnement de voir sa femme et les esclaves en pleurs, et la belle Persienne fort triste. Il en demanda la cause, et sa femme et les esclaves augmentèrent leurs cris et leurs larmes, au lieu de lui répondre. Leur silence l’étonna davantage, et en s’adressant à sa femme: «Je veux absolument, lui dit-il, que vous me déclariez ce que vous avez à pleurer, et que vous me disiez la vérité.»

La dame, désolée, ne put se dispenser de satisfaire son mari: «Promettez-moi donc, seigneur, reprit-elle, que vous ne me voudrez pas de mal de ce que je vous dirai; je vous assure d’abord qu’il n’y a pas de ma faute.» Sans attendre sa réponse: «Pendant que j’étais au bain avec mes femmes, poursuivit-elle, votre fils est venu, et a pris ce malheureux temps pour faire accroire à la belle Persienne que vous ne vouliez plus la donner au roi et que vous lui en aviez fait un présent. Je ne vous dis pas ce qu’il a fait après une fausseté si insigne, je vous laisse à juger vous-même. Voilà le sujet de mon affliction pour l’amour de vous et pour l’amour de lui, pour qui je n’ai pas la confiance d’implorer votre clémence.»

Il n’est pas possible d’exprimer quelle fut la mortification du vizir Khacan quand il eut entendu le récit de l’insolence de son fils Noureddin. «Ah! s’écria-t-il en se frappant cruellement, en se tordant les mains et en s’arrachant la barbe, c’est donc ainsi, malheureux fils, fils indigne de voir le jour, que tu jettes ton père dans le précipice, du plus haut degré de son bonheur, que tu le perds et que tu te perds toi-même avec lui! Le roi ne se contentera pas de ton sang ni du mien pour se venger de cette offense, qui attaque sa personne même.»

Sa femme voulut tâcher de le consoler: «Ne vous affligez pas, lui dit-elle, je ferai aisément dix mille pièces d’or d’une partie de mes pierreries; vous en achèterez une autre esclave, qui sera plus belle et plus digne du roi.

«- Eh! croyez-vous., reprit le vizir, que je sois capable de me tant affliger pour la perte de dix mille pièces d’or? Il ne s’agit pas ici de cette perte, ni même de la perte de tous mes biens, dont je serais aussi peu touché. Il s’agit de celle de mon honneur, qui m’est plus précieux que tous les biens du monde.

– Il me semble néanmoins, seigneur, reprit la dame, que ce qui se peut réparer par l’argent n’est pas d’une si grande conséquence.

– Hé quoi! répliqua le vizir, ne savez-vous pas que Saouy est mon ennemi capital? Croyez-vous que, dès qu’il aura appris cette affaire, il n’aille pas triompher de moi près du roi! Votre majesté, lui dira-t-il, ne parle que de l’affection et du zèle de Khacan pour son service; il vient de faire voir cependant combien il est peu digne d’une si grande considération. Il a reçu dix mille pièces d’or pour lui acheter une esclave. Il s’est véritablement acquitté d’une commission si honorable, et jamais personne n’a vu une si belle esclave; mais, au lieu de l’amener à votre majesté, il a jugé plus à propos d’en faire un présent à son fils. Mon fils, lui a-t-il dit, prenez cette esclave, c’est pour vous: vous la méritez mieux que le roi. Son fils, continuera-t-il avec sa malice ordinaire, l’a prise, et il se divertit tous les jours avec elle. La chose est comme j’ai l’honneur de l’assurer à votre majesté, et votre majesté peut s’en éclaircir par elle-même. Ne voyez-vous pas, ajouta le vizir, que sur un tel discours les gens du roi peuvent venir forcer ma maison à tout moment et enlever l’esclave. J’y ajoute tous les autres malheurs inévitables qui suivront.

«- Seigneur, reprit la dame à ce discours du vizir son mari, j’avoue que la méchanceté de Saouy est des plus grandes et qu’il est capable de donner à la chose le tour malin que vous venez de dire, s’il en avait la moindre connaissance. Mais peut-il savoir, ni lui ni personne, ce qui se passe dans l’intérieur de votre maison? Quand on le soupçonnerait et que le roi vous en parlerait, ne pouvez-vous pas dire qu’après avoir bien examiné l’esclave, vous ne l’avez pas trouvée aussi digne de sa majesté qu’elle vous l’avait paru d’abord; que le marchand vous a trompé; qu’elle est à la vérité d’une beauté incomparable; mais qu’il s’en faut beaucoup qu’elle ait autant d’esprit et qu’elle soit aussi habile qu’on vous l’avait vantée? Le roi vous en croira à votre parole, et Saouy aura la confusion d’avoir aussi peu réussi dans son pernicieux dessein que tant d’autres fois qu’il a entrepris inutilement de vous détruire. Rassurez-vous donc, et si vous voulez me croire, envoyez chercher les courtiers, marquez-leur que vous n’êtes pas content de la belle Persienne, et chargez-les de vous chercher une autre esclave.

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