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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Aussitôt les prises enfichées dans la console, je perdis la vue. Le Nod2 s’était frayé un chemin jusqu’à mes nerfs optiques, prenant le relais sur les perceptions visuelles. De longues bandes horizontales tournoyèrent sur elles-mêmes pendant un instant puis un noir profond envahit mon champ de vision, plus opaque qu’aucune obscurité ne le serait jamais dans la réalité. Ensuite, des irisations apparurent en périphérie comme autant de gouttes d’huile dans une flaque d’eau reflétant le soleil, qui se métamorphosèrent progressivement en une arborescence complexe de fils lumineux reliant des globes blancs de tailles diverses, symbolisant tous les niveaux, tous les postes de contrôle du Nod2. J’étais maintenant dans mon environnement de travail. L’Infocosme du Nod2.

Je saisis alors à pleines mains les deux sphères noires qui trônaient au milieu du pupitre. C’étaient les commandes manuelles. Fixés à l’extrémité d’un bras articulé, ces appendices gros comme des oranges étaient couverts de touches gravées de symboles techniques. Comme ils pivotaient dans toutes les directions, les opérateurs pouvaient combiner les touches entre elles. Une fois maîtrisés les réflexes nécessaires à leur manipulation à l’aveugle, ils permettaient d’accomplir toutes les tâches usuelles dans l’univers des bioStruct.

Afin d’être reconnu par la machine, je posai en tâtonnant mon messageur dans le réceptacle de la console, puis transférai mon environnement de travail personnel. Je décidai ensuite de commencer à me familiariser avec les commandes du Nod2 en circulant le long de l’arbre. Je remontai d’un cran dans l’intention de passer au niveau global et ne pus retenir un sifflement d’admiration. Jamais encore je n’avais vu un poste de commande avec autant de connexions et de ramifications. Rien que pour l’arborescence interne du Diamant, cela représentait plusieurs milliers d’embranchements qui s’entrecroisaient et se chevauchaient, au milieu desquels circulaient des dizaines de pupitreurs.

Repérant le bloc neuronal, je tentai de redescendre de deux niveaux dans l’arbre de travail, espérant voir à quoi ressemblait le système nerveux central. Mais aussitôt, l’univers du Nod2 se brouilla et la lumière éblouissante qui baignait le Diamant se déversa à nouveau sur mes rétines. La vision naturelle m’était revenue tandis que la console s’était bloquée en envoyant un message d’alerte. Aussitôt, le superviseur me contacta dans l’oreillette pour me rappeler vertement à l’ordre. Je m’excusai d’un air innocent tout en échangeant un petit sourire avec mon voisin, puis me reconnectai. L’univers visuel du Nod2 fusa de nouveau dans mon cerveau et je repris l’installation de mon environnement. J’avais appris ce que je voulais savoir : nous étions sous étroite surveillance.

Au fil des jours, les structures internes du Nod2 avaient commencé à se dévoiler, m’ouvrant des perspectives que je ne soupçonnais même pas dans la bio-informatique, des champs d’application totalement nouveaux. Je dois dire que je m’habituais beaucoup plus rapidement que les autres à cet environnement de travail assez particulier, ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention sur moi. En quelques semaines, je m’étais révélé comme l’un des pupitreurs les plus efficaces.

Plongé dans l’Infocosme, j’avais parfois l’impression de devenir quelqu’un d’autre, de vibrer en harmonie avec cette machine si particulière. Moi-même je ne comprenais pas très bien ce sentiment puissant que j’éprouvais chaque fois que j’étais connecté au bioStruct, évoluant dans les représentations graphiques chatoyantes des puits de données, ou naviguant sur l’écume indigo des informations stockées dans la mémoire centrale…

« Arrêtez de rêvasser, Villejust ! »

Je sursautai. Il me fallut quelques secondes pour réaliser que je regardais fixement Harbert à travers la légère surimpression des données du bioStruct. Puis le souvenir d’où j’étais me revint et je compris que le superviseur avait désopacifié ma vision pour me remonter les bretelles. Je me remis au travail sans moufter.

Cela m’arrivait de temps à autre. Distrait par la beauté irréelle des champs de données, j’oubliais pourquoi j’y étais venu. Je me laissais alors dériver, flottant au milieu des irisations colorées de l’univers interne du Nod2, enfin déconnecté de ce monde en décomposition dans lequel j’avais l’impression de vivre.

« Vous croyez peut-être qu’on a construit ce bioStruct juste pour que vous vous baladiez dans ses circuits ? beugla Harbert. J’en ai ma claque d’être tombé sur l’équipe la plus foireuse de toute la Gestion Globale ! Magnez-vous, bon sang, sinon on y sera encore au matin ! Et là, je vous garantis qu’il y aura des sanctions ! »

Tous restèrent le nez dans leur console, sans oser relever la tête. Même Maurin, le seul technicien de l’équipe qui ne fût pas inerme, était dans ses petits souliers.

« C’est bon, me souffla Pascal, j’ai traité le bloc des conduites fluides. Tu peux les redescendre au niveau opérationnel.

— Entendu, répondis-je en réopacifiant ma vision. Je m’en occupe, je vais essayer de faire vite.

— Je te fais confiance pour ça », fit Pascal avec un clin d’œil.

Heureusement qu’il était là celui-là. Sans la compagnie de Pascal, la vie à bord du Saint-Michel m’aurait paru beaucoup plus dure à supporter.

Au début, j’avais été rebuté par son côté, comment dire ?… braillard. Après quelques jours, je m’étais finalement laissé séduire par le drôle de contraste qui le caractérisait, un batailleur à grande gueule d’un côté, un physique poids plume doué d’une grande finesse d’analyse de l’autre. Nous étions devenus amis dès le début. Et franchement, ce n’était pas du luxe que de pouvoir compter sur le soutien de quelqu’un dans un endroit pareil.

Même si l’acclimatation à la vie du bord avait été pénible pour tout le monde, elle le fut tout particulièrement pour les inermes. En effet, beaucoup de soldats réguliers considéraient les classe zéro comme le défouloir idéal. Bien que la hiérarchie eût strictement interdit toute maltraitance physique, les brimades perpétuelles rendaient la vie impossible aux enrôlés de force.

Cela avait d’ailleurs été une grande déception pour moi de constater que même les cadres de la Salle de Gestion Globale n’échappaient pas à cette règle. En dépit de leur niveau d’éducation nettement supérieur à la moyenne, ils étaient capables de se montrer tout aussi mauvais et agressifs que n’importe quel troufion. Pascal vivait cette situation encore plus mal que moi, lui qui avait toujours rendu coup pour coup dans sa vie, qui n’avait jamais accepté de courber l’échine. Ici, il devait refréner sa combativité en permanence et en souffrait beaucoup.

Nous nous soutenions donc mutuellement dans les moments difficiles, essayant d’oublier nos problèmes lors de longues discussions nocturnes où nous abordions toutes sortes de sujets parmi ceux qui nous passionnaient, et qui nous semblaient moins terre-à-terre que les problèmes de chauffage du Saint-Michel. Cela pouvait tout aussi bien être une querelle sur des points de vue philosophiques ou idéologiques, que des questions de recherche fondamentale.

« Ça y est ! lança Adelphe Pérol, un autre inerme de l’équipe. J’ai trouvé l’anomalie du secteur A. C’est l’une des grilles d’aération qui est obstruée dans les réserves de fournitures. Probablement une pile de caisses mal placée ou quelque chose comme ça.

— Entendu, grogna Harbert. Je vais envoyer quelqu’un sur place. Villejust, vous avez terminé ?

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