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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Des animaux, répondit Hresh. Rien que des animaux.

— Sommes-nous donc des animaux, nous aussi ?

— Nous sommes des êtres humains, affirma Hresh.

Il avait dit cela comme une vérité qu’on ne pouvait mettre en doute, mais au fond de lui-même il pataugeait dans l’incertitude.

Être humain, se disait Hresh, était quelque chose de tout à fait glorieux. C’était pouvoir se considérer comme un maillon d’une très longue chaîne dont les débuts remontaient aux temps les plus reculés de la création. Être un singe, ou le cousin d’un singe, reviendrait donc à ne guère valoir mieux que ce stupide peuple jacassant, à l’odeur nauséabonde, qui se suspendait par son organe sensoriel — non, rectifïa-t-il, par la queue — aux branches des arbres de la jungle.

Sommes-nous des êtres humains ou ne sommes-nous que des singes ?

Dans les chroniques, principalement dans le Livre de la Voie, il était écrit qu’à la fin de l’hiver les humains sortiraient de leurs refuges et se dirigeraient vers Vengiboneeza pour chercher dans les ruines de la grande cité les objets dont ils auraient besoin pour devenir les maîtres de la planète. C’est du moins ainsi que Hresh avait interprété le texte et lorsque le Livre de la Voie parlait des « humains », il avait compris qu’il s’agissait du Peuple.

Mais en allait-il vraiment ainsi ? Les chroniques n’étaient pas rédigées avec les mots simples de la langue de tous les jours ; elles étaient composées de concepts condensés auxquels le lecteur avait accès par le pouvoir de l’esprit, ce qui laissait le champ libre à différentes interprétations. Quand il étudiait le Livre de la Voie, ce qui passait du papier vélin à ses doigts et de ses doigts à son cerveau était un concept qui semblait signifier le Peuple, à savoir ceux-pour-qui-ce-livre-a-été-écrit. Mais cela pouvait tout aussi bien signifier des-humains-distincts-du-Peuple. En examinant plus attentivement le texte, Hresh se rendit compte que la seule lecture inattaquable était celle qui disait que ceux-qui-se-considèrent-comme-des-humains entreraient dans Vengiboneeza à la fin de l’hiver pour mettre la main sur les trésors de la cité.

On pouvait donc se considérer comme un humain sans l’être véritablement.

Les machines des yeux de saphir prétendent que nous sommes des singes, se dit Hresh, ou tout au moins que nous descendons des singes. Koshmar affirme avec virulence que nous sommes des humains. Qui a raison ? Est-ce de nous que parle le Livre de la Voie ou de quelque mystérieuse autre race ?

Le Livre de la Voie semblait pourtant exister tout entier à l’intention du Peuple. C’était leur livre, écrit par eux et pour eux. Quand il parlait des humains, à qui d’autre pouvait-il faire allusion ? Mais le jeune chroniqueur se demandait si le Livre de la Voie parlait réellement des humains ou si c’était seulement l’interprétation donnée au texte par le Peuple qui, au fil des siècles, en était venu à se considérer comme les humains…

Plus il réfléchissait, plus la confusion gagnait son esprit.

Est-il vraiment important de savoir si nous sommes des humains ou autre chose ? se demandait encore Hresh. Nous sommes ce que nous sommes et il n’y a là rien dont nous puissions avoir honte.

Mieux que quiconque, il savait ce qu’étaient les singes de la jungle. Il les avait regardés au fond des yeux et y avait découvert l’animalité. Il avait senti une queue puissante s’enrouler autour de sa gorge et avait failli périr étouffé. Il avait entendu leurs infâmes jacassements. Il les détestait de toute son âme et de toute son âme il priait pour que les yeux de saphir artificiels aient menti, pour qu’il n’y eût pas le plus lointain lien de parenté entre sa race et le peuple de la jungle.

Il se répétait avec véhémence que lui et les siens étaient des êtres humains, mais il eût aimé en être aussi sûr que pouvait l’être Koshmar. Tant qu’il n’en aurait pas la preuve formelle, il vivrait dans le doute et dans l’angoisse.

Le Peuple partageait Vengiboneeza avec d’autres créatures, plus petites, mais dont certaines étaient pour le moins gênantes. Les singes de la jungle faisaient des incursions dans la cité et, du haut des saillies et des corniches où ils se hissaient, bombardaient ceux qui se trouvaient au-dessous de pierres, de crottes et de baies écarlates hérissées de piquants qui brûlaient comme un fer rouge. Des serpents verts au capuchon dilaté paressaient entre les pierres et, de loin en loin, se dressaient en sifflant, prêts à attaquer. Bonlai, une jeune fille, ainsi que Bruikkos, un jeune guerrier, subirent leur morsure et furent très malades pendant plusieurs jours malgré les remèdes et les incantations de Torlyri.

Salaman, rôdant un jour entre deux constructions d’albâtre triangulaires au toit incliné qui s’élevaient à une centaine de pas de la tour, tomba sur un bloc de pierre auquel était attaché un anneau métallique sur lequel il tira imprudemment. Le bloc de pierre se souleva aisément et une horde de créatures luisantes, au corps bleu et doré, pas plus grosses que le pouce, surgit aussitôt des entrailles de la terre. Elles avaient de grands yeux de rubis étincelants et des mâchoires tranchantes comme des rasoirs. Salaman subit une douzaine de morsures d’où le sang commença à couler. Il se mit à hurler de douleur et Sachkor et Moarn accoururent à son secours. A eux trois, ils réussirent à le débarrasser des sales bestioles qui couvraient sa fourrure, mais elles se répandaient partout. Par bonheur, leur corps était assez mou pour qu’un coup de balai de paille bien appliqué suffise à l’écraser, mais il fallut une heure à une demi-douzaine de membres de la tribu pour en venir à bout. La nuit venue, d’invisibles balayeurs dégagèrent la place des centaines de petits cadavres et à l’aube il ne restait plus rien.

Chaque jour apportait quelque nouveau désagrément. De petits insectes piqueurs de différentes espèces les attaquaient sans relâche, des lézards venimeux émettaient des sifflements menaçants à leur approche et de grands oiseaux aux ailes fuselées et diaphanes et au bec bleu effilé, juchés sur les plus hautes branches des arbres, les aspergeaient d’une sorte de bave luisante provoquant des brûlures douloureuses.

Mais, au bout du compte, la vie à Vengiboneeza était plutôt agréable. Certains affirmaient qu’elle l’était presque autant que dans le cocon et d’autres allaient jusqu’à prétendre que, malgré tous ces petits désagréments et l’étrangeté de l’existence en plein air, elle était préférable aux jours paisibles qu’ils coulaient dans leur refuge douillet creusé au cœur de la montagne.

Un jour, dans le courant de leur cinquième semaine à Vengiboneeza, Koshmar fit venir Hresh auprès d’elle.

— A partir de demain, dit-elle, tu commenceras à explorer la ville avec Konya.

— Avec Konya ? Pourquoi Konya ?

— Il n’est pas question que tu y ailles seul ! Nous ne pouvons pas risquer de te perdre.

C’était exaspérant ! Hresh s’était imaginé que, lorsque Koshmar l’enverrait en expédition dans la ville, il aurait les coudées franches et qu’il pourrait fourrer son nez où il le voulait sans avoir à s’embarrasser d’un guerrier lourdaud et impatient, chargé de sa protection. Il essaya de discuter, mais ce fut en pure perte. Koshmar objecta que les yeux de saphir avaient peut-être truffé la cité de pièges mortels et que les faubourgs pouvaient être occupés par les singes braillards ou bien par des insectes ou des reptiles venimeux. La personne du chroniqueur était trop précieuse pour la tribu et elle refusait de courir le moindre risque. Un des guerriers l’accompagnerait. Elle le mit en demeure de choisir entre cette proposition et rester avec le gros de la tribu pendant que les hommes mûrs partaient explorer la cité sans lui.

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