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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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« Bande d’incapables ! Vous ne sortirez pas d’ici tant que je n’aurai pas la liste complète des ajustements du pont 12 ! aboya Harbert, le cadre du pupitre 2CG pour les échanges thermiques. Si vous avez faim, dépêchez-vous et vous pourrez aller dîner sans trop de retard !

— C’est plutôt lui qui aurait besoin de jeûner, ce gras du bide, murmurai-je à Pascal Jalogny en lui lançant un clin d’œil.

— Vous avez quelque chose à dire, Villejust ?

— Non, Monsieur, répondis-je d’un air innocent. Je demandais simplement à Pascal de me transmettre le rapport d’anomalies thermiques du secteur H.

— Vous êtes un petit malin, Villejust, hein ? Je vous conseille de vous magner le train si vous ne voulez pas vous coucher sans avoir dîné !

— Oui, Monsieur. »

Harbert était furibard car le retard pris au pupitre l’empêchait lui aussi d’aller prendre son repas du soir. Néanmoins, à la différence des inermes, on lui servirait quelque chose aux cantines à n’importe quelle heure. De plus, il était entièrement responsable de ce retard dans la mesure où il avait mal estimé la charge de travail pour son équipe. Il nous mettait ça sur le dos afin de ménager son amour propre, mais savait parfaitement que ses chefs ne seraient pas dupes. C’était surtout ça qui le mettait sur les nerfs.

« Albéric, je t’ai envoyé le bloc de données des échanges thermiques des conduites d’eau, me chuchota Pascal. Le rapport d’anomalies, tu l’avais déjà.

— Je sais. Merci pour le bloc, je vais essayer de le traiter rapidement. »

Comme tous les autres, j’étais contrarié par le retard et la perspective de manger froid, pourtant il en fallait davantage pour entamer le plaisir que j’éprouvais à être au pupitre. À vrai dire, les seuls moments agréables dans ma vie d’inerme à bord du Saint-Michel étaient ceux que je passais connecté au bioStruct, à jongler avec cette incroyable machine.

La première fois que j’étais arrivé à la salle de gestion globale avait été un moment inoubliable. J’avais beau être un opérateur informatique spécialisé dans les bioStructs, jamais je n’aurais espéré en voir un tel que celui-ci.

La salle s’inscrivait dans un volume de trente mètres de côté en forme de polyèdre à vingt faces dont chaque facette latérale était occupée par l’un des pupitres de commandes. Les parois intérieures des salles de pupitres étaient en verre et donnaient directement sur la zone centrale de confinement ; le plafond des salles du premier niveau servant de plancher à celles du deuxième et celui du deuxième à celles du troisième. On avait l’exacte impression de se retrouver à l’intérieur d’une sorte de cristal géant. Cela pouvait même désorienter au début. Le nom officiel des lieux était « Salle de Gestion Globale », mais les opérateurs n’avaient pas tardé à lui trouver un surnom plus laconique : le Diamant.

J’ai dit que j’avais été émerveillé en découvrant les lieux quatre mois plus tôt, pourtant ce n’était pas tant la structure surprenante du Diamant qui m’avait frappé que ce qui se trouvait en son centre, dans la zone de confinement. Derrière les parois transparentes des salles de pupitres trônait la plus complexe structure artificielle jamais mise au point par l’homme : le bioStruct Nod2.

En fait, « émerveillé » n’est même pas assez fort, je fus subjugué par le Nod2. Pendant un instant, même la rage d’avoir été enrôlé de force reflua devant l’idée que j’aurais pu passer à côté d’une telle expérience, d’une telle rencontre. Un frisson m’avait traversé le corps lorsque j’avais réalisé la taille de cet ordinateur – probablement le plus grand hybride bio-silicium que j’aurais l’occasion de manipuler de ma vie – et à la puissance de calcul qu’il représentait. Au centre du Diamant, derrière des parois de verre diatomée de quatre-vingts centimètres d’épaisseur, flottait une sphère lisse de cinq mètres de diamètre à la surface noire aussi mate que l’ébène. Maintenue en suspension au cœur d’un intense champ de force, elle fonctionnait en parfaite symbiose avec le reste du vaisseau auquel elle était connectée par quatre faisceaux de câbles massifs. Si, géographiquement, c’était le cœur du Nod2, c’était surtout son cerveau.

Je n’avais aucune peine à imaginer les milliards de neurones sensoriels clonés en son sein, développés en connexion directe sur des circuits de silicium gravés à l’atome près et alimentés en permanence en plasma sanguin artificiel. Les moindres contrôles internes ou externes du Saint-Michel étaient accessibles depuis le bioStruct et je ne pouvais m’empêcher de me les représenter comme autant de ramifications nerveuses ou musculaires de l’énorme cerveau qui trônait devant moi. Ce n’était qu’une vue de l’esprit bien sûr. Mais quelle vue !

Je n’avais appris qu’à la dernière minute quel poste me serait assigné. Je me doutais bien que si on m’avait enrôlé, c’était pour mes compétences de pupitreur 2CG et que j’aurais probablement à manipuler le Nod2. Cependant, la variété de tâches possibles aux commandes d’un bioStruct était très large et celui du Saint-Michel requérait un grand nombre de techniciens hyper-spécialisés.

Bien entendu, jamais des classe zéro n’auraient été sélectionnés pour ces postes sensibles si les bio-informaticiens de haut niveau n’étaient pas aussi rares. J’avais appris par la suite que sur cent soixante-douze techniciens travaillant au Diamant, cent vingt-trois étaient inermes ! Cela devait vraisemblablement poser un problème aux autorités qui, pour contrebalancer ce déséquilibre, avaient instauré une discipline de fer au pupitre. Ici, les règles de conduite étaient plus nombreuses et plus strictes que sur un champ de tir à charges réelles.

Mon équipe était constituée de huit personnes, dont sept inermes. Il nous appartenait de gérer la répartition des énergies thermiques à bord. En clair : le chauffage et la climatisation. Nous devions veiller au respect des normes de température dans toutes les parties du bâtiment à un demi-degré C près. Sous une trompeuse apparence prosaïque, cette tâche revêtait un caractère capital. De trop grandes disparités locales de température pouvaient entraîner des déformations structurelles qui, répercutées à l’échelle d’un navire comme le Saint-Michel, finiraient par ouvrir des brèches de plusieurs mètres dans la coque.

J’avais les mains moites la première fois que je m’étais installé à mon pupitre. L’association verre/acier chromé des consoles de travail m’avait semblé quelque peu austère, mais cela faisait partie de l’inévitable mise en scène toujours associée à la haute technologie. On ne construit pas un bioStruct comme le Nod2 avec la dégaine d’un robot nettoyeur.

Une fois confortablement assis devant le pupitre, je sortis un petit étui noir de ma poche et en retirai avec précaution deux longs câbles argentés, terminés d’un côté par une prise mâle tubulaire et de l’autre par un disque de caoutchouc gris mat, tapissé de cercles métalliques concentriques. C’étaient mes palpeurs, l’outil de travail de base de tout pupitreur bioStruct. Deux électrodes que les bio-informaticiens se faisaient souvent fabriquer sur mesure, afin de coller au plus près de leur électroencéphalogramme. Même si j’avais toujours été réservé sur l’utilité réelle des palpeurs sur-mesure, j’avais bêtement suivi le mouvement et fait fabriquer les miens dans un atelier spécialisé, au détriment des économies de la famille.

Je pris ensuite deux petits autocollants dans le distributeur logé sur le côté du pupitre et en appliquai un sur chaque électrode. Puis, je collais les palpeurs sur mes tempes et branchai les fiches dans le centre de la console. J’avais accompli tous ces actes comme un petit rituel maintes fois répété qui précédait le moment le plus important de la vie d’un pupitreur : la connexion à un bioStruct.

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