À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
La tribu demeura près du lac pendant encore quelques jours, jusqu’à ce que Threyne et Nettin soient en état de reprendre la route. L’attente fut pénible pour Koshmar qui mourait d’envie de voir Vengiboneeza, mais tout autant pour Hresh. Contrairement aux autres membres de la tribu, le chroniqueur avait une idée de ce qu’ils pouvaient trouver dans la capitale des yeux de saphir et il ne tenait pas en place.
Au vrai, après quatre journées de marche, ce fut Hresh qui, le premier, aperçut les tours de la cité. Se dirigeant toujours vers l’occident, la tribu atteignit un lac dont les eaux étaient d’un bleu si profond qu’elles en paraissaient noires, puis un second et, conformément aux indications du marcheur sur l’onde, elle arriva devant un cours d’eau dont la présence signifiait que Vengiboneeza était toute proche. Ce cours d’eau n’était pas très large, mais l’eau était froide, le courant impétueux et les rives bordées de rochers déchiquetés. Traverser la rivière avec tous les bagages fut une opération si délicate et si longue que Koshmar décida la mort dans l’âme qu’il était plus sage de s’installer pour la nuit sur la rive opposée. Mais Hresh fut incapable de réfréner son impatience. Dès que la tribu fut en sécurité sur l’autre rive, il s’esquiva en profitant de ce que personne ne lui prêtait attention et s’enfonça en courant dans la forêt voisine. Mais brusquement il s’arrêta, cloué sur place par la surprise.
Les tours brillantes d’une magnifique cité se découpaient devant lui sur le ciel, s’élevant comme de gigantesques blocs de pierre de lumière au-dessus de la jungle. Il y en avait tant qu’il eût été incapable de les compter, et de toutes les teintes imaginables, l’une d’un violet iridescent, une autre toute dorée avec des reflets flamboyants, telle autre grenat et bordée de balcons bleu nuit, ou bien encore noire comme le jais… Certaines étaient étouffées par les lianes et les plantes grimpantes de toutes sortes, mais les contours de la plupart d’entre elles étaient parfaitement nets.
Hresh lutta pour ne pas céder à l’envie de se plonger dans la ville. Il la contempla longuement, s’imprégnant de son extraordinaire beauté.
Puis, le cœur battant, il repartit en courant vers le campement.
— Vengiboneeza ! J’ai découvert Vengiboneeza !
Il avait à peine parcouru la moitié du chemin quand il sentit quelque chose d’épais et de poilu, doté d’une force incroyable, s’enrouler autour de sa gorge et le jeter à terre.
Il se débattit désespérément en cherchant à reprendre sa respiration. Il étouffait. Il avait l’impression que ses yeux allaient sortir de leur orbite et tout se brouillait. Il distinguait à peine ses assaillants. Ils semblait y en avoir trois ; deux qui sautaient autour de lui et le troisième qui le retenait à l’aide de son puissant organe sensoriel. Hresh eut le temps de songer que, s’ils étaient humains, ils appartenaient à une tribu très différente de la sienne. Ils avaient des bras et des jambes étonnamment longs, un corps mince et musclé, une petite tête et de grands yeux durs et brillants, mais d’où la lumière de l’intelligence était absente. Du sommet de la tête au bout de leurs orteils noirs, ils étaient tous les trois couverts d’une épaisse fourrure gris-vert d’une texture inhabituelle.
— Je ne… peux pas respirer… murmura Hresh. Je vous en prie…
Il perçut des éclats de rire moqueurs et une sorte de babillage aigu et précipité dans un langage qui lui était inconnu. Il essaya encore une fois de dégager sa gorge de l’organe sensoriel qui le faisait suffoquer. Il y enfonça ses ongles de toutes ses forces, mais cela ne provoqua rien d’autre qu’un resserrement de l’étreinte mortelle. Jamais Hresh n’aurait cru qu’un organe sensoriel pût être aussi insensible.
— Arrêtez, je vous en prie… fit-il d’une voix faible.
Il se dit qu’il allait rendre son dernier souffle et tout commença à devenir noir.
D’un seul coup, un hurlement strident retentit. Hresh sentit un filet d’air pénétrer dans ses poumons avides et il roula sur le côté en haletant, plié en deux, secoué par des haut-le-cœur. Tout semblait tournoyer frénétiquement autour de lui. Pendant quelques instants, il ne vit que des taches de lumière et des points tourbillonnants, puis il se sentit mieux et il leva les yeux.
Harruel et Konya se tenaient devant lui. Ils avaient transpercé de leur lance deux des assaillants dont le corps couvert de sang gisait à leurs pieds. Le troisième avait réussi à prendre la fuite et, suspendu à la branche d’un arbre par son organe sensoriel, il poussait des cris perçants.
— Tout va bien ? demanda Harruel.
— Oui, ça ira… Il faut que… je reprenne mon souffle…
Il parvint à se mettre à genoux et frotta longuement sa gorge endolorie en respirant à fond.
— Il s’en est fallu de très peu que tout soit fini pour moi.
Hresh tourna la tête vers les deux petits tas de fourrure sanguinolente et frissonna en les regardant.
— Mais vous m’avez sauvé la vie. Et regardez, là-bas, poursuivit-il en tendant une main tremblante. La ville ! La cité de Vengiboneeza !
Les deux guerriers levèrent les yeux vers les tours de la ville dont le sommet était à peine visible d’où ils se trouvaient. Konya poussa un grognement de surprise et se laissa tomber à genoux en faisant le signe du Protecteur. Appuyé sur sa lance, Harruel secoua lentement la tête sans proférer un son.
Koshmar arriva en courant, suivie par Torlyri et par la plupart des autres. Les jambes encore flageolantes, Hresh les conduisit à travers l’enchevêtrement de plantes rampantes et d’herbes aux feuilles coupantes jusqu’à l’endroit d’où il avait découvert les tours étincelantes qui se découpaient sur le ciel. Mais les animaux à la fourrure gris-vert étaient partout autour d’eux. Ils se bousculaient par dizaines dans les arbres, suspendus par leur organe sensoriel, bondissant de branche en branche, jacassant, ricanant, les provoquant par leurs cris. Hresh comprit qu’ils avaient dû le suivre depuis son départ du camp.
— Quelle est cette tribu ? demanda Torlyri.
— Une tribu très peu évoluée, répondit Hresh.
— Ils nous ressemblent un peu, dit Torlyri.
— Vraiment très peu, déclara sèchement Koshmar.
— Mais ils se déplacent très rapidement, poursuivit Hresh.
— Pas assez pour que nous ne puissions les massacrer s’ils nous agressent ! rétorqua Koshmar. Mais vous voyez bien que ce n’est pas une autre tribu ! Ce ne sont pas des humains ! Rien que des animaux, rien qu’une vermine ! Regardez plutôt la cité ! Vengiboneeza est à nous ! Allez chercher les lances et les torches ! Vengiboneeza est à nous !
Les curieux habitants de la forêt n’étaient peut-être que stupide vermine, leur présence n’en était pas moins extrêmement gênante. Sans descendre des arbres, ils suivirent la petite troupe et ne cessèrent de la bombarder de fruits et de branches, allant jusqu’à lâcher sur elle leurs excréments verdâtres tout en hurlant des insultes incompréhensibles. Galihine reçut entre les épaules un gros fruit pourpre qui la fit vaciller et Haniman un énorme globe gris, fin comme du papier, qui était en réalité le nid d’une colonie d’insectes longs comme la moitié d’un doigt et à la piqûre douloureuse.
Mais Koshmar et ses guerriers progressaient régulièrement en faisant usage de leurs lances, de sarbacanes, de fléchettes et de leurs autres armes. Et petit à petit le peuple de la forêt battit en retraite. Hresh, qui s’était mis à l’abri pour observer la bataille, était absolument horrifié par le peuple de la forêt. Comme ils étaient hideux et vils, inhumains en un mot ! Leur apparence était très voisine de celle de l’homme, mais leur attitude et leurs réactions étaient celles d’animaux. Ils étaient manifestement terrifiés par la flamme des torches, comme si le feu leur était inconnu. Leur organe sensoriel semblait n’être qu’une queue, à l’exemple de n’importe quel animal sauvage, comme si cet organe n’avait d’autre fonction que de leur permettre de se déplacer dans les arbres.