Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— Un choc électrique, répéta Danon pour lui-même. En a-t-on découvert la source ?
— Non, Monsieur, nous allons continuer à chercher, mais…
— Mais ?
— Il y a quelque chose d’assez curieux. Les premières analyses du champ magnétique résiduel indiquent que la tension de la décharge aurait été de l’ordre de deux à trois millions de volts.
— Et alors ?
— Alors, c’est un chiffre considérable. Autant que je sache, cette tension n’existe pas à bord du Saint-Michel. Sauf peut-être si vous allez vous mettre les doigts dans la prise à la sortie du réacteur à fusion.
— Vous êtes sûrs de vos conclusions ?
— Non, pas encore. Il faut maintenant soumettre les données au programme d’analyse du labo. Quelque chose peut nous échapper ou fausser les données. Toutefois, la malheureuse est morte des suites d’une électrocution. Ça, c’est absolument certain.
— Très bien, merci. »
L’homme inclina la tête puis partit rejoindre le groupe des investigateurs. Danon promena un long regard désabusé sur la salle : « Et évidemment, on n’installe jamais de caméra de surveillance dans un endroit comme celui-là… »
L’enquêteur sembla alors délibérer intérieurement un instant, nota une dernière chose sur son messageur, puis leur dit : « Présentez-vous au commissariat central demain à huit heures et demandez à me voir. Quant à vous, Liétaud Tournai, étant donné le choc important que vous avez subi, je pense qu’il serait plus prudent de vous faire admettre à l’hôpital pour cette nuit, en observation. »
Ces mots firent sortir le jeune Flamand de sa torpeur. Il se leva et se dressa de toute sa hauteur devant l’enquêteur qui parut alors rapetisser.
« Pas question. Je tiendrai le coup. Je préfère rester dans mes quartiers. »
L’idée de passer la nuit dans un hôpital, seul avec sa peine et entouré d’inconnus lui semblait pour l’heure insupportable.
Le représentant de l’ordre hésita un instant devant la stature du soldat et son air déterminé, puis haussa les épaules et tourna les talons.
Il leur avait fallu rester encore un peu sur les lieux, le temps de remplir quelques formalités, puis on les avait laissés rentrer dans leurs quartiers. En partant, le médecin avait donné un anxiolytique à Liétaud afin de l’aider à trouver le sommeil. Ce dernier l’avait aussitôt avalé. Au bout de cinq minutes, son pas s’était fait hésitant et en arrivant à la cabine, un quart d’heure plus tard, il titubait déjà. Engilbert l’avait aidé à se déshabiller puis à se coucher. Bâillant lui-même constamment, il lui avait néanmoins tenu la main jusqu’à ce qu’il soit sûr que son frère ait atteint les contrées du rêve.
Désormais, seul le bruit régulier des respirations des dormeurs ponctuait le silence qu’Engilbert et Tancrède gardaient depuis cinq minutes. Ils étaient assis à l’une des tables du centre de la salle, fixant le vide, laissant leur esprit tenter d’assimiler les événements des dernières heures. Brusquement, Engilbert s’étira en faisant craquer ses articulations, puis se leva.
« Là, je ne tiens plus. Je crois qu’il est temps qu’on aille au lit, nous aussi. »
Tancrède se redressa également, sans toutefois se lever. Son visage exprimait une certaine préoccupation.
« Dis-moi, fit-il lentement. Que penses-tu de tout ça ? » Engilbert resta debout, sans réaction pendant quelques secondes, puis il s’appuya sur le dossier de sa chaise.
« Je ne sais pas… Une sale histoire en tout cas. Tel que je connais Liétaud, il va encaisser et faire comme si de rien n’était. Mais il va souffrir pendant longtemps. »
Tancrède hocha la tête.
« Oui, c’est probable. Ce qui ne va pas arranger les choses, c’est que dès demain, tout le régiment ne parlera que de cela. Et je suis sûr que tous y verront l’œuvre du Diable… » Engilbert le fixa un instant en fronçant les sourcils : « Je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que tu penses que cette mort n’est pas accidentelle. »
Tancrède le regarda droit dans les yeux. Malgré la fatigue, son esprit fonctionnait parfaitement : « Tu as entendu l’expert : c’est une électrocution massive qui l’a tuée.
— Donc ?
— Donc rien. Je n’ai pas d’idée précise. Si ça se trouve, demain on aura une explication toute simple, mais pour l’instant, mon instinct me dit que ce n’est pas clair.
— Ton instinct ? Te voilà devenu enquêteur maintenant ? Qu’est-ce qui te gêne dans cette histoire ?
— Eh bien, par exemple, explique-moi comment on peut mourir électrocuté en plein milieu d’une pièce, sans la moindre source d’électricité à proximité ? »
Il marqua un temps d’arrêt, mais Engilbert resta coi, le fixant d’un air las. Tancrède répondit à sa propre question, toujours en chuchotant afin de ne pas éveiller les autres.
« Peut-être que son corps a été déplacé après la mort. »
Engilbert demeura pensif : « C’est possible… Mais pourquoi ? »
Tancrède n’avait aucune idée de la raison pour laquelle son intuition lui disait qu’il ne s’agissait pas d’un accident. Son esprit avait beau fonctionner à plein régime, il ne parvenait pas à transformer cette impression en véritable idée.
« Peut-être pour dissimuler le fait qu’il s’agit d’un crime… », finit-il par hasarder, le regard flou.
Il paraissait réfléchir à voix haute.
« Un crime ? Franchement, Tancrède, il faut que tu ailles te coucher, tu en as encore plus besoin que moi ! Tu ne penses tout de même pas réellement qu’elle a été assassinée ?
— Je ne sais pas. On ne peut pas affirmer le contraire pour l’instant.
— Pourquoi faire une chose pareille ? Qui aurait pu vouloir tuer Viviane ? Et pourquoi s’y serait-on pris d’une telle manière ? »
Engilbert avait parlé en essayant de hausser le ton tout en continuant à chuchoter, ce qui avait eu pour effet curieux de transformer sa voix en celle d’un vieillard hors d’haleine.
Tancrède leva les bras en signe d’ignorance.
« Je n’en ai pas la moindre idée… Peut-être a-t-elle été témoin de quelque fait suspect ou entendu une conversation compromettante. Ça pourrait être n’importe quoi. Franchement, en plus d’être tragique, cette histoire est vraiment bizarre.
— Évidemment qu’elle est bizarre ! Cette malheureuse est morte carbonisée, on ne voit pas ça tous les jours ! »
Tancrède poursuivit sans tenir compte de la remarque d’Engilbert.
« Certaines personnes affirment qu’il se passe d’étranges choses à bord. Tu admettras que ce qui est arrivé à Viviane rentre exactement dans cette catégorie d’événements.
— Ce qui est étrange, c’est le discours que tu tiens depuis cinq minutes, je t’assure. À quoi penses-tu en disant cela ? »
Un bruit fit se retourner Tancrède brusquement : un homme avait dû bouger dans son sommeil, mais maintenant, tout était redevenu calme. Il attendit un instant pour être sûr que personne ne risquait d’entendre puis, fouillant dans sa poche, il sortit le tract trouvé à la Licorne quelques heures plus tôt. Il le déplia et le tendit à Engilbert.
« J’ai trouvé ça ce soir. Visiblement, certains ont des informations qui les mènent aussi à ce genre de conclusions. »
Engilbert fronça les sourcils en examinant le document : « Je me méfie par principe de ce genre de littérature. Il est aisé de lancer des accusations vagues sans fournir de preuves. C’est juste de la propagande… ou de la contre-propagande, si tu préfères. »