À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Alors, je ne pars pas ?
— Tu ne dois pas partir. Dawinno l’interdit.
— Dawinno ? Le Destructeur ?
— Dawinno est aussi le Régulateur, dit Koshmar. Il prend et il donne. Il t’a donné la vie, Anijang ; à toi de la conserver pendant encore de nombreuses années.
Elle l’attira vers elle et le saisit par les bras.
— Réjouis-toi, Anijang ! Réjouis-toi ! Tu auras une longue vie ! Va retrouver ta compagne et fête dignement ce jour !
Anijang se retira d’un pas traînant. Il semblait toujours ne pas comprendre, mais il s’inclinerait.
Koshmar savait qu’il ne serait pas le seul à réagir ainsi. Ce problème ne pouvait être résolu que par un décret. Elle s’entretint longuement avec Torlyri pour en définir les termes, mais la tâche était si ardue qu’elles recoururent au couplage pour acquérir la profondeur de pensée indispensable. Après quoi Koshmar réunit la tribu pour lui faire part de ces nouvelles dispositions.
Elle expliqua qu’il était faux de croire que les dieux eussent jamais exigé des hommes une mort prématurée et elle leur rappela les enseignements qu’ils avaient reçus. Les dieux avaient seulement demandé que le Peuple mène une vie réglée dans le cocon jusqu’à ce que vienne le Temps du Départ. Les dieux aimaient la vie et il était important que des vies nouvelles entrent dans le cocon. Mais comme on ne pouvait guère l’agrandir et que les réserves de nourriture étaient limitées, les dieux avaient ordonné de maintenir l’équilibre de la population. Ils accordaient trente-cinq années de vie, après quoi chacun devait quitter le cocon pour faire face à son destin, afin qu’une nouvelle vie puisse éclore. Pour chaque enfant, une disparition. Nul n’avait jamais remis en question la nécessité ni la sagesse de cet état de choses.
Mais les dieux, dans leur miséricorde, leur avaient ouvert le monde et les anciennes restrictions n’avaient plus cours. La planète était immense et la tribu si petite. La nourriture était facile à trouver. La volonté des dieux était maintenant de les voir croître et se multiplier. La mort surviendrait quand les dieux l’auraient décidé, mais pas avant. Ils étaient entrés dans la saison de la vie, de la joie et de l’accroissement.
— Et combien de temps allons-nous vivre ? demanda Minbain. Pour toujours ?
— Non, répondit Koshmar, pas pour toujours. Seulement jusqu’au terme naturel de notre vie.
— Bien sûr, dit Galihine, mais combien de temps cela fait-il ?
— Aussi longtemps que vivaient les chroniqueurs, répondit Koshmar. Car eux seuls ont vécu jusqu’au terme naturel de leur vie.
Mais tous les visages alignés devant elle exprimaient encore l’incertitude.
— Combien de temps ? insista Galihine.
— Dis-moi, Hresh, demanda Koshmar en se tournant vers le chroniqueur, comment s’appelait le prédécesseur de Thaggoran ?
— Thrask.
— Oui, Thrask. J’avais oublié son nom, car j’étais très jeune quand il est mort. Rares sont ceux d’entre vous qui étaient là du vivant de Thrask, mais je peux vous dire qu’il a vécu très vieux, qu’il était tout voûté et que sa fourrure était entièrement blanche. Voilà ce qu’est le terme naturel de la vie.
— Être vieux et voûté, dit Konya en frissonnant. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de cela.
— Pour les guerriers, déclara le jeune Haniman avec impudence, le terme viendra beaucoup plus tôt, Konya.
La réunion s’acheva dans un éclat de rire général, mais Koshmar se rendit compte que la gêne était plus profonde qu’elle ne l’aurait imaginé. Pour certains, la mort était synonyme de liberté et non d’interruption brutale de la vie comme elle le pensait. Mais ils s’y feraient. Ils finiraient par comprendre le bien-fondé des nouvelles coutumes. Et même s’ils résistaient à ces changements, leurs enfants les assimileraient et les enfants de leurs enfants auraient beaucoup de mal à croire que des concepts tels que la limite d’âge et le jour de mort eussent autrefois régi la vie de la tribu.
Sachant qu’elle ne pouvait abolir la mort, Koshmar décida d’encourager la vie. Une nouvelle loi mit fin à la restriction des naissances. La procréation ne serait dorénavant plus limitée à quelques couples pour l’ensemble de la tribu et uniquement dans le but de remplacer ceux qui partaient. Tous ceux qui avaient atteint l’âge du couplage pourraient avoir autant d’enfants qu’ils le désiraient. Non seulement pourraient, mais devraient. La tribu était trop petite et il fallait y remédier.
De nouveaux couples commencèrent très bientôt à venir la voir pour lui demander d’être unis selon les rites. Konya et Galihine furent les premiers, bientôt imités par Staip et Boldirinthe. Puis, à son profond étonnement, Koshmar vit arriver Harruel en compagnie de Minbain. Samnibolon, le père de Hresh, avait été emporté par une mauvaise fièvre depuis déjà de longues années. Minbain avait-elle véritablement l’intention de concevoir une seconde fois ? Koshmar se demanda si une femme de la tribu avait déjà mis au monde deux enfants de deux pères différents. Ce n’était assurément pas la coutume, mais autres temps, autres mœurs… N’avait-elle pas décrété qu’il était du devoir de tous ceux qui le pouvaient d’apporter à la tribu de nombreux enfants ? Pourquoi pas Minbain, puisqu’elle était encore en âge de procréer ?
Et pourquoi pas toi, Koshmar ? murmura en elle une petite voix.
L’idée était si saugrenue qu’elle pouffa de rire. Parce que je suis le chef, répondit-elle. Et elle essaya de s’imaginer étendue sous un berceau de verdure, le ventre distendu, entourée de femmes qui la réconfortaient cependant qu’elle s’efforçait d’expulser un bébé de son corps. Mais elle n’arrivait même pas à se représenter dans les bras d’un homme, à imaginer les mains d’un homme courant sur ses seins, les mains d’un homme essayant d’écarter ses cuisses… Ou bien… comment faisaient-ils donc ? Oui, la femme plaquée au sol, sur le ventre, et l’homme pesant sur elle de tout son poids… Non, ce n’était pas pour elle ; elle avait déjà bien assez à faire avec les charges incombant au chef de la tribu.
Et pourquoi pas Torlyri ? susurra la petite voix malveillante.
Koshmar retint son souffle et porta la main à son ventre comme si elle venait de recevoir un coup de poing dans l’estomac. La bonne et douce Torlyri, sa Torlyri ? Mais Torlyri était la mère de toute la tribu ; elle n’avait nullement besoin de mettre au monde des enfants à elle. Et comment la femme-offrande trouverait-elle le temps de s’occuper de sa maternité ? Elle avait déjà tellement à faire.
Mais elle ne parvenait pas à chasser de son esprit l’image de Torlyri dans les bras d’un guerrier dont elle ne voyait pas le visage, des soupirs et des halètements de Torlyri, de l’organe sensoriel de Torlyri battant furieusement l’air, des cuisses de Torlyri s’ouvrant…
Non ! Non ! Pas Torlyri !
Pourquoi pas Torlyri ? répéta la petite voix intérieure.
Koshmar serra violemment les poings.
Nous vivons une époque nouvelle, songea-t-elle. Mais Torlyri est à moi !
— Pourquoi les machines des yeux de saphir ont-elles dit que nous étions des singes et non des humains ? demanda Taniane.
— Je n’en sais rien, répondit Hresh. C’était un mensonge stupide. Ils cherchaient seulement à nous rabaisser.
— Mais pourquoi auraient-ils voulu nous rabaisser ?
— Parce que nous sommes vivants, répondit Hresh. Et que ce ne sont que des machines construites par une race éteinte.
— Ils nous ont traités de singes, intervint Harruel. Je sais ce que sont les singes. J’ai tué deux de ceux qui t’avaient attaqué et j’en ai tué beaucoup d’autres avant d’entrer dans la ville. Et je regrette de ne pas tous les avoir tués, ces petites horreurs qui nous couvraient de leurs excréments. Alors, l’ancien, qui sont ces singes qui sont censés être nos parents ?