Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
En l’occurrence, Tancrède était bien obligé de reconnaître que son ami avait raison. Généralement, il partageait cette opinion raisonnable. Pourtant, ce petit tract mal imprimé le dérangeait. Alors qu’en temps normal il n’y aurait pas prêté la moindre attention, celui-ci piquait sa curiosité. Puis, il croisa le regard désapprobateur d’Engilbert et se sentit soudain un peu idiot. Depuis quand lui, le Méta-guerrier à la probité exemplaire tenait-il compte de ragots minables et s’informait-il dans des tracts douteux.
« D’accord, d’accord, tu as raison. Ce dont parlent ces gens n’a certainement rien à voir avec la mort de Viviane. Le trouble que j’éprouve depuis tout à l’heure doit venir du fait que j’ai trouvé ce document juste avant le drame. » Après lui avoir rendu le papier entre deux doigts, comme s’il s’agissait d’un déchet infecté et contagieux, Engilbert commença à défaire sa chemise pour enfiler le simple t-shirt de coton avec lequel il avait l’habitude de passer la nuit.
« Je pense surtout que, comme nous, nos idées sont fatiguées. Si tu veux mon avis, à une heure pareille, plus personne ne peut tenir de propos raisonnables. »
Tancrède hocha la tête puis se leva afin de gagner sa couchette à son tour.
Peu de temps après, ils avaient rejoint la cohorte des dormeurs, progressant avec peine dans un monde fait de rêves perturbés par les rémanences de leur journée. La cabine collective n°48-57 était maintenant aussi tranquille qu’une chambre d’enfant en pleine nuit.
Pourtant, une demi-heure plus tard, quelque chose bougea dans la pénombre. Une silhouette se leva d’une des couchettes, enfila rapidement quelques vêtements puis, ses chaussures à la main pour ne pas faire de bruit, sortit de la cabine sans éveiller personne.
III
Depuis le poste de commande, la vue était absolument grandiose.
Protégée par un puissant champ tramé de classe 10, la baie vitrée surplombant la proue du Saint-Michel décrivait un arc de cercle de plus de cent vingt degrés, offrant une vision plongeante sur l’avant du navire et les profondeurs de l’espace. Cette imposante vitre était davantage une survivance des premiers temps de l’aérospatiale, époque à laquelle il semblait indispensable de conserver une vision directe vers l’extérieur, qu’une réelle nécessité. Pas le moindre pilote ou technicien du poste de commande n’aurait eu l’idée saugrenue d’y regarder pour ajuster tel ou tel paramètre de vol, la totalité des données étant fournies directement sur leurs terminaux par le bioStruct.
Pierre l’Ermite venait ici aussi souvent qu’il le pouvait, même aux premières heures de l’aube artificielle comme ce jour-là. Il aimait tout particulièrement monter sur l’étroite passerelle courant le long de la baie, un peu à l’écart de l’agitation du poste de commande, et contempler les abysses interstellaires. Cette noirceur absolue avait quelque chose de fascinant, comme un piège hypnotique qui tenterait d’attirer en son sein tout imprudent assez fou pour y plonger son regard.
La première fois, Pierre avait été surpris de ne pas voir les étoiles bouger, avancer vers lui comme dans les vieux films sur pellicule du XXe siècle. Mais, même à presque quatre-vingts pour cent de la vitesse de la lumière, il était impossible de constater la parallaxe des étoiles à l’œil nu. Les distances étaient bien trop grandes. Cette totale fixité du décor s’avérait parfois perturbante pour les membres de l’équipage, puisqu’elle donnait l’impression de faire du surplace. Toutefois, Pierre avait remarqué que s’il restait immobile et fixait l’espace droit devant lui assez longtemps, il parvenait à percevoir un léger déplacement des astres dans la périphérie de son champ de vision. Naturellement, il s’agissait probablement d’une illusion, mais cela lui procurait presque le même plaisir que s’il avait vu les étoiles avancer pour de bon. Une voix dans son dos le fit brutalement émerger de sa rêverie dans un sursaut :
« J’ai été de ce fait soupçonné véhémentement d’hérésie, c’est-à-dire d’avoir maintenu et cru que le soleil est au centre du monde et immobile, et que la Terre n’est pas au centre et se meut. »
Pierre se retourna. Le commandant de bord, Hugues de Vermandois, l’avait rejoint sur la passerelle et regardait les étoiles à ses côtés.
« Galileo Galilei », répondit l’Ermite, irrité d’avoir tressailli devant l’un des membres du Conseil.
« Lorsqu’on contemple ce fabuleux spectacle en face, reprit Hugues pensivement, l’on est pris de vertige en songeant aux aveuglements du passé, n’est-ce pas ?
— Il est vrai que le traitement réservé à Galilée fut l’une des plus grandes erreurs de l’Église. »
Pierre commença à lisser le pan de son manteau noir du plat de la main afin de se redonner une contenance.
« Néanmoins, les juges de l’époque avaient peut-être vu en cet homme de science le premier coup sérieux porté à la foi des hommes. D’une certaine manière, l’avenir leur a donné raison. Six siècles plus tard : l’humanité s’est consumée dans un terrible Armageddon parce qu’elle avait perdu la foi. C’est le retour de la Loi du Seigneur à travers l’Empire Chrétien Moderne et la réinstauration du Dominium Mundi par Urbain IX qui nous garantit la paix aujourd’hui, sous Sa protection bienveillante. Finalement, peut-être eût-il mieux valu pour les milliards d’âmes exterminées il y a cent quarante ans qu’une seule eût péri sur le bûcher six cents ans plus tôt.
— Certes, l’ECM nous garantit la paix en Occident, mais qu’en est-il de tous ces peuples que nous forçons à se rallier à nos dogmes encore aujourd’hui partout sur Terre ? »
Pierre dévisagea Hugues en se demandant si le commandant était conscient que ce genre de propos pouvait le mener droit dans une geôle papale.
« Cela n’a rien à voir, mon cher : nous combattons sous la bannière du seul véritable créateur de toutes choses, c’est notre devoir d’apporter la lumière jusque dans les contrées les plus hostiles, jusque dans les étoiles même… »
Il fit un ample geste du bras englobant toute la vue comme pour donner de la force à son propos, puis reprit sur un ton plus proche de ses prêches que d’une simple discussion.
« Si tous les hommes avaient été unis dans la parole du Christ, la Guerre d’Une Heure n’aurait pas eu lieu.
— Certainement, Pierre », concéda Hugues avec un sourire diplomatique, comprenant qu’il s’était laissé aller et qu’il avait exprimé sa pensée avec trop de clarté. « Mais je vous ennuie avec ma rhétorique hasardeuse, c’est notre défaut, nous les Français, de trop aimer la raison et les joutes verbales, n’est-ce pas ?
— La France… pays cartésien. Le plus anticlérical de tous les pays européens d’avant-guerre, et pourtant le principal organisateur de la croisade… Que dites-vous de cela ? »
Apparemment, lorsque Pierre mordait, il ne lâchait plus. Hugues saurait s’en souvenir.
« Je ne pense pas qu’il y ait de contradiction, répondit-il avec prudence. Depuis que ma famille a été rétablie dans ses dignités, le royaume est redevenu pieux et l’État remplit parfaitement son devoir envers le clergé. Aussi, le Saint-Siège s’est naturellement adressé aux seigneurs de France pour assurer la logistique principale. »
Il se garda bien de rappeler que la France était surtout l’une des zones qui avaient le moins souffert des répercussions désastreuses de la guerre et possédait aujourd’hui l’économie la plus solide de l’ECM. L’Allemagne aurait pu également apporter une importante contribution si l’empereur germanique n’avait été en froid avec Urbain IX. Leur concours à cette campagne avait donc été principalement technologique. La propulsion supraluminique par exemple était un produit de l’ingénierie allemande et représentait à elle seule une part considérable de l’entreprise générale.