Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— C’est impossible malheureux ! Le sommeil froid est dans quelques jours à peine, jamais nous n’aurions le temps d’organiser ne serait-ce qu’une cérémonie symbolique.
— Tu devrais peut-être essayer quand même. Si ça se trouve, après tu n’en seras plus capable…
— Oh, ne commence pas avec ce genre de bêtises. Ce sont des histoires à dormir debout.
— Je ne sais pas, moi ça me fait un peu flipper cette histoire de sommeil bizarre. »
Tancrède, qui écoutait d’une oreille distraite, se retourna vers lui :
« De quoi as-tu peur Dudon ? De ne pas te réveiller ?
— Ne t’inquiète pas pour ça, lui lança Olinde. Tu te réveilleras comme prévu dans dix mois, mais tu ne comprendras pas ce qui se passe quand tu essayeras de te relever. Tes griffes racleront le fond du caisson et tes moignons d’ailes battront l’air désespérément, puis quand tu voudras appeler à l’aide, ça fera : cot cot cot ! »
Le soldat mima alors une poule stupide et tous ses voisins de table éclatèrent de rire.
« Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle », fit Dudon avec une moue vexée.
Bien que, de manière générale, il supportât assez bien la plaisanterie, il n’aimait pas qu’on fasse remarquer sa lenteur d’esprit en public.
« Je disais ça simplement parce que des rumeurs prétendent que le sommeil froid pourrait faire des trucs dans nos corps. Des mutations ou je ne sais quoi.
— Ouais, dit un autre, ou des brûlures, voire des membres gelés.
— Non, ce sont des âneries, répondit Tancrède. Le sommeil froid, ce n’est qu’un nom. En fait, il ne sera pas si froid que ça. Ce qui fait peur aux gens, c’est l’activation des moteurs Rœmer. Tout le problème vient du passage dans le tunnel d’accélération ; nous allons certes gagner quelques années de voyage, mais il est vrai que personne ne connaît exactement les conséquences sur l’organisme du champ qui va être créé. Du coup, les gens inventent des histoires pour se faire peur, comme ces bobards sur les mutations.
— On ne va peut-être pas se transformer en poule, fit Olinde, mais j’ai quand même entendu dire que les gars de la première mission avaient eu quelques maladies bizarres après leur sommeil froid. Notamment des leucémies fulgurantes.
— Je pense que ce ne sont que des racontars, intervint Engilbert. Pas le moindre rapport n’est revenu de la mission à ce sujet et je ne crois pas que la moindre expérience ait mis en évidence un quelconque effet secondaire sérieux sur l’organisme. Tout au plus, une légère perturbation du système nerveux.
— Mouais… », répondit laconiquement Olinde, peu convaincu.
Ayant terminé son repas, Liétaud vida d’un trait ce qui lui restait de vin et s’adressa à Tancrède : « Dis-moi, Lieutenant, quand passerons-nous aux entraînements en exosquelette de guerre ? »
Tancrède mastiqua consciencieusement sa dernière bouchée avant de l’avaler, puis répondit tout en se versant de l’eau.
« Malheureusement, mon ami, je crains que le planning des entraînements ne soit sans appel. Tous les exercices doivent se faire en armure légère jusqu’à nouvel ordre.
— Ça valait bien la peine de se fatiguer à devenir Classe 3, fit Liétaud, la mine déconfite.
— Ne t’en fais pas, va ! Tu auras certainement l’occasion de t’amuser avec ton Weiner-Nikov avant la fin du voyage, répondit Tancrède en se levant de table.
— On se retrouve tout à l’heure, à La Licorne ? demanda Liétaud.
— Entendu, acquiesça Tancrède avec un sourire.
— Tu viendras, Engilbert ?
— Non désolé, pas cette fois. Je voudrais passer la soirée à prier et à méditer un peu. Je pense que ça ne me fera pas de mal.
— Non, mais quel bondieusard celui-là !
— Surveille ton langage, petit impertinent. Et d’ailleurs, tu ferais bien de m’accompagner.
— Alors ça, tu peux toujours… »
Pressentant une grossièreté, Engilbert lui intima l’ordre de se taire en fronçant les sourcils théâtralement, un doigt placé devant la bouche.
De retour à la cabine collective, Tancrède se doucha rapidement puis enfila une tenue plus informelle pour la soirée. Une longue chemise légère de toile brute couleur cannelle fournie par l’armée et un pantalon bleu sombre en synthétique intelligent qu’il avait conservé de sa formation Classe 4. Ses fonctions étaient désactivées depuis belle lurette, mais Tancrède s’y était attaché et le mettait encore régulièrement lorsqu’il n’était plus en service.
Une fois prêt, il sortit du secteur des cabines et prit la direction de La Licorne afin d’y attendre Liétaud. Bien qu’il y eût de nombreuses tavernes à bord, ils se retrouvaient souvent dans celle-ci parce qu’elle n’était pas trop fréquentée. Le patron – un Batave qui avait perdu un bras dans les guerres de reconquista et n’avait jamais voulu le remplacer par une prothèse en semtac – était plutôt sympa et souvent conciliant envers les débordements. C’était aussi la première sur laquelle ils avaient jeté leur dévolu et il n’y avait aucune raison d’en changer.
Il arriva vers vingt et une heures ; Liétaud n’était pas encore là. D’ailleurs, la taverne était quasiment déserte, exception faite de deux gars en grande discussion dans le fond de la salle, qui ne levèrent même pas la tête à son arrivée. Tancrède salua le patron par son prévisible surnom – le Hollandais – puis se choisit une table près de l’entrée en espérant avoir un peu d’air frais. Bien que la nuit fut tombée depuis longtemps, la chaleur restait pesante en cette fin de mois d’août. Certains protestaient contre la reproduction des changements de température dus aux saisons ; Tancrède au contraire appréciait cette ambiance de plein air que cela donnait aux artères du navire.
Il s’assit au bout de la banquette, en se glissant entre la table en bois, déjà vieillie par les taches de bière et les brûlures de cigarettes, et le long siège recouvert de cuir rouge dont la bourre essayait de s’échapper par de multiples déchirures.
Il sentit alors un léger renflement à la jonction de la banquette et du dossier. Se redressant légèrement, il fouilla de la main derrière le coussin et en retira une boule de papier froissée qu’il déplia machinalement. C’était une simple feuille recouverte d’un texte noir mal imprimé dont une phrase en grands caractères sautait immédiatement aux yeux : « SOLDATS, ON VOUS MENT ! »
Voilà donc ce fameux tract dont Olinde parlait tout à l’heure, se dit Tancrède. En haut de la page, un titre étrange était inscrit : Le Métatron Hérétique. Le début du texte enchaînait sur le même registre que la phrase d’accroche : « Milites Christi, tous les chefs de la neuvième croisade sont corrompus et vous mentent ! Le Vatican se moque de… »
« Qu’est-ce que je te sers, ce soir ? »
Tancrède sursauta et cacha précipitamment le tract sous la table. Le Hollandais se tenait devant lui, attendant sa commande. Il s’était approché sans bruit, mais ne semblait pas avoir vu le tract, ou alors, faisait comme si. Décontenancé, Tancrède resta à le fixer avec un air un peu stupide jusqu’à ce que le Hollandais se mette à débarrasser la table des chopes vides laissées par les précédents clients.
« Hmm, excuse-moi, je… je lisais un… une note de service et… euh… Deux pintes de l’abbaye de Rethel s’il te plaît. Liétaud ne va pas tarder à me rejoindre.
— Entendu, je t’apporte ça tout de suite », répondit le patron en passant un dernier coup de chiffon humide sur la table avant de repartir.