Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
— Qu’est-ce que tu connais de l’évolution ? Regardez-moi ce Darwin ! Processus chimique ou activité consciente, quelle différence ? Tous tes aïeux n’ont pas été à base de protéines. Ton arrière-arrière-arrière-grand-mère était une molécule assez complexe, je suis prêt à le reconnaître, mais sûrement pas une molécule de protéine. Notre activité consciente n’est peut-être qu’un maillon de l’évolution. Nous ne sommes pas certains que le but de la nature soit de créer le camarade Ampérian. Son but est peut-être de créer un être fantastique par l’intermédiaire du camarade Ampérian. C’est possible.
— Je comprends, je comprends. Pour commencer, le protovirus, puis la protéine, puis le camarade Ampérian, et puis toute la planète se peuple d’êtres fantastiques.
— Précisément, dit Vitia.
— Et nous, devenus inutiles, nous disparaîtrons.
— Et pourquoi pas ?
— Je connais quelqu’un, dit Edik. Il affirme que l’homme n’est qu’un chaînon dont la nature a besoin pour achever le couronnement de la création : un verre de cognac et une rondelle de citron.
— Et pourquoi pas au fond ?
— Parce que je ne veux pas, déclara Edik. La nature a ses buts, moi, j’ai les miens.
— Anthropocentriste, lança Vitia avec dégoût.
— Oui, dit fièrement Edik.
— Je n’ai pas envie de discuter avec un anthropocentriste, déclara brutalement Kornéev.
— Alors, racontons des histoires drôles, proposa tranquillement Edik en se mettant un bonbon dans la bouche.
Les doubles de Vitia continuaient à travailler. Le plus petit avait la taille d’une fourmi. Pendant que j’écoutais le dialogue de l’anthropocentriste et du cosmocentriste, une idée m’était venue.
— Mes enfants, dis-je avec une feinte animation, pourquoi n’êtes-vous pas allés au terrain de manœuvre, hein ?
— Et pour quoi faire ? demanda Edik.
— C’est intéressant tout de même.
— Je ne vais jamais au cirque, affirma Edik. De plus : ubi nil vales, ibi nil velis.
— Tu veux parler de toi ? demanda Vitia.
— Non. C’était de Vybegallo.
— Mes enfants, dis-je, j’adore le cirque. Vos histoires drôles, peu importe où vous les raconterez ?…
— C’est-à-dire ? demanda Vitia.
— Remplacez-moi, j’irai faire un tour au terrain.
— Il fait froid, rappela Kornéev. Très froid. Plus Vybegallo.
— J’ai vraiment envie, c’est tellement mystérieux tout ça …
— On laisse partir cet enfant ? demanda Vitia à Edik.
Celui-ci fit oui de la tête.
— Allez, Privalov, fit Vitia. Cela vous coûtera quatre heures d’ordinateur.
— Deux, dis-je rapidement. Je m’attendais à quelque chose de ce genre.
— Cinq, dit Vitia.
— Disons trois. Je travaille tout le temps pour toi.
— Six, dit Vitia avec flegme.
— Vitia, intervint Edik, tu vas avoir du poil aux oreilles.
— Roux, ajoutai-je méchamment.
— D’accord, dit Vitia. Ce sera pour rien. Deux heures me suffiront.
Nous partîmes. Chemin faisant, ces grands maîtres se mirent à parler de je ne sais quelle cyclotation et je dus les interrompre pour leur demander de m’expédier au terrain de manœuvre. Je les ennuyais, et dans leur hâte de se débarrasser de moi, ils effectuèrent la translation avec une telle énergie que je n’eus pas le temps de m’habiller et fonçai dans la foule des spectateurs le dos tourné.
Sur le champ de manœuvre, tout était prêt. Le public s’abritait derrière des plaques de blindage. Vybegallo émergeait d’une tranchée fraîchement creusée et regardait dans une grande stéréolunette. Fédor Siméonovitch et Cristobal Junta échangeaient à voix basse des propos en latin. Janus Polyeuctovitch, enveloppé dans une longue pelisse, se tenait à l’écart et grattait la neige de sa badine. B. Pitomnik était accroupi près de la tranchée, le stylo à la main. G. Pronitsatelny, harnaché d’appareils de photo et de caméras, se frottait les joues et battait la semelle.
Le ciel était clair, la pleine lune pâlissait à l’ouest Les flèches d’une aurore boréale scintillaient faiblement parmi les étoiles. La neige étincelait, le grand cylindre de l’incubateur se voyait à cent mètres à la ronde.
Vybegallo s’arracha à sa stéréolunette, toussota et déclara :
— Camarades ! Ca-ma-ra-des ! Qu’observons-nous dans cette stéréolunette ? Dans cette stéréolunette, camarades, en proie à des sentiments complexes, mourant d’impatience, nous observons le dévissage automatique du couvercle. Écrivez, écrivez, dit-il à B. Pitomnik. Et avec des détails. Dévissage automatique, n’est-ce pas ? Dans quelques instants, nous aurons parmi nous l’homme idéal, le chevalier sans peur et sans reproche.
Je pus voir, à l’œil nu, le couvercle se dévisser et tomber sans bruit dans la neige. Un jet de vapeur jaillit et fusa jusqu’aux étoiles.
— Je donne des explications pour la presse, commença Vybegallo, mais un effroyable rugissement couvrit sa voix.
La terre trembla. Une énorme masse de neige monta dans le ciel. Les spectateurs tombèrent les uns sur les autres. Je fus renversé et sentis le sol se dérober sous moi. Le rugissement croissait d’intensité. Je me relevai en m’accrochant aux chenilles du camion, je vis le ciel tourner comme un calice gigantesque, les blindages vaciller dangereusement, les spectateurs s’enfuir dans la neige, tomber, se relever et se mettre à courir dans toutes les directions. Je vis Fédor Siméonovitch et Cristobal Junta, abrités sous la cloche irisée d’un champ de protection, reculer devant l’ouragan et essayer, les bras levés, de protéger la foule. Mais un tourbillon brisa la cloche dont les débris, pareils à des bulles de savon, furent emportés au loin. J’aperçus Janus Polyeuctovitch, qui, le dos au vent, solidement appuyé sur sa canne enfoncée dans le sol dénudé, consultait sa montre. Un nuage de vapeur dense, éclairé de rouge à l’intérieur, tournoyait à l’endroit où se trouvait l’incubateur. L’horizon basculait de plus en plus, nous avions l’impression de nous trouver au fond d’une énorme cruche. Puis tout à coup je vis Roman, dans son manteau vert prêt à s’envoler, debout près de l’épicentre de ce cauchemar cosmique. Il lança une grande bouteille dans la vapeur hurlante et tomba face contre terre en se protégeant de ses bras. Une affreuse figure de djinn, grimaçante de fureur, roulant des yeux terrifiants, sortit du nuage. La bouche ouverte dans un rire silencieux, le djinn déploya ses grandes oreilles velues. Une odeur de brûlé se répandit. Les murs transparents d’un magnifique palais s’élevèrent au-dessus du tourbillon de neige, tremblèrent et s’écroulèrent. Le djinn se métamorphosa en une langue de feu orange puis disparut dans le ciel. L’espace d’un instant tout fut calme. Puis l’horizon s’affaissa lourdement. Je fus projeté en l’air. Quand je repris mes esprits, j’étais assis à quelque distance du camion. La neige avait fondu. Les champs étaient noirs. A la place de l’incubateur, il y avait un grand trou d’où s’élevait une petite fumée blanche. L’air sentait le roussi.
Les spectateurs se relevèrent. Les visages étaient sales et déformés par la peur. Beaucoup, incapables d’articuler un mot, toussaient, crachaient et geignaient. Certains se retrouvèrent en vêtements de dessous.
Des murmures s’élevèrent, puis des exclamations.
— Où est mon pantalon ? Pourquoi n’ai-je plus de pantalon ? J’étais en pantalon ! — Camarades, personne n’a vu ma montre ? — Et la mienne ? La mienne aussi a disparu ! — Il me manque une dent en or ! On me l’avait mise cet été ! — Oh ! Et moi j’ai perdu ma bague ! Et mon bracelet ! Où est ce Vybegallo ? C’est scandaleux ! — Tant pis pour les montres et pour les dents ! Tout le monde est sain et sauf au moins ? Nous étions combien ? — Mais que s’est-il passé, au juste ? Une espèce d’explosion … un djinn … Et où est le géant de l’esprit ? — Où est Vybegallo ? — Vous avez vu l’horizon ? Tu sais à quoi ça ressemblait ?… — J’ai froid en petite chemise, passez-moi quelque chose … — Où est-il ce V-vybegallo ? Où est-il ce c-crétin ?