La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Je vous en prie, répéta Mélanie d’une voix qui manquait de conviction.
Ah, la cruauté de cette caresse ! Faites qu’elle s’arrête, supplia Mélanie en silence. Ô Dieu ! voilà que ça commençait à être bon. Et comme si ses jambes agissaient de leur propre gré, elles s’ouvrirent pour laisser la main bienfaisante l’explorer plus avant. Gwen prit dans sa bouche un mamelon, flèche comprise. Mélanie gémit. Elle voulait que la fille cesse. Non, qu’elle continue. Oui, qu’elle continue à lécher et à caresser, et…
— Gwen ! Bon sang, je croyais t’avoir dit de laisser les nouvelles tranquilles !
Le patron du bar se tenait sur le seuil, poings sur les hanches. Gwen lâcha le sein de Mélanie et retira sa main.
— Désolée, Dick.
La rouquine avait pris un air penaud. C’est alors que son regard croisa celui de Mélanie et elle lui décocha un clin d’œil.
— Monte, reprit le patron. La nouvelle servira les boissons et c’est Terry qui la mettra au courant.
— D’accord.
Mélanie, à la fois soulagée et désemparée, regarda l’imposant postérieur de Gwen disparaître dans l’escalier. Elle secoua la tête pour s’éclaircir les idées. Bien sûr, elle n’avait fait qu’imaginer le plaisir que lui avait procuré l’assaut de Gwen. Toute tremblante, elle se jura de rester dorénavant éloignée de cette fille.
— Toi, fit Dick en pointant sa cigarette vers elle, tu montes aussi ! Et ne t’avise plus de draguer pendant les heures de service !
Mélanie rougit, puis sans tarder suivit l’homme à l’étage.
Sous la tutelle de Terry, une grande mulâtresse en cache-sexe et bas roses, Mélanie servit les nectars et les sachets stérilisés de seringues avant que ne commence le premier numéro.
Au début du second, les clients du Star Chamber étaient vautrés dans l’atmosphère enténébrée de la salle, à divers stades d’ébriété. On y trouvait des adeptes du grand plongeon et ceux qui venaient là se donner une petite piqûre de remonte-pente ; un type qui se défonçait au breen, le crâne tondu et tatoué de raies orange qui lui descendaient jusqu’au milieu du nez ; un couple d’androgynes en combinaisons moulantes bleues ; des hommes d’affaires, entre deux âges, arborant leur mallette-écran et leur calvitie naissante ; et des touristes habillés comme des sacs de voyage. Mélanie n’avait jamais vu un tel assortiment.
La première fois qu’un client lui colla la main aux fesses, elle bondit si vivement qu’elle faillit perdre son écharpe à nectars. Terry la pinça, l’air fâché.
— Bécasse. C’est comme ça que tu te fais les gros pourboires. Laisse-les s’offrir leur petite fantaisie, simplement fais gaffe qu’ils paient pour ça.
Mélanie apprit très vite à sourire et à supporter les mains rugueuses qui grimpaient le long de ses jambes pendant qu’elle rendait la monnaie. Les pourboires étaient d’autant plus conséquents. Tout le monde voulait la toucher, semblait-il. Très bien, décida-t-elle froidement. Du moment qu’ils payent.
Elle regarda Gwen, le corps en sueur, exécuter un numéro à base de déhanchements aux sons de la batterie et des cuivres qui montaient du roboband. La grande rouquine quitta la scène avec un grand sourire, le cache-sexe gonflé par les plaques de crédit. Terry se lança dans une danse du ventre quelque peu décousue, tortillant lentement les bras aux accents du roboband qui miaulait des sonorités plus ou moins exotiques. Chaque chanson comprenait une longue improvisation musicale pour permettre aux clients de glisser leurs plaques de crédit dans le cache-sexe de ces demoiselles. Dès que la musique reprenait, ils se pressaient autour de la scène en sifflant et en hurlant dans un état d’ébriété et d’excitation extrêmes.
— À toi, dit Terry à Mélanie en descendant précipitamment de la piste surélevée.
— Mais je ne sais pas quoi faire.
— Alors, fais comme si. Tu montes et tu leur agites tes doudounes sous les yeux. C’est tout ce qu’ils demandent. Et arrange-toi pour t’approcher suffisamment pour qu’ils te glissent leurs pourboires.
Mélanie grimpa les marches comme dans un brouillard. Le roboband demanda au public d’applaudir « Vénus, la sensuelle danseuse mutante », puis se lança dans un rythme ondulant. Terrifiée, la jeune fille se tenait debout, incapable du moindre mouvement sous le spot orange enfumé. Des huées s’élevèrent et les clients commencèrent à taper les verres et les seringues sur les tables, tambourinant à qui mieux mieux pour marquer leur désapprobation. Le roboband reprit la mélodie. Mélanie, comme statufiée, regarda en direction du bar. Dick l’observait, l’air furieux. Près de la piste, Terry lui souffla :
— Vas-y, imbécile !
Mélanie secoua la tête et se rapprocha des marches. Elle ne pouvait pas faire ça. Elle n’avait plus qu’une envie, cacher sa nudité et courir, fuir le désir avide qu’elle lisait dans les yeux des hommes. La même avidité qu’elle avait perçue en bas dans ceux de Gwen.
— Hé, c’est quoi, ça !
— Danse, pouffiasse !
— Hou ! Sortez-la !
Elle recula devant les quolibets de la foule. La piqûre d’une seringue la fit sursauter. Terry venait de lui envoyer une dose dans la cuisse. Elle tituba, mille choses s’agitèrent dans sa tête. Sa peur de la scène reflua, puis disparut alors que le produit instillait une douce chaleur dans ses veines. Ces types voulaient du spectacle ? Parfait, elle allait leur en donner.
Elle prit une profonde inspiration et commença à rouler des hanches comme elle l’avait vu faire aux autres filles. Les hommes groupés au premier rang cessèrent de protester et se rassirent. Elle ferma les yeux et s’imagina toute seule, dansant pour elle-même. Lorsqu’elle se mit à onduler, la foule hurla son approbation.
— C’est ça, la mutante !
— Allez, chérie. Montre-nous ce que tu sais faire !
Dès lors, prise par le rythme de la musique, elle s’enhardit. Ouvrant les yeux, elle s’avança sur le devant de la scène et, dans une attitude provocante, passa devant la rangée d’hommes. Ceux-ci agitèrent leurs plaques de crédit, mais elle recula pour les exciter davantage.
Un des intoxiqués du plongeon, les cheveux gris et des cernes prononcés, agita devant elle une plaque de trois cents crédits.
— J’ai toujours eu envie de toucher un téton de mutante, hurlait-il.
Mélanie secoua la tête et s’éloigna tout en dansant.
Le type brandit deux autres plaques de trois cents crédits.
— Viens ici, mon chou.
Elle attendit qu’il ait sorti douze cents crédits, puis s’approcha en se tortillant et se pencha vers lui. Les mains étaient rugueuses, et elle tressaillit tandis qu’il la pelotait ; mais au bout d’un moment, il cessa et lui glissa les plaques sous la ceinture.
Après, ce fut facile. Chaque fois qu’elle apercevait une plaque brandie à bout de bras, elle ralentissait ses mouvements, jouant la provocation pour faire grimper la somme. Puis elle venait danser suffisamment près du client pour que celui-ci ait droit à sa petite séance de pelotage et refile le pourboire.
Mets-y ce qu’il faut et tu pourras toucher la danseuse mutante, se disait-elle dans son vertige.
Un jeune homme au teint pâle et aux cheveux bruns coupés court, affublé de lunettes à l’ancienne, se cramponna au rebord de la scène et se projeta à plusieurs reprises en avant pour fourrer plaque sur plaque dans le cache-sexe de la jeune fille. Chaque fois, il lui agrippait la jambe d’une poigne rude qui la blessait. La cinquième fois, elle s’en débarrassa au moment où la musique s’arrêtait. Soulagée, elle quitta très vite la scène.
— Pas mal, lui dit Terry. Cinq minutes de pause, puis tu iras t’occuper des tables. Dick veut qu’on force sur les seringues de breen ; il a des surplus de stocks.