Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
Renfrogné, je m’assis sur mon lit, et pour commencer, remplis mes poumons de prana mêlé à l’air froid du matin. J’attendis quelques instants que le prana fasse son effet tout en pensant, conformément aux instructions, à des choses gaies. Puis je rejetai l’air froid du matin et exécutai un ensemble de mouvements de gymnastique. Il paraît que la vieille école prescrivait des exercices de yoga, mais le yoga-complexe, tout comme le maya-complexe, aujourd’hui presque oublié, prenait quinze à vingt heures par jour. Depuis la nomination du nouveau président de l’Académie des sciences de l’U. R. S. S., les tenants de la vieille méthode avaient dû battre en retraite. Les jeunes chercheurs de l’institut étaient très heureux de rompre avec les vieille traditions.
Au cent quinzième saut, Vitia Kornéev, mon coturne, entra en voletant dans la chambre. Le matin, il était toujours en pleine forme et même d’humeur gracieuse. Il me tapa dans le dos avec sa serviette mouillée et se mit à virevolter en faisant les mouvements de la brasse. Ce faisant, il me racontait ses rêves et les interprétait selon Freud, selon Merlin et selon la fille Lenormand. Je fis ma toilette, et quand nous eûmes rangé la chambre, nous descendîmes à la cantine.
Nous prîmes place à notre table préférée, sous une grande affiche décolorée qui proclamait : « Hardiment, camarades ! Faites claquer vos mâchoires ! G. Flaubert. » Tout en mangeant notre kéfir, nous prêtâmes l’oreille aux potins locaux.
La nuit dernière, la traditionnelle assemblée de printemps, avait tenu ses assises sur le mont Chauve. Certains participants avaient eu une conduite déplorable. Viï et Homa Brutus s’étaient promenés bras dessus bras dessous dans les rues de la ville, importunant les passants, jurant à qui mieux mieux. Et puis Viï s’était marché sur la paupière gauche, furieux il avait boxé Brutus et renversé un kiosque à journaux. Conduits tous les deux au commissariat, ils avaient récolté quinze jours de prison pour scandale sur la voie publique.
Vassili le chat avait pris son congé de printemps, il allait se marier. Solovets verrait bientôt des petits chats parleurs affligés d’une mémoire défaillante.
Louis Sedlovoï, du service du Savoir Absolu, avait inventé une machine à remonter le temps et devait faire un exposé à ce sujet.
Vybegallo était revenu à l’institut, se vantant partout d’avoir été visité par une idée titanesque. « Le langage de nombreux singes, voyez-vous, rappelle le langage humain enregistré sur bande magnétique et repassé à l’envers, à grande vitesse. » Il avait donc enregistré des conversations de babouins, dans la réserve de Soukhoumi, et les avait écoutées en les passant à l’envers, sur petite vitesse. Le résultat, affirmait-il, était phénoménal. Il ne donnait pas plus de détails.
Au centre de calcul, Aldan était de nouveau en panne, mais ce n’était pas la faute de Privalov, c’était celle de Junta qui depuis quelque temps, par principe, ne s’intéressait qu’aux problèmes réputés insolubles.
Perun Markovitch Neounyvaï-Doubino, le vieux sorcier, avait pris son congé annuel pour cause de métamorphose.
Au service de l’Éternelle Jeunesse, le prototype de l’Homme Immortel s’était éteint après une longue et douloureuse maladie.
L’Académie des sciences avait alloué à l’institut une certaine somme destinée à l’amélioration de l’environnement. Avec cette somme, Modeste Matvéievitch se proposait d’entourer l’établissement d’une grille décorée de figures allégoriques et portant des vasques fleuries en haut des piliers. Dans l’arrière-cour, entre l’abri du transformateur et le réservoir de pétrole, il voulait creuser un bassin qui aurait un jet d’eau de neuf mètres. La section sportive lui avait demandé de l’argent pour faire un court de tennis, mais il avait refusé en disant qu’un bassin était indispensable à la réflexion scientifique et que le tennis n’était que gambades et moulinets.
Après le petit déjeuner, chacun rejoignit son laboratoire respectif. J’allai rôder du côté d’Aldan éventré sur lequel s’escrimaient les techniciens du service de Maintenance. Ils ne voulurent pas bavarder avec moi et me conseillèrent de façon peu amène d’aller m’occuper de mes affaires ailleurs. Je décidai de faire le tour des copains.
Vitia Kornéev me renvoya, disant que je l’empêchais de travailler. Roman faisait un cours à des stagiaires. Volodia Potchkine s’entretenait avec un journaliste. M’apercevant, il s’écria, tout réjoui : « Ah ! le voilà ! Faites connaissance, c’est lui qui dirige notre centre de calcul, il va vous dire … » Mais je fis très adroitement semblant d’être mon propre double et m’éclipsai après avoir semé l’effroi dans l’âme du journaliste. Chez Edik Ampérian on m’offrit des concombres ; une conversation très animée s’engagea sur les avantages qu’offre un point de vue gastronomique sur la vie, malheureusement une de leurs cucurbites explosa et ils m’oublièrent tout de suite.
Absolument désemparé, je m’en allai et croisai dans le corridor U-Janus qui me dit : « Bien. » Après un instant d’hésitation, il me demanda si nous n’avions pas bavardé ensemble la veille.
— Non, dis-je, je regrette, nous n’avons pas parlé. Il poursuivit son chemin et je l’entendis au bout du couloir poser la même question à Gian Giacomo.
Je finis par échouer chez les absolutistes. Le séminaire allait commencer. Les chercheurs, bâillant et se lissant précautionneusement les oreilles, prenaient place dans la petite salle de conférences. Le directeur du service, l’académicien Maurice-Johann-Lavrenti Poupkov-Zadny, grand maître de Toutes les Magies Blanche, Noire et Grise, qui présidait la séance, se tournait tranquillement les pouces et observait avec bonhomie la conférencier, très agité, qui, à l’aide de deux doubles grossièrement fabriqués, installait sur l’estrade un engin muni d’une selle et de pédales et qui rappelait ceux qu’utilisent pour maigrir les personnes souffrant de cellulite. Je m’installai dans un coin, sortis mon style et pris un air très intéressé.
— Hé bien, dit le grand maître, tout est-il prêt ?
— Oui, Maurice Johannovitch, répondit L. Sedlovoï. C’est prêt.
— Nous pourrions peut-être commencer alors ? Je ne vois pas Smogouli …
— Il est en mission, Johann Lavrentiévitch, dit-on dans la salle.
— Ah ! oui, en effet, je me souviens. Des recherches exponentielles ? Oui, oui … Bon. Aujourd’hui, Louis Ivanovitch va nous faire un petit exposé sur certains types possibles de machines à remonter le temps. C’est bien cela, Louis Ivanovitch ?
— Heu … A vrai dire … à vrai dire, j’aurais appelé mon exposé …
— Mais bien sûr. Donnez-nous le titre.
— Je vous remercie. Heu … Je l’appellerais ainsi : « Réalisabilité de machines pouvant se déplacer dans des espaces temporels de construction artificielle. »
— C’est très intéressant, approuva le grand maître. Mais je crois me souvenir qu’un de nos chercheurs, une fois déjà …
— Pardon, mais je voulais justement commencer par là.
— Ah ! oui … Je vous en prie, je vous en prie.
Au début, j’écoutai assez attentivement, avec intérêt même. Ces garçons s’occupaient de choses curieuses au plus haut point. Certains d’entre eux s’étaient attaqués au problème des déplacements dans le temps physique, sans résultat d’ailleurs. Quelqu’un dont j’ai oublié le nom, un vieux savant très connu, avait démontré, lui, qu’on peut transférer des corps matériels dans les mondes idéaux, c’est-à-dire dans les mondes créés par l’imagination humaine. En dehors de notre monde à nous, avec sa métrique de Riemann, son principe d’indétermination, son vacuum physique et son ivrogne de Brutus, il existe d’autres univers, bien vivants. Ce sont les mondes créés par l’imagination depuis le début de l’humanité. Le monde des représentations cosmologiques, par exemple, le monde des peintres, et même le monde, semi-abstrait, formé par des générations de musiciens.