À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Quand même, songea Hresh, ils n’ont pas l’air très différents de nous ! Et c’est cela le pire. Nous sommes des humains, ce sont des animaux, mais ils n’ont pas l’air très différents de nous !
La bataille ne dura pas plus d’une demi-heure, après quoi le peuple de la forêt disparut dans les arbres, leur laissant la voie libre.
— Laisse-moi entrer le premier, demanda Hresh à Koshmar d’une voix implorante. C’est moi qui l’ai découverte. Je veux être le premier !
Koshmar inclina la tête en étouffant un petit rire.
— Tu vois bien que tu es encore Hresh-le-questionneur, dit-elle. D’accord, tu peux y aller.
Interloqué qu’elle lui accorde si facilement ce qu’il avait demandé, Hresh pivota sur lui-même sans hésiter et franchit le portail massif flanqué de lourds piliers verts qui marquait l’entrée de Vengiboneeza.
Et, à sa profonde stupéfaction, juste de l’autre côté du portail, il découvrit trois silhouettes qu’il reconnut aussitôt. Trois représentants de la race des yeux de saphir. Il avait eu maintes fois l’occasion de voir leurs semblables en parcourant de la main les pages des différents volumes des chroniques : des êtres massifs, dotés de longues jambes aux cuisses fortes et d’un organe sensoriel puissant… Mais peut-être n’était-ce qu’une queue. Leurs bras courts étaient ouverts en ce qui ne pouvait être qu’un geste de bienvenue. Leurs gros yeux aux lourdes paupières, d’un bleu si profond qu’on eût dit des lacs, rayonnaient de sagesse et de puissance.
Abasourdi, Hresh eut un mouvement de recul. Il se trouvait en présence de ceux qui, à deux reprises, avaient été les maîtres de la planète. La première fois, dans les temps les plus reculés, avant même l’apparition des premiers humains, ils avaient établi une civilisation anéantie par un premier déferlement d’étoiles de mort. Puis, vers la fin de l’ère humaine, les survivants du premier empire des yeux de saphir étaient parvenus à recréer la grandeur de leur race. Appartenant à la classe des reptiles et à l’ordre des crocodiliens, ils descendaient d’animaux qui s’étaient pendant très longtemps contentés de rester engourdis dans la boue des cours d’eau tropicaux, mais avaient réussi à s’élever beaucoup plus haut que leurs ancêtres. Le retour des étoiles de mort avait mis fin une seconde fois à la puissance retrouvée des yeux de saphir et, cette fois, le froid terrible n’avait laissé aucun survivant. C’est du moins ce que les chroniques affirmaient dans leur expression nébuleuse et ce que Thaggoran avait toujours enseigné.
— Non, souffla Hresh, ce n’est pas possible ! Vous n’existez pas ! Vous avez tous péri avec la Grande Planète !
Le gardien de gauche leva l’un de ses petits bras dans un geste interrogateur.
— Comment aurions-nous pu périr, petit singe, alors que nous n’avons jamais été vivants ?
Il s’exprimait d’un ton guindé dans une langue curieusement archaïque, mais tout à fait compréhensible.
— Comment cela, jamais vivants ?
— Nous ne sommes que des machines, dit le gardien de droite.
— Placées ici pour accueillir à la fin de l’hiver les humains dans la cité de nos maîtres, à l’image desquels nous avons été fabriquées, déclara celui du milieu.
— Des machines… répéta Hresh, comme incapable d’assimiler cette révélation. Fabriquées à l’image de vos maîtres qui n’ont pas survécu au Long Hiver… Je vois, je vois…
Il s’approcha aussi près d’eux qu’il osait et tendit le cou pour sonder les mystères de leurs yeux de lumière.
— Alors, nous pouvons entrer dans la ville ? demanda-t-il. Vous allez nous montrer tout ce qu’elle contient ?
Jamais il n’avait rien vu d’aussi majestueux que ces trois gardiens qui lui inspiraient un respect mêlé de crainte. Mais, en même temps, il se sentait vaguement déçu, car il ne s’agissait, somme toute, que de machines dotées d’une intelligence artificielle. Pas d’êtres vivants. Il eût préféré être en présence d’yeux de saphir en chair et en os, miraculeusement préservés du froid de l’interminable hiver. Mais c’était absolument impossible. Tout espoir était vain.
— Pourquoi m’avez-vous appelé « petit singe » ? reprit Hresh après un silence. N’êtes-vous pas capables de reconnaître un être humain ?
Les trois yeux de saphir échangèrent de brusques sifflements que Hresh interpréta comme des rires. Puis il entendit d’autres bruits derrière lui, de petits cris d’étonnement et d’incrédulité. Il tourna vivement la tête et découvrit Koshmar, Torlyri et le reste de la tribu, béants de surprise.
— Mais tu es un petit singe, dit le gardien du milieu. Et ceux qui sont derrière toi sont de grands singes. Et ce sont des singes d’une race différente et moins évoluée qui vous ont attaqués dans la forêt.
— Eux étaient peut-être des singes, mais nous, nous sommes des humains, répliqua fermement Hresh.
— Mais non, dit le gardien de gauche en émettant un nouveau sifflement. Non, vous n’êtes pas des humains. Les humains ont disparu il y a très longtemps, dès le début du Long Hiver.
— Comment cela, partis ?
— Ils ont disparu. Vous n’êtes que leurs cousins éloignés, comprenez-vous ? Ta tribu et le peuple de la forêt qui jacasse dans les arbres.
Hresh sentit le rouge de la confusion et de la consternation lui monter au front.
— Je n’en crois pas un mot, dit-il.
— C’est pourtant la vérité. Vous et le peuple de la forêt…
— Je vous interdis de nous mettre dans le même sac !
— Mais vous êtes parents, petit singe.
— Non ! Non !
— Oh ! je reconnais que votre race leur est très supérieure pour ce qui concerne les choses de l’esprit, mais surtout ne vous prenez pas pour des humains. Vous n’êtes pas de souche humaine, même si votre origine est très proche, peut-être une autre branche issue des ancêtres communs aux humains et aux singes, peut-être une seconde tentative pour réussir ce que les dieux ont réussi avec les humains.
Les yeux écarquillés, Hresh sentait la confusion et la colère bouillonner en lui. Ce ne sont que mensonges désobligeants, songea-t-il. Des mensonges destinés à semer le trouble dans son esprit pour le punir d’avoir osé rompre la solitude éternelle de ces trois machines malveillantes.
— Vous ressemblez un peu aux humains, dit le gardien de gauche, mais pas beaucoup, je vous assure. Les humains n’avaient pas le corps couvert de poils, ils n’avaient pas de queue et…
— Ce n’est pas une queue ! s’écria Hresh d’un ton indigné. C’est un organe sensoriel !
— Une queue modifiée, poursuivit implacablement le gardien. Je dois dire que la ressemblance est assez étonnante, mais vous n’êtes pas des humains. Il n’y a plus d’humains. Vous êtes des singes, ou les descendants de singes. Les humains ont disparu de la surface de la planète.
Hresh se sentait accablé par leur incroyable discours. Ils mentaient, ils jouaient avec lui, ils voulaient le tourmenter et l’humilier en lui faisant cet affront. Mais il ne parvenait pas à traiter leurs allégations avec le mépris qu’elles méritaient et il sentait la colère faire place au désespoir. Il était au bord des larmes.
— Pas humains… balbutia Hresh qui se sentait d’un coup tout petit et très laid. Pas humains… Non… C’est impossible…