Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
Des pas se firent entendre dans le corridor, la porte s’ouvrit sur Janus Polyeuctovitch qui, à son habitude, déclara’ : « Bon ». J’étais très gêné. Janus Polyeuctovich passa dans son bureau après avoir liquidé d’un froncement de sourcils mon cabinet de curiosités. Il était accompagné de Fédor Siméonovitch, de Cristobal Junta, un gros cigare au coin de la bouche, de Vybegallo, renfrogné et de Roman, l’air décidé. Ils paraissaient très pressés, très préoccupées et ne me prêtèrent aucune attention. La porte du bureau resta ouverte. Je me rassis avec un soupir de soulagement et découvris une grande tasse de café fumant et une assiettée de sandwiches. L’un de ces titans avait pensé à moi, lequel ? J’attaquai mon déjeuner tout en écoutant la conversation.
— Commençons par ce fait, disait Cristobal Junta avec un froid mépris, que votre « Maternité » se trouve exactement sous mon laboratoire. Après l’explosion qui s’est produite, j’ai dû attendre pendant dix minutes qu’on pose de nouveaux carreaux aux fenêtres de mon cabinet. J’ai la forte impression que vous êtes insensible à des arguments de caractère plus général, aussi ai-je adopté un point de vue purement égoïste.
— Mon cher, ce que je fais ne regarde que moi, répondait Vybegallo d’une voix de fausset. Je ne touche pas à votre étage, moi, et pourtant, depuis quelque temps, il y a constamment des fuites d’eau-de-vie. Tout mon plafond est humide et ça fait venir les punaises. Mais je laisse votre étage tranquille, alors laissez le mien en repos.
— Mon b-bon, commença Fédor Siméonovitch d’une voix de stentor, il f-faut t-tenir compte des c-com-plications p-possibles … Par exemple ; personne ne t-travaille avec le d-dragon au l-laboratoire, b-bien que t-tout soit ignifugé …
— Ce n’est pas un dragon que j’ai, mais un homme heureux ! Un géant de l’esprit ! Vous avez des raisonnements bizarres, camarade Kivrine, d’étranges analogies, qui ne sont pas de chez nous ! Un prototype d’homme idéal et une espèce de dragon lance-flammes sans conscience de classe !..
— Mon b-bon, il ne s’agit p-pas de c-classe, mais d-de l’incendie qu’il p-pourrait provoquer …
— Ça y est ! Encore ! L’homme idéal peut provoquer un incendie ! Vous devriez penser à ce que vous dites, Fédor Siméonovitch !
— Je p-parlais du d-dragon …
— Et moi, je parle de votre attitude ! Vous gommez, Fédor Siméonovitch ! Vous escamotez de toutes les façons ! Bien entendu, nous supprimons les contradictions entre le physique et le moral, entre la ville et la campagne … entre l’homme et la femme pour finir. Mais escamoter un abîme, ça non, nous ne vous le permettrons pas !
— Q-quel abîme ? Que d-diable cela signifie-t-il, Roman, à la fin des fins ?… V-vous lui avez déjà expliqué d-devant m-moi ! Je d-dis, Amvrossi Ambrouasovitch, que v-votre expérience est d-dange-reuse, comprenez-vous ?… Vous pouvez faire des dégâts dans la ville, vous comprenez ?…
— Je comprends parfaitement, moi. C’est moi qui ne laisserai pas l’homme idéal éclore en rase campagne, en plein vent !
— Amvrossi Ambrouasovitch, dit Roman, je peux encore une fois vous exposer mes arguments. L’expérience est dangereuse parce que …
— Roman Pétrovitch, voilà un bon moment que je vous observe et je n’arrive pas à comprendre comment vous pouvez appliquer de telles expressions à l’homme idéal. L’homme idéal est un danger, voyez-vous ça !
Roman, que son jeune âge rendait moins patient, n’y tint plus :
— Quel homme idéal ? cria-t-il. Parlez plutôt de votre génie-consommateur !
Le silence qui régna était de mauvais augure.
— Qu’avez-vous dit ? demanda Vybegallo d’une voix terrible. Répétez. Comment avez-vous appelé l’homme idéal ?
— Janus Polyeuct-tovitch, dit Fédor Siméonovitch, ce n’est v-vraiment p-pas p-possible, mon cher …
— Vous avez raison, camarade Kivrine, ce n’est pas possible ! s’exclama Vybegallo. L’expérience en cours aura un retentissement international. C’est un géant de l’esprit qui va naître ici, dans les murs de l’institut ! C’est un symbole ! Le camarade Oïra-Oïra, avec sa tendance au pragmatisme, envisage le problème de façon terre à terre. Le camarade Junta, lui aussi, fait preuve d’étroitesse d’esprit. Ne me regardez pas comme ça, camarade Junta, les gendarmes tsaristes ne m’ont pas fait peur, vous ne me ferez pas peur non plus ! Est-ce dans nos habitudes, camarades, de craindre les expériences ? Bien sûr, le camarade Junta, en tant qu’ex-étranger et ancien fonctionnaire ecclésiastique, peut commettre des erreurs pardonnables, mais vous, camarade Oïra-Oïra, et vous, Fédor Siméonovitch, vous êtes de simples Russes !
— Assez de d-démagogie ! éclata Fédor Siméonovitch. N’avez-vous pas honte de débiter de pareilles sornettes ? Je n’ai r-rien de s-simple, m-moi ! Et qu’est-ce que c’est que ce m-mot, « s-simple » ? Ce sont les d-doubles qui sont simp-ples !
— Je ne vous dirai qu’une chose, déclara Cristobal Junta, d’une voix neutre. Je ne suis qu’un simple ex-Grand Inquisiteur et j’interdirai l’accès à votre incubateur tant que je n’aurai pas la garantie que l’expérience sera effectuée au champ de manœuvre …
— A cinq kilom-mètres de la ville au m-minimum, ajouta Fédor Siméonovitch. Ou m-même dix …
Vybegallo n’avait pas du tout envie de transporter son attirail sur le champ de tir, où le temps était affreux, et où les cameramen manqueraient d’éclairage.
— Bien, dit-il, je comprends. Vous voulez placer un écran entre le peuple et la science. Dans ce cas-là, pourquoi pas à dix mille kilomètres ? Ou alors dans l’autre monde ? Ou quelque part dans l’Alaska, n’est-ce pas Cristobal Junta, c’est bien de là que vous venez ? Dites-le carrément. Et nous en prendrons note.
De nouveau ce fut le silence. Fédor Siméonovitch qui avait perdu le don de la parole, soufflait du nez, l’air menaçant.