À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— C’est un garçon, annonça Minbain.
Le bébé vagissant était très petit, tout rose et tout plissé, le corps parsemé de petites touffes d’un duvet gris qui deviendrait une épaisse fourrure le recouvrant tout entier. Son minuscule organe sensoriel dressé s’agitait vivement. C’était un bon signe, un signe de vigueur et de passion. Torlyri se remémora le jour où elle avait aidé Minbain quand elle accouchait de Hresh, neuf ans auparavant. L’organe sensoriel du nouveau-né battait furieusement l’air et il fallait reconnaître que le présage s’était pleinement vérifié.
— L’ancien, dit une des femmes. Nous avons besoin de l’ancien pour lui donner un nom.
Minbain étouffa un petit rire et plusieurs autres femmes l’imitèrent.
— L’ancien ! s’écria Galihine. C’est bien la première fois que j’entends appeler un enfant l’ancien !
— Et qu’on verra un enfant présider à un accouchement, ajouta Preyne.
— Peu importe, déclara Torlyri d’une voix ferme. Nous avons besoin de lui pour accomplir ce qui doit être accompli.
Elle se tourna vers une jeune fille du nom de Kailii, qui était presque en âge d’enfanter et qui avait observé l’accouchement avec fascination, pour lui demander d’aller quérir le chroniqueur.
Hresh arriva au bout de quelques minutes. Torlyri le vit apprécier la situation d’un coup d’œil : les femmes rassemblées autour de l’accouchée ; Threyne, épuisée, des traînées de sang tachant la fourrure de ses cuisses ; le nouveau-né tout fripé, ressemblant plus à un radis qu’à un humain. Mais Hresh avait l’air gêné, peut-être à cause de la présence de sa mère, ou bien parce qu’il savait qu’il n’était pas de coutume pour un homme d’assister à une telle scène.
— Comme tu le vois, un enfant vient de naître, dit Torlyri. Il convient maintenant de lui donner un nom et c’est à toi qu’il incombe de le faire.
La gêne du chroniqueur sembla aussitôt s’évanouir. Il se redressa de toute sa taille — comme il est ridiculement petit, songea Torlyri — comme pour se draper dans la dignité de sa fonction.
Il fit solennellement le signe de Yissou, puis successivement celui d’Emakkis, le Pourvoyeur, celui de Mueri, la Mère, et celui de Friit, le Guérisseur. Pour finir, il fit le signe de Dawinno, le Destructeur, le plus subtil des dieux.
Torlyri sentit un élan de fierté et de plaisir monter en elle. Hresh avait fait ce qu’il convenait et dans l’ordre voulu ! Le vieux Thaggoran n’eût pas fait mieux. Dire que le gamin n’avait jamais assisté à un accouchement. Il avait dû étudier le rituel dans ses livres. Quel garçon remarquable !
— Un enfant mâle nous a été donné, commença Hresh d’une voix sonore. Par Preyne et par Threyne, pour nous tous. Je le nomme d’après le grand homme qui nous a été si cruellement enlevé. Thaggoran sera son nom.
— Thaggoran ! rugit Preyne. Thaggoran, fils de Preyne ! Thaggoran, fils de Threyne !
— Thaggoran ! crièrent les femmes.
— Thaggoran ! articula Threyne d’une voix faible.
Hresh tendit les mains vers la mère, puis vers le père et enfin vers la femme-offrande, comme le prescrivait le rite. Il se dirigea ensuite vers les autres femmes et, l’une après l’autre et sans oublier sa mère, leur effleura les joues dans un geste de bénédiction. Torlyri n’avait jamais vu cela ; Hresh avait dû l’inventer, à moins qu’il n’eût rétabli un ancien rite découvert dans ses livres. Il s’approcha enfin de Torlyri et, les yeux brillants, lui toucha le visage de la même manière. Ce devait être un moment merveilleux pour le jeune chroniqueur, l’étrange petit Hresh-le-questionneur, qui semblait maintenant être mi-homme, mi-enfant, un homme dans le corps d’un enfant. Torlyri songea à ce jour déjà lointain où elle l’avait rattrapé devant le sas du cocon avant qu’il puisse s’enfuir, et elle se souvint de la terreur brillant dans ses yeux quand elle lui avait annoncé qu’il allait comparaître devant Koshmar pour être jugé. Comme tout était différent maintenant ! Et c’était aujourd’hui ce même Hresh qui, si loin de leur cocon, annonçait la venue au monde d’un nouveau Thaggoran avec tout le sérieux de l’ancien.
Quand le rite fut achevé, Hresh l’entraîna à l’écart.
— Cela s’est bien passé ? demanda-t-il. Ai-je fait tout ce qu’il fallait ?
— Tu as été parfait, répondit-elle.
Et, dans un mouvement impulsif, elle le serra contre sa poitrine en le soulevant de terre et l’embrassa sur les deux joues.
Mais cet élan d’affection parut blesser Hresh dans son amour-propre. Quand elle le reposa par terre, il lui lança un regard bizarre en lissant sa fourrure dans une attitude de dignité offensée. Mais quand Torlyri le prit par les épaules en souriant, sa mauvaise humeur se dissipa. Nul ne pouvait en vouloir très longtemps à Torlyri.
— Il y a une autre cérémonie qu’il faudra bientôt célébrer, dit Hresh.
— La naissance du bébé de Nettin ?
— Cela aussi, bien sûr. Mais je songeais à quelque chose qui me concerne.
— De quoi parles-tu ? demanda Torlyri.
— La cérémonie de mon jour de baptême. Tu sais que je vais avoir neuf ans.
Torlyri essaya de réprimer une violente envie de rire, mais elle n’y parvint pas.
Hresh fit un pas en arrière et la regarda de nouveau d’un air offensé.
— J’ai dit quelque chose de drôle ?
— Non, Hresh, tu n’as rien dit de drôle. Rien de drôle du tout, mais… mais…
Et elle partit d’un nouvel éclat de rire.
— Excuse-moi, dit-elle. Ce n’est pas très gentil de ma part.
— Je ne comprends pas pourquoi tu ris.
— Ton jour de baptême ! Tu es l’ancien de la tribu et tu viens de donner son nom à un enfant avant même ton jour de baptême ! Ah ! Hresh ! nous vivons des temps bien étranges !
— Peu importe, dit Hresh. Le moment est venu pour moi.
— Oui, Hresh, dit Torlyri en hochant lentement la tête. Tu as absolument raison. Je vais en parler à Koshmar. Sais-tu précisément quel jour ce doit être.
— J’ai perdu le compte des jours, Torlyri, répondit Hresh avec une pointe de tristesse dans la voix. Depuis toutes ces semaines, tous ces mois que nous marchons… Je crains que ce ne soit déjà passé depuis plusieurs jours.
— Cela ne fait rien, dit Torlyri. Je vais en parler à Koshmar.
Mais aussi bien Torlyri que Koshmar ignoraient quelle pouvait être la marche à suivre pour célébrer un jour de baptême dans le nouveau cadre qui était le leur. Jamais elles n’avaient eu l’occasion d’accomplir ce rite depuis le Temps du Départ.
A l’époque du cocon, le jour de baptême qui marquait l’entrée dans la vie adulte était l’une des trois occasions sacramentelles où il était permis à un membre de la tribu de franchir le sas et de passer quelques instants dans le monde de l’extérieur. En la seule compagnie de la femme-offrande, l’enfant de neuf ans sortait en tremblant et prononçait le nom qu’il avait choisi désormais de porter. Étourdi, apeuré, il contemplait l’escarpement et le fleuve qui coulait en contrebas, les tas d’ossements blanchis et la voûte infinie du ciel. Grisé par l’air pur et froid de l’extérieur, il ne lui restait plus qu’à accomplir l’offrande appropriée aux Cinq Déités. Quelques années plus tard venait la deuxième cérémonie rituelle, celle du jour de couplage, qui marquait l’acquisition de la maturité de l’âme. La troisième et dernière occasion de sortir était au seuil de la mort. Quand ils étaient assez forts pour marcher seuls, les membres de la tribu étaient escortés jusqu’au sas par la femme-offrande et le chef, parfois par le premier guerrier, sinon la femme-offrande les transportait jusqu’à l’extérieur où ils attendaient la mort dans le vent et le froid.