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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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À bord du Saint-Michel, l’application de l’ancestral code religieux de l’armée pouvait parfois paraître contraignante, ce n’était pourtant rien à côté de certaines commanderies templières où Tancrède avait eu l’occasion de séjourner. Là-bas, la stricte observation de la Règle l’avait toujours rebuté. Il n’avait jamais compris l’intérêt qu’il pouvait y avoir à peser de cette façon sur les individus, comme si la profondeur de la foi de chacun se démontrait au nombre et à la difficulté des rituels que l’on accomplissait chaque jour. Le plus pénible pour lui était le silence imposé pendant les repas et le soir, après complies. À ce moment, tous les hommes se repliaient sur eux-mêmes, développant ainsi une atmosphère de claustration éprouvante qui avait contribué à la réticence qu’éprouvait Tancrède envers les lieux où l’on pratiquait la religion d’une manière trop rigoureuse.

Liétaud lui avait gardé une place à leur table. Il s’assit entre lui et Engilbert, dit ses grâces puis se signa rapidement. Il entama aussitôt le repas du soir : un potage de légumes, une salade composée aux blancs de volaille, du pain, du fromage et une orange. Comme toujours, les menus étaient élaborés par des diététiciens en blouse blanche qui ne parlaient qu’en termes de calories et de sels minéraux. La cuisine du bord était si parfaite que Tancrède en venait à regretter le sempiternel rata, plat fondamental de la cuisine militaire qu’on lui servait sur Terre lorsqu’il était en campagne. S’il l’on ne savait pas toujours de quoi ce ragoût médiocre était fait, au moins ne manquait-il jamais de goût comme cette cuisine aseptisée et inodore qu’il avait devant lui à cet instant. Dieu merci, faute de qualités gustatives, les quantités n’étaient pas limitées ; les hommes étaient autorisés à se servir une seconde fois si la première ne les avait pas rassasiés. Si la Règle stipulait que le repas du soir était censé être frugal, peu de soldats acceptaient de se contenter « d’une soupe et d’une mesure de lait » après d’épuisantes journées d’entraînement.

Olinde et Dudon se trouvaient aussi à la même table. Une discussion sur les indigènes d’Akya battait son plein au moment où Tancrède s’installa.

« Je me demande quelle gueule ils ont, ces sauvages, disait Olinde. Je n’ai jamais vu d’image suffisamment bonne pour m’en faire une idée claire.

— Moi non plus, répondit Liétaud. Les quelques reportages sur le sujet que j’ai pu voir rediffusaient toujours les mêmes images filmées par la première mission. En général, c’était pas terrible comme qualité, on n’y voyait presque rien.

— En plus, il y a plusieurs races, je crois, fit Dudon. Ils n’ont pas tous la même… euh… morphologie.

— Ouais, y en a des petits, des gros, des grands, mais surtout, des moches ! » lança un homme à l’autre bout de la table, déclenchant les rires de ses voisins.

« Avec tout ce temps qu’ont eu les missionnaires sur place avant le drame, reprit Olinde, je ne comprends pas qu’ils n’aient pas pris davantage d’images. C’était important de montrer comment ils étaient.

— Je crois que ce sont les indigènes qui refusaient d’être filmés, avança Engilbert. C’est pour ça que les rares images que l’on a sont si mauvaises : en général, elles étaient faites de loin.

— En tout cas, fit Liétaud, le temple chrétien, on l’a vu sous toutes les coutures et il est superbe. Jamais des sauvages n’auraient pu construire ça sans être inspirés par Dieu !

— Liétaud, répliqua Engilbert en prenant un air surpris, par moment, tu passerais presque pour un bon chrétien !

— Ouais, dit Olinde la bouche pleine, en tout cas, c’est clair que sur la croix qu’ils ont élevée au-dessus du fronton, c’est pas un sauvage, mais bien un humain.

— Le Christ, fit Engilbert.

— Ouais, reprit Olinde, et ces intellos qui prétendent qu’il peut s’agir d’une coïncidence artistique, ils me font bien marrer. Comme si les analyses scientifiques n’avaient rien prouvé !

— Il faut admettre, intervint Tancrède, que si on avait pu procéder à des analyses sur le corps qu’ils ont trouvé et non pas juste sur la couronne d’épines et le suaire, cela aurait levé les derniers doutes.

— Ne t’en fais pas pour ça, je suis sûr qu’ils les feront dès que nous aurons pris cette ville. Les missionnaires les auraient réalisées s’ils n’avaient pas été massacrés.

— De toute façon, dit le voisin d’Olinde, même avec des analyses, ces abrutis de sceptiques ne seront jamais contents. Le genre à tout mettre en doute sans arrêt. Comme ce torchon circulant en ce moment dans le genre groupe-contestataire-anonyme.

— Ah, vous voyez ! s’exclama Liétaud à l’adresse de son frère et de Tancrède. Je vous en avais parlé au début du voyage et vous m’aviez pris pour un jobard.

— Non, répondit Tancrède en le poussant du coude. On t’avait cru. C’est juste qu’on t’avait dit de ne pas croire tout ce que tu lis.

— Dis tout de suite que je suis demeuré.

— Tu es demeuré.

— Je crois que la police militaire a déjà attrapé les gars qui s’amusaient à faire ça, lâcha Dudon. À mon avis, ça va chauffer pour eux.

— Je n’ai entendu aucune info sur l’intra à ce sujet, fit Olinde. T’es sûr qu’ils les ont chopés ?

— C’est dingue, intervint un autre homme attablé, il faut toujours qu’il y ait des fouteurs de merde partout…

— Miles Christi ! Surveille ton langage pendant la lecture des Écritures ! » tança Engilbert d’un ton sec et autoritaire qui fit tourner les têtes plusieurs tables à la ronde.

L’homme pris en faute se recroquevilla sur son siège. Engilbert pouvait être très convaincant lorsqu’il s’agissait du respect des règles religieuses.

Tandis que tout le monde regardait le soldat rappelé à l’ordre, Liétaud en profita pour se pencher discrètement vers Dudon assis à sa droite et lui demander à voix basse : « Au fait Dudon, tu étais bien apprenti joaillier dans le civil, non ?

— Oui, c’est ça. J’apprenais à tailler les pierres chez Farnet, à Paris. Mais c’était trop compliqué et j’ai préféré m’engager dans…

— D’accord, le coupa Liétaud avec un sourire gêné, ça ira. Je voulais juste te demander conseil pour une bague que je voudrais offrir.

— Une bague ? C’est pour Viviane, c’est ça ? Je parie que c’est son anniversaire.

— Hmm, non. Pas exactement. En fait, ce serait plutôt une bague de fiançailles.

— De fiançailles ? reprit Dudon en haussant la voix. Tu vas te marier ?

— Chut, souffla Liétaud, cramoisi. Je ne veux pas que…

— Hé les gars ! Liétaud va se marier avec Viviane ! » lança Dudon à la ronde avec une mine réjouie tandis que le visage de Liétaud se décomposait littéralement.

Tous se tournèrent vers le Flamand qui bredouillait lamentablement à son voisin de se taire, et lancèrent spontanément un hourra pour le futur marié. Le bénédictin qui récitait du haut de son balcon à l’autre bout de la salle s’arrêta brusquement et jeta un coup d’œil furieux dans leur direction. Cependant, comme il n’y eut pas de récidive, il put reprendre sa morne litanie.

« Tu te crois malin, freluquet ! gronda Liétaud en fusillant du regard un Dudon hilare. Tu mériterais que je te coupe le nez pour t’apprendre les manières !

— Allons, ami, de toute façon, il aurait bien fallu que tu l’annonces un jour.

— Oui, mais tout le monde semble s’être donné le mot pour m’empêcher de l’annoncer moi-même !

— Je te félicite en tout cas. Moi aussi, j’aimerais avoir la chance de rencontrer une femme comme Viviane. Et tu comptes faire ça avant la phase sommeil froid ?

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