Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
— Il y a trois cents ans, articula froidement Junta, pour des phrases comme celles-ci, je vous aurais invité à faire une petite promenade en dehors de la ville afin de secouer la poussière de vos oreilles et de vous embrocher.
— Oui, oui, dit Vybegallo. Nous ne sommes pas au Portugal ici. Vous n’aimez pas les critiques. Il y a trois cents ans, je n’y serais pas allé de main morte, moi non plus, sale catholique !
J’étouffais de haine. Pourquoi Janus Polyeuctovitch se taisait-il ? Comment pouvait-il supporter tout cela ? J’entendis un bruit de pas. Roman entra, pâle, furieux ; en claquant dans ses doigts, il créa un double de Vybegallo qu’il secoua comme un prunier et dont il tira plusieurs fois la barbe avec volupté. Calmé, il détruisit le double et retourna dans le bureau.
— On d-devrait vous f-flanquer dehors, dit soudain Fédor Siméonovitch d’une voix tranquille. Vous êtes un personnage fort déplaisant à ce que je vois.
— Vous n’aimez pas qu’on vous critique, voilà, répondit Vybegallo.
Janus Polyeuctovitch ouvrit enfin la bouche. Il avait la voix égale et puissante d’un héros de Jack London.
— L’expérience, conformément à la demande d’Amvrossi Ambrouasovitch, aura lieu aujourd’hui à dix heures précises. Étant donné que l’expérience entraînera d’importants dégâts qui risqueront de provoquer des pertes humaines, je désire qu’elle se déroule dans le secteur le plus éloigné du terrain, à quinze kilomètres des limites de la ville. Je profite de l’occasion pour remercier à l’avance Roman Pétrovitch de son ingéniosité et de son courage.
Cette décision fut accueillie dans le silence. Janus Polyeuctovitch avait tout de même une étrange manière d’exprimer ses pensées. Mais à l’institut on se fiait à son jugement. Il y avait eu des précédents.
— Je vais faire venir un camion, dit tout à coup Roman. Il dut passer par le mur, car je ne le vis pas sortir.
Fédor Siméonovitch et Junta devaient sans doute hocher la tête en signe d’assentiment. Vybegallo s’écria :
— Vous avez raison, Janus Polyeuctovitch. Vous m’avez rappelé à temps la vigilance que nous avions perdue. A l’écart, à l’écart des regards étrangers. Mais je vais avoir besoin d’aide. L’incubateur est lourd, n’est-ce pas, cinq tonnes tout de même …
— Bien sûr, dit Janus. Prenez vos dispositions.
Il y eut un bruit de sièges remués, je finis à la hâte mon café.
Dans l’heure qui suivit, en compagnie de ceux qui restaient à l’institut, j’observai le chargement de l’incubateur, de stéréolunettes, de plaques de blindage et de zipounes[17] en cas de besoin. La neige avait cessé. La matinée était froide et claire.
Roman avait fait venir un camion chenillé. Alfred le vampire avait recruté des porteurs, les hécatonchires. Cottos et Gyès, heureux et excités, donnaient de leurs cent voix et retroussaient leurs multiples manches. Briarée les suivait en montrant son doigt foulé, se plaignait d’avoir les têtes qui tournent et de ne pas avoir fermé l’œil de la nuit. Cottos se chargea de l’incubateur, Gyès du reste. Briarée voyant qu’il n’avait rien à faire, décida de superviser les opérations en prodiguant conseils et avertissements. Il courait, ouvrait et fermait les portes, s’accroupissait pour mieux voir et criait : « Vas-y, tu peux y aller ! Prends plus à droite, tu vas accrocher ! » Finalement on lui marcha sur la main et il se retrouva coincé entre l’incubateur et le mur. Il éclata en sanglots. Alfred le ramena au vivarium.
Le camion fit son plein de passagers. Vybegallo grimpa dans la cabine du chauffeur. Il était très mécontent et demandait sans cesse l’heure. Le camion partit mais revint au bout de cinq minutes, on avait oublié les journalistes. Pendant qu’on allait les chercher, Cottos et Gyès firent une partie de boules de neige et cassèrent deux carreaux. Puis Gyès s’en prit à un ivrogne matinal qui criait : « Vous vous mettez à plusieurs, hein ? » On les sépara et Gyès fut hissé dans le camion. Il roulait des yeux et jurait en grec ancien. G. Pronitsatelny et B. Pitomnik arrivèrent, mal réveillés et frissonnants de froid. Le camion put enfin partir.
L’institut était désert. Ma montre marquait huit heures trente. Toute la ville dormait. J’aurais bien voulu accompagner les autres au champ de manœuvre, mais ce n’était pas possible. Je soupirai et commençai ma deuxième ronde. Bâillant, j’éteignis la lumière dans tous les corridors, puis je passai devant le laboratoire de Kornéev. Vitia ne s’intéressait pas aux expériences de Vybegallo. Il disait que les gens de son espèce devraient être livrés à Cristobal Junta en qualité de cobayes. Aussi n’était-il pas parti et fumait-il, assis sur le divan-translator, tout en bavardant avec Edik Amperian. Celui-ci, allongé sur le divan, regardait pensivement le plafond, un bonbon acidulé dans la bouche. Le poisson allait et venait avec entrain dans la baignoire posée sur la table.
— Bonne année, dis-je.
— Bonne année, répondit aimablement Edik.
— Tiens, Sacha va nous le dire, lui, proposa Kornéev. Sacha, y a-t-il vie, quand il n’y a pas de protéines ?
— Je ne sais pas, Je ne l’ai jamais vu.
— Qu’est-ce que ça veut dire, je ne l’ai jamais vu ? Le M-champ, tu ne l’as jamais vu non plus, ça ne t’empêche pas de calculer son intensité.
— Et alors ? dis-je. Je regardais le poisson. Il décrivait des cercles en se penchant dans les virages et on pouvait alors voir qu’il avait été vidé. — Vitia, tu y es tout de même arrivé ?
— Sacha ne veut pas entendre parler de vie sans protéines, dit Edik, et il a raison.
— On peut vivre sans protéines, mais lui, comment peut-il vivre sans entrailles ?
— Eh bien, le camarade Ampérian prétend qu’on ne peut pas vivre sans protéines, dit Vitia en faisant prendre à la fumée de sa cigarette la forme d’une spirale qui se promenait dans la pièce en contournant les objets.
— Je dis que la vie, c’est les protéines, objecta Edik.
— Je ne vois pas la différence, répliqua Vitia. Tu dis que s’il n’y a pas de protéines, il n’y a pas de vie.
— Oui.
— Et ça, qu’est-ce que c’est ? demanda Vitia en faisant un petit geste de la main.
Une répugnante créature qui ressemblait à la fois à un hérisson et à une araignée surgit à côté de la baignoire. Edik se leva et alla regarder.
— Bon. fit-il en se recouchant. Ce n’est pas vivant. C’est un être fantastique.
— Que te faut-il de plus ? demanda Vitia. Elle remue ? Oui. Elle se nourrit ? Oui. Elle peut se reproduire. Tu veux que je te montre ?
Edik se leva pour aller regarder. Le hérisson-araignée trépignait gauchement. Il donnait l’impression de vouloir partir dans toutes les directions à la fois.
— Le fantastique, ce n’est pas de la vie, déclara Edik. Le fantastique n’existe qu’autant qu’il existe une vie raisonnable. On peut même dire avec plus d’exactitude : pour autant qu’il existe des mages. Le fantastique est le résidu de l’activité des magiciens.
— Bon, dit Vitia.
Le hérisson-araignée disparut. Il fut remplacé par un petit Vitia Kornéev, copie exacte du vrai, mais grand comme la main, qui claqua dans ses petits doigts et créa un mini-double encore plus petit, qui à son tour, claqua des doigts. Un double, gros comme un stylo, surgit, puis un autre haut comme une boîte d’allumettes, puis un autre de la taille d’un dé à coudre.
— Ça suffit ? demanda Vitia. Chacun d’eux est un magicien. Et ils ne contiennent pas un atome de protéine.
— Ton exemple est mal choisi, dit Edik d’un ton compatissant. Premièrement, ils ne se distinguent pas fondamentalement d’une machine à programme. Deuxièmement, ils ne sont pas le produit d’une évolution, mais celui de ton art « protéinique ».
17
Vêtement paysan de grosse bure.