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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Et le percepteur ne lui cherche pas des poux dans la paille ? s’écria Quentin.

— S’il est protégé en haut lieu, il ne risque rien… murmura Ledran.

— J’ai évoqué à Patsky notre idée sur la vente d’armes. Il a même parlé de trafic. Le simple fait que son dossier soit verrouillé est un indice.

— Je ne comprends pas, s’étonna Quentin, pourquoi il se cassait la tête avec cette usine. À sa place, moi j’aurais profité de mes rentes et je me serais fait oublier.

— Toi peut-être, mais pas lui, répliqua Gradenne. L’appât du gain fait perdre la tête. L’usine n’était qu’une sorte de couverture qui lui permettait de traiter ses petites affaires. L’argent appelle l’argent… Et puis, ses activités occultes devaient assouvir ses appétits de pouvoir. C’est probablement là qu’il s’épanouissait et pour cela sa couverture devait être honorable. Je vous propose de prendre le café. Rien ne nous empêche d’en reprendre un autre avec le juge.

— Tout porte à croire que Verdoux n’a pas fait fortune de façon ordinaire, reprit Ledran. Je ne dirai pas qu’il a fait un hold-up, quoique… Le commerce des armes et peut-être d’autre chose… qui sait… est très lucratif !.. Ce genre d’activité rapporte gros mais n’est pas sans danger. Dans ces milieux-là, on ne se fait pas de cadeaux.

— Tu penses à un règlement de compte ? suggéra Gradenne.

— Dans ce cas, s’étonna Quentin un peu dépassé, pourquoi le supprimer ici, dans son usine ? Il aurait été plus simple et plus discret de l’abattre au coin d’un bois !

— Précisément ! répliqua Ledran. S’il avait été abattu au coin d’un bois comme tu dis, l’enquête aurait immédiatement été orientée dans une direction différente, tandis que là… N’oublie pas qu’il s’en est fallu d’un poil que l’on n’envisage pas l’hypothèse du meurtre. Sans ta perspicacité, l’accident aurait été retenu et le dossier classé.

— C’est vrai, admit Gradenne. Mais revenons un peu sur terre et faisons parler les faits, rien que les faits. C’est demain que viennent les « huiles » de Polybois ?

Quentin approuva d’un signe de tête.

— Eh bien, je vais me les payer, si tu permets, Bruchet.

— Pas de problème, patron, moi, je vais cuisiner Guardac.

— Si Petrod n’est pas là demain, il faudra lancer un avis de recherche, proposa Ledran.

– À moins d’aller le cueillir dans sa cabane, suggéra Quentin.

— Nous verrons.

Moutiers vint les prévenir qu’un homme les demandait.

— Ce doit être le juge, dit-il, il ne sera pas venu pour rien.

Ils se levèrent tous les trois et se dirigèrent vers le hall. Un homme grand, vêtu d’un anorak rouge, sourit en les voyant et ôta son bonnet de laine, libérant une abondante chevelure bouclée.

— Bonjour, messieurs. Je suis le juge Soutier-Duval. Excusez-moi d’être un peu en retard, mais la route n’est pas facile.

— Prendrez-vous un café ? demanda Gradenne.

— Très volontiers. Je vois que vous êtes rétabli et j’en suis très heureux.

— Je suis coriace et très bien secondé…

Chapitre Neuf

À l’hôtel du Grand Tétras, après une heure de discussion et deux autres cafés, le juge se redressa sur son fauteuil et soupira.

— Je suis satisfait de voir que l’enquête avance bien. D’après ce que j’ai lu dans vos procès-verbaux, vous ne manquez pas de pistes, reste à retenir la bonne. Somme toute, nous avons plusieurs mobiles possibles et quelques suspects.

— Si cela ne vous dérange pas, proposa Quentin à Ledran, j’aimerais que vous alliez vous-même cuisiner un peu madame Verdoux. Je pense que vous lui en imposerez plus que moi. Cette femme m’intrigue et me fascine un peu. Je crains de ne pas être complètement objectif. J’aimerais savoir si elle connaît Petrod, et si oui, de quelle nature sont leurs relations.

— Je te vois venir, enchaîna Gradenne. Si je suis ta pensée, madame Verdoux pourrait avoir une liaison avec Petrod, et ils auraient comploté l’assassinat du mari.

— Cela reste théorique, intervint le juge. Pas de maladresse, je vous prie. Du tact ! Jusqu’à preuve du contraire, madame Verdoux est l’épouse de la victime, et elle vient de perdre son mari dans des conditions pénibles.

— Je ne l’oublierai pas, dit Ledran calmement.

— Ne perdez pas de vue, poursuivit le magistrat, que rien ne prouve encore une quelconque relation entre eux. Il s’agit peut-être d’une simple coïncidence.

— Je trouve étrange, cependant, reprit Gradenne pensif, que, comme le meurtrier n’a eu que quelques minutes pour quitter l’atelier-pilote, il devait obligatoirement être parfaitement informé. Ce ne peut donc être que quelqu’un de l’usine.

— Il y a aussi ces menaces clairement exprimées en rapport avec les événements d’Algérie, continua le juge. Avez-vous interrogé cet… Ahmed ?

— Non, pas encore, mais j’ai prévu de le faire. Il est de repos cette semaine. Je l’ai convoqué pour cet après-midi avec d’autres.

— Très bien. Je crois que nous pouvons y aller.

Les trois policiers prirent place dans la voiture de Gradenne, conduite par Quentin. Le juge prit la sienne car il voulait repartir directement depuis l’usine. Sur place, il estima qu’il convenait, par courtoisie, de rencontrer d’abord Chatel, directeur par intérim. Leur arrivée en force impressionna l’hôtesse d’accueil, surtout lorsque le juge se présenta. Elle n’en avait jamais vu un d’aussi près et le regardait avec curiosité. Son intérêt était d’autant plus légitime que Soutier-Duval ne correspondait en rien à l’image que le commun des mortels pouvait se faire d’un magistrat. L’ingénieur arriva aussitôt et entraîna ses visiteurs dans la salle de réunion.

— Je pense que vous comprenez le sens de ma visite, commença le juge. J’ai tenu à me rendre compte sur place. Je ne peux malheureusement rien vous dire concernant l’avancement de l’enquête. Le commissaire et les inspecteurs me tiennent au courant, et je sais que vous leur facilitez la tâche autant que vous le pouvez, ce dont je vous remercie.

— C’est tout naturel, répondit Chatel. J’ai hâte que cette affaire soit élucidée car le climat ici est vraiment tendu. Surtout depuis le cambriolage.

Le juge s’intéressa à l’entreprise, à ses produits, à ses débouchés et ses perspectives. Il posa des questions sur le personnel. Chatel répondait avec calme et précision.

— Nous n’allons pas abuser de votre temps, conclut Soutier-Duval, je vais aller sur les lieux du crime pour me rendre compte. Pour ma culture personnelle, j’aimerais aussi profiter de l’occasion et faire un tour dans l’usine.

— Mais certainement, comme vous voudrez.

— Je ferai le guide, si vous permettez, proposa Quentin, car je suppose que vous avez du travail, d’autant plus que demain…

Chatel hocha la tête en faisant comprendre que la perspective de la visite de ses chefs ne l’enthousiasmait pas.

Quentin guida le groupe vers l’atelier-pilote. Il alla saluer Guardac et lui pré senta le juge. Il observait l’ingénieur du coin de l’œil, mais l’autre ne montrait aucune inquiétude. Soutier-Duval examina avec attention la porte du fond, puis se fit commenter le fonctionnement de la presse. Il semblait satisfait des explications.

— Bon ! Tout cela est fort bien. Montrez-moi l’usine de production à présent, demanda-t-il en se tournant vers Quentin.

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