Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— Pratiquement, Monsieur. Je ne pense pas qu’il y aura d’autres anomalies thermiques pour le pont 12. Les conduites fluides ont l’air impeccable.
— Je me fous qu’elles en aient l’air. Est-ce qu’elles le sont, oui ou merde ? »
Je n’eus même pas besoin de regarder Pascal pour savoir qu’il était en train de serrer les mâchoires pour se retenir de lui dire d’aller se faire voir. Je répondis avant qu’il ne craque.
« Oui, Monsieur, elles le sont. La liste est complète. »
Harbert souffla un grand coup et ferma sa console avec un claquement sec : « Bon sang, j’ai bien cru que j’allais en flinguer un pour l’exemple. Allez, c’est terminé, foutez tous le camp ! Autorisation de quitter les pupitres. »
À ces mots, les sept inermes se déconnectèrent et nous pûmes enfin étirer nos membres engourdis par la station assise gardée plusieurs heures d’affilée. Comme chaque fois, je ressentis un petit pincement de frustration en me débranchant du Nod2, mais la faim qui me tenaillait le ventre eut aussitôt raison de ce sentiment. Au fond de la salle, Maurin discutait déjà avec Harbert en plaisantant et en jetant des regards ironiques aux autres.
« Encore un qui fait de la lèche, marmonna Pascal. Il en a bien besoin : pour ce qui est de pupitrer, il est juste bon à allumer les consoles. »
Maurin tourna vivement la tête vers lui comme s’il avait entendu, mais ne dit rien. Pascal regarda par terre et se dirigea vers la sortie. Ce qui lui évita de voir ma moue de désapprobation et surtout, d’aller à la confrontation avec Maurin. Nous passâmes sans un mot entre les gardes de l’entrée, et la porte émit les habituelles trois notes impersonnelles indiquant que notre sortie – ou plutôt celle des messageurs que nous portions – avait été enregistrée.
Une fois dehors, j’accélérai un peu pour me porter au niveau de Pascal. Il n’allait pas couper à son petit sermon :
« Un de ces jours…
— Ouais, je sais, me coupa-t-il.
— Un de ces jours, tu vas aller trop loin.
— Tu me le dis quasiment tous les jours.
— Je te le dis peut-être quotidiennement, mais ça ne change rien. »
Pascal s’arrêta. Nous avions marché jusqu’à la principale allée des ponts de proue où, même à cette heure, il y avait encore foule. La plupart des gens sortaient du repas du soir et rentraient dans leurs quartiers, ou se préparaient à passer la soirée dans une taverne. Celle qui se trouvait à quelques pas de là était déjà bruyante et enfumée.
« Écoute, je ne peux plus blairer ce crétin d’Harbert, reprit Pascal. Dès qu’il s’approche de ma console, je suis à deux doigts de me lever pour lui en coller une en pleine tronche ! Alors quand je vois ce pourri de Maurin venir minauder auprès de lui, ça me donne la nausée ! »
Son impétuosité perpétuelle commençait à m’agacer un peu :
« Bon sang, mais où te crois-tu ? Tu es dans un navire de guerre papal ici, et tu es un simple inerme qui n’a que le droit de la fermer ! Avec tes réactions irresponsables, tu vas finir dans un cachot pour longtemps ou peut-être même pire ! Il serait peut-être temps que tu arrives à te rentrer ça dans le crâne. »
Puis, devant l’air contrarié qu’il prenait, je me radoucis.
« Je comprends que tu enrages, tu sais bien que je pense comme toi. Mais que se passera-t-il le jour où tu provoqueras Harbert ou Maurin une fois de trop ? »
Nous nous remîmes en marche vers l’ordinaire.
« En tout cas, je sais ce qui se passera si on ne fait rien, fit Pascal.
— Comment ça ?
— Allons, ne sois pas naïf. Tu penses vraiment qu’ils vont t’offrir un billet de retour pour la Terre quand la campagne sera finie ?
— Je ne vois pas pourquoi ils ne le feraient pas.
— Parce que rien ne les y obligera.
— Et toi, tu comptes les y obliger peut-être ? »
Pascal enfonça les mains dans ses poches : « Je ne sais pas si on peut, mais ça ne coûte rien d’essayer. »
Là, je ne m’attendais pas à ça.
« Qu’est-ce c’est que cet air mystérieux ? Toi, tu es en train de mijoter un mauvais coup.
— C’est sûr. Quand on reste comme toi dans son petit coin à attendre que ça se passe, on ne risque pas de « mijoter un mauvais coup ». »
Je m’arrêtai de nouveau. L’homme qui marchait juste derrière pila afin de ne pas me heurter et nous contourna avec un regard chargé de reproches.
« OK, vas-y gros malin. Je t’écoute. »
D’un air méfiant, Pascal suivit du regard l’homme qui nous avait dépassés puis me tira par le bras pour qu’on se remette à marcher.
« Je ne suis pas seul à penser ce que je viens de te dire, reprit-il à voix basse. On est même pas mal d’inermes dans ce cas. Peut-être que le temps de l’action est venu. L’état-major doit comprendre que nous ne sommes pas un troupeau d’agneaux dont il pourra disposer à son gré une fois la croisade achevée. Il faut qu’ils apprennent à compter avec nous. »
Voilà, nous y étions. J’avais longtemps redouté ce moment. Rapidement après avoir fait sa connaissance, j’avais compris que Pascal n’accepterait pas éternellement de subir la situation et qu’à un moment ou à un autre, il voudrait reprendre le contrôle des événements. J’y avais moi-même beaucoup réfléchi et arrivais toujours à la même conclusion : il valait mieux rester tranquille.
« Alors ? Que comptez-vous faire toi et ces autres inermes ?
— Je ne sais pas encore, je viens à peine d’entrer en contact avec eux. Mais on va essayer de tenir une réunion clandestine avec quelques autres gars pour y réfléchir. Je sais que certains parmi eux ont déjà commencé à agir.
— Vous allez tous finir dans un Caisson de l’Oubli.
— C’est sûr que toi, ça ne risque pas de t’arriver », répondit-il d’un ton sec.
Je fus profondément blessé par cette remarque, au point que je gardai le silence. Je ne voyais pas d’intérêt à continuer la discussion sur ce terrain, sachant parfaitement qu’il ne changerait pas d’avis. Pascal ne pourrait pas comprendre le lien intense qui me rattachait à ma famille et les obligations que je ressentais à leur égard. De nombreuses fois déjà j’avais envisagé de redresser la tête et de me battre pour me faire respecter, mais toujours, l’éventualité de la prison m’avait arrêté. Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais été prêt à courir ce risque. Mais cela aurait signifié laisser ma famille sans ressources, les abandonner à leur sort après tous les sacrifices qu’ils avaient consentis. Et ça, jamais je n’aurais pu m’y résoudre.
« J’espère simplement que tu sais ce que tu fais. »
Pour toute réponse, Pascal haussa les épaules.
La Règle stipulait que nul n’était admis à l’ordinaire une fois que la lecture des Écritures avait commencé. Heureusement pour Tancrède, la Règle n’était pas appliquée sur le Saint-Michel comme elle l’aurait été dans un monastère. De plus, il connaissait le sous-officier qui surveillait les arrivées. Aussi, même avec un léger retard, il put entrer dans le réfectoire alors que la salle était déjà pleine. Dès qu’il eut repéré les frères Tournai, il les rejoignit d’un pas rapide.
Perché sur un ambon, un moine lisait les Épîtres de Saint-Paul, couvrant de sa voix forte le brouhaha diffus que produisaient quelques centaines d’hommes discutant à voix basse pendant le souper. Le silence n’était pas imposé à table, mais il était fortement recommandé d’écouter la lecture des Saintes Écritures ou, à défaut, de parler doucement.