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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Gradenne et Ledran retournèrent dans le bâtiment administratif tandis que Quentin entraînait le juge vers les ateliers pour une visite rapide de la chaîne. Celui-ci se montra intéressé par cette industrie qu’il ne connaissait pas. Avant de repartir, il revint saluer le commissaire et Ledran. Gradenne semblait à nouveau fatigué. Quentin pensa qu’il avait été imprudent de sortir, aussi fut-il rassuré de l’entendre dire au juge :

— Pourriez-vous me ramener à l’hôtel ? Je me sens un peu las et je tiens à être d’attaque demain pour affronter les responsables du siège.

Après leur départ, Quentin expliqua à Ledran comment trouver la maison des Verdoux. Ensuite il alla voir Chatel pour le rendez-vous avec Ahmed.

— Je lui ai demandé de passer vers seize heures. Le voici, d’ailleurs ! Les autres personnes que vous souhaitez rencontrer sont déjà à l’atelier d’entretien.

— Bonjour, Ahmed. Asseyez-vous.

Intimidé, Ahmed tripotait son bonnet, signe de stress évident. Pas très grand, sans âge précis, une vilaine dentition lui donnait un air plutôt misérable. Il n’osait pas regarder Quentin en face.

— Depuis combien de temps êtes-vous en France, Ahmed ?

— Une vingtaine d’années, le temps passe vite.

— Vous êtes seul en France ?

— Oui, ma famille est restée au pays.

— Où habitez-vous ?

— Dans un bungalow de Polybois, juste derrière.

— Vous n’avez pas trop froid en ce moment ?

— On s’arrange, répondit Ahmed avec un mouvement d’épaules.

— De quelle région d’Algérie venez-vous ?

— De Kabylie.

Quentin ne savait pas comment aborder le vif du sujet. Il tournait autour du pot et hésitait à brusquer Ahmed. En le regardant, il le trouvait bien inoffensif. De quoi cet homme avait-il peur ? Aurait-il quelque chose à se reprocher ou bien avait-il été témoin d’une scène qu’il n’aurait pas dû voir ?

— Vous étiez ici avant l’arrivée de monsieur Verdoux ?

— Bien avant. Il y a douze ans que je suis chez Polybois.

— Vous a-t-il parlé de l’Algérie ?

— Des fois…

— Vous saviez qu’il avait été là-bas pendant la guerre ?

— Oui ! Il en parlait beaucoup.

— Qu’en pensez-vous ?

Ahmed soupira et releva la tête pour regarder Quentin.

— C’est la vie… Et puis, c’est du passé…

— Vous connaissez Sidi Bleda ?

— Comment vous dites ?

— Sidi Bleda.

— Non, c’est où ?

— En Kabylie.

Ahmed hocha la tête et soupira.

— C’est grand la Kabylie…

— Vous étiez en poste la nuit où monsieur Verdoux est mort.

— Oui, répondit-il en baissant les yeux.

— Essayez de vous souvenir. Quand vous avez débarrassé le fond du magasin, avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel ?

Quentin avait posé sa question en regardant Ahmed bien en face, guettant la moindre de ses réactions. Celui-ci réfléchit longuement et releva les yeux vers le policier pour répondre.

— Non ! Cela fait déjà longtemps. La nuit, vous savez, avec le travail…

— C’est très important. Vous comprenez pourquoi ? C’est vous qui avez dégagé la porte du fond par où est sorti celui qu’on peut supposer être l’assassin. Si vous avez vu quelque chose, il faut nous le dire. Sinon, vous pourriez avoir des ennuis.

Ahmed regarda Quentin dans les yeux et bredouilla :

— J’y suis pour rien, chef !

— Vous n’avez vraiment rien vu ?

— Non, je vous dis, rien de spécial, sinon je m’en rappellerais.

— Quand vous avez traversé la cour avec votre Fenwick pour aller d’un magasin à l’autre, vous n’avez rien remarqué non plus ?

Ahmed malmenait son bonnet entre ses mains.

— J’ai vu les copains habituels, mais personne d’autre.

— Réfléchissez bien…

— Attendez, dit-il en se tapant sur la cuisse. Si !.. Je me rappelle maintenant, j’ai vu de loin le mécano, Michel Petrod. Je m’en souviens parce qu’en démarrant, il a dérapé sur une plaque de neige avec sa 306 et il avait du mal à repartir. J’étais sur le point d’aller le pousser mais il a pu s’en tirer tout seul.

— Vous êtes sûr que c’était lui ?

— Bien sûr, je le connais, c’est notre délégué. C’était sa voiture… Même qu’il m’a vu et m’a fait un signe de la main. Je l’ai bien reconnu à son bonnet rouge habituel.

— Vous vous souvenez de l’heure ?

Ahmed se passa la main sur le front et secoua la tête.

— Non, ça je peux pas dire. En tout cas, c’était pendant que je débarrassais le fond du magasin, sinon je n’aurais pas été dehors. Ou bien pendant que je rentrais les nouveaux « flamme ». Ah ! Je ne sais plus…

— Dites-moi franchement : que pensiez-vous de monsieur Verdoux ?

Ahmed fut surpris par la question et regarda Quentin d’un air étonné.

— Verdoux ? J’en pensais rien. C’était le patron…

Quentin avait des scrupules à bousculer Ahmed car il ne réagissait pas comme on pourrait l’imaginer d’un coupable. Mais le policier avait conscience que son impression relevait plus de l’intuition que de la certitude. Sans doute, Ledran saurait-il mieux déceler des failles éventuelles.

— Je vous remercie. Je pense que mon collègue vous interrogera un peu plus tard, car il n’est pas là en ce moment.

Quentin sortit sur les talons d’Ahmed et alla directement au labo. En le voyant arriver dans son bureau, Guardac plaisanta :

— Votre juge a une allure de moniteur de ski. Vous le connaissiez ?

— Non, pas du tout.

Quentin était tendu, ce qui n’échappa pas à Guardac. Quand le policier referma la porte derrière lui, l’ingénieur comprit que leur entretien allait prendre une tournure particulière.

— Il y a un problème ? demanda-t-il.

— Peut-être, cela dépend de vous…

— De moi ?

Guardac se contracta et son sourire s’effaça. Il posa son stylo et croisa les bras.

— Vous m’aviez bien dit, commença Quentin qu’au moment des faits, c’est-à-dire la nuit de la mort de Verdoux, vous étiez dans les Landes…

— Oui, effectivement, je vous ai dit ça.

— Vous pouvez me le confirmer par écrit ?

L’ingénieur était crispé. Son regard exprimait la détresse. Il fit une petite grimace et dit à voix base :

— Non ! Mais ce n’est pas ce que vous pourriez croire.

— Que pourrais-je croire ? Pour l’instant, je cherche à établir des faits. Je vous pose donc clairement la question. Où étiez-vous la semaine dernière et tout particulièrement mercredi et jeudi ?

— Lundi et mardi, j’étais effectivement dans notre usine des Landes, à côté de Morcenx. Je devais y rester toute la semaine pour faire des essais sur un nouveau panneau destiné au bâtiment. Mais il y a eu un contretemps. Nous devions utiliser une nouvelle colle qui aurait dû arriver le lundi. J’avais tout préparé, mais le camion qui venait d’Allemagne a eu un accident retardant la livraison d’une semaine. Le mardi, j’ai donc décidé de rentrer en passant par Toulouse où j’ai un vieil oncle. C’est chez lui que j’ai dormi le soir.

— Vous vous déplacez toujours en voiture ?

— Non, mais cette fois-là, je n’avais pas le choix. Je devais ramener des échantillons. J’ai passé la journée du mercredi chez mon oncle et je suis reparti le jeudi vers midi après un coup de téléphone à ma femme qui m’a appris le drame. J’étais à Berthonex le jeudi soir.

— Pourquoi m’avoir laissé croire que vous étiez dans les Landes ?

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