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Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]

Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:

Vous êtes un programmeur scientifique et très réaliste.
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
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L’expérience m’avait laissé une impression pénible : assis dans l’immense fauteuil du bureau, je me demandais si Vybegallo était un imbécile ou un démagogue sans scrupules. La valeur scientifique de ses prototypes était nulle. N’importe quel chercheur ayant soutenu une thèse de magisme et ayant suivi des cours de transgression linéaire, était capable de créer des modèles à partir de ses propres doubles. Doter ces modèles de propriétés magiques était chose facile, car il existait des manuels, des précis et des tables pour étudiants en magie. Ces modèles n’avaient jamais rien démontré et d’un point de vue scientifique ne présentaient pas plus d’intérêt que les tours de carte ou que l’absorption d’épées. On pouvait bien sûr comprendre les malheureux journalistes qui collaient à Vybegallo comme des mouches à une poubelle. Pour un non-spécialiste tout cela était extraordinairement spectaculaire. Il était plus difficile de comprendre Vybegallo et son goût maladif des spectacles de cirque et des explosions publiques à l’intention de curieux, privés de la possibilité ( et du désir ) de comprendre le fond du problème. A l’exception de deux ou trois absolutistes qui adoraient donner des conférences de presse sur l’état des choses dans l’infini au retour d’une mission, personne à l’institut n’abusait des contacts avec les journalistes ; c’était très mal vu, et cela pour des raisons bien précises.

Le fait est que les résultats scientifiques les plus intéressants et les plus élégants ont très souvent cette particularité de paraître hermétiques, abscons et ennuyeux aux non-initiés. Les gens étrangers à la science, à l’heure actuelle, attendent d’elle des prodiges et rien que des prodiges ; ils sont pratiquement incapables de distinguer un véritable miracle scientifique d’un tour de passe-passe ou d’un saut périlleux intellectuel. La science de la magie et de la sorcellerie ne fait pas exception. Organiser sur un plateau de télévision un colloque de fantômes célèbres ou percer du regard un trou dans un mur de béton de cinquante centimètres est à la portée d’un grand nombre de spécialistes ; c’est absolument inutile, mais cela enthousiasme l’honorable assistance qui s’imagine mal à quel point la science a embrouillé les notions de fantastique et de réel. Mais essayez donc de trouver le lien qui rattache la propriété vrillante du regard aux caractéristiques philologiques du mot « béton », essayez de résoudre le problème connu sous le nom de Grand Problème d’Auers ! Oïra-Oïra l’a résolu, créant ainsi la théorie de l’identité fantastique et posant les bases d’un partage complètement nouveau de la magie mathématique. Mais presque personne n’a entendu parler de Oïra-Oïra ; en revanche, le professeur Vybegallo est célèbre ( « Comment, vous travaillez dans cet institut ? Et Vybegallo ? Qu’a-t-il encore inventé ? » ) La raison en est que les idées de Oïra-Oïra ne sont accessibles qu’à quelques centaines d’hommes sur la terre, et que parmi eux, on compte un fort pourcentage de membres correspondants, mais hélas ! pas un seul correspondant de presse. L’ouvrage de Vybegallo Fondements de la technologie de fabrication des chaussures auto chaussantes fit à l’époque un bruit considérable grâce à B. Pitomnik. ( Par la suite, on s’aperçut que ces fameuses chaussures coûtent plus cher qu’une moto, craignent la poussière et l’humidité. )

Il était tard. J’étais très fatigué et je dus m’assoupir sans m’en apercevoir. Je rêvai de choses répugnantes : moustiques gigantesques, barbus comme Vybegallo, seaux de petit-lait à voix humaine, cuve courte sur pattes qui dégringolait l’escalier. De temps en temps, un domovoï indiscret faisait une incursion dans mon rêve mais s’enfuyait à la vue de ces horreurs. Une sensation de douleur me réveilla et j’aperçus un moustique barbu qui essayait d’enfoncer sa trompe, grosse comme un stylo, dans mon mollet.

« Dehors ! » criai-je en envoyant un direct sur son œil globuleux.

Le moustique émit un gargouillis mécontent et recula. Il était gros comme un chien et taché de roux. J’avais dû prononcer en rêve une formule de matérialisation et sortir du néant ce lugubre animal. Je ne parvins pas à le lui faire réintégrer. Je m’armai alors d’un volume des Équations de magie mathématique, ouvris la fenêtre et le chassai dans le froid. Un tourbillon de neige s’en empara, il disparut dans l’obscurité.

Il était six heures du matin. Je tendis l’oreille. Tout était calme, soit que tous travaillassent avec zèle, soit que chacun fût rentré chez soi. Il me fallait faire encore une ronde, mais je n’avais pas envie de bouger. J’avais faim, je n’avais rien mangé depuis dix-huit heures. Je décidai d’envoyer un double à ma place.

J’étais très novice en matière de magie, n’ayant pas beaucoup d’expérience. S’il s’était trouvé quelqu’un dans les parages, je n’aurais jamais osé faire la démonstration de mon ignorance. Mais j’étais seul, aussi décidai-je de tenter le coup et de m’exercer un peu par la même occasion. Je dénichai la formule générale dans les Équations de magie mathématique, y substituai mes paramètres, effectuai toutes les manipulations nécessaires et prononçai les formules requises en vieux chaldéen. On a beau dire, étude et labeur viennent à bout de tout. Pour la première fois de ma vie, je réussis à fabriquer un double à peu près convenable. Tout était à sa place, et même il me ressemblait, si ce n’est que son œil gauche ne s’ouvrait pas et qu’il avait six doigts à chaque main. Je lui expliquai sa tâche, il hocha la tête, avança le pied et partit d’une démarche hésitante. Nous ne nous revîmes plus. Entra-t-il par mégarde dans le bunker de Gorynytch le Dragon, partit-il pour un éternel voyage sur la jante de la Roue de la Fortune, je n’en sais rien. Toujours est-il que je l’oubliai très vite, désireux que j’étais de me préparer un petit déjeuner.

N’étant pas exigeant, je ne souhaitai qu’une tasse de café et un sandwich au saucisson de docteur[16]. De façon inexplicable, ce fut une blouse de médecin, constellée de taches de graisse, qui apparut sur la table. Quand ma première réaction d’étonnement, bien naturelle, fut passée, j’examinai attentivement la blouse. Ce n’était ni du beurre ni même une matière grasse végétale. J’aurais dû détruire la blouse et recommencer à zéro, mais avec une présomption déplorable, je résolus de procéder par transformations successives. Une bouteille remplie d’un liquide noir se plaça à côté de la blouse, et celle-ci, au bout d’un certain temps, se mit à noircir sur les bords. Je concentrai mon imagination sur des représentations de tasse et de rosbif. La bouteille se métamorphosa en tasse, le liquide ne changea pas, une manche de la blouse se rétrécit, se tendit, roussit et s’agita. Transpirant d’angoisse, je constatai que c’était une queue de vache. J’allai me mettre dans un coin. Les choses n’allèrent pas au-delà de la queue, mais le spectacle était suffisamment sinistre comme cela. J’essayai encore une fois, la queue se transforma en épi. Les yeux fermés, j’essayai d’imaginer avec toute la netteté possible, une tranche de pain de seigle qu’on tartine de beurre — pris dans un beurrier de cristal — et sur laquelle on pose une rondelle de saucisson. Tant pis pour le saucisson de docteur, j’étais prêt à me contenter de cervelas. Pour le café, je décidai d’attendre. Quand j’ouvris prudemment les yeux, un grand morceau de cristal de roche était posé sur la blouse. Je soulevai le bloc de cristal, et du même coup le vêtement, inexplicablement soudé au minéral, et distinguai à l’intérieur du cristal le sandwich tant désiré. Je gémis et essayai en pensée de briser le cristal. Il se couvrit d’un fin réseau de craquelures, si bien que le sandwich disparut presque à ma vue. « Idiot, me dis-je, tu as mangé des milliers de sandwiches dans ta vie et tu n’es pas capable de les imaginer nettement. Ne te trouble pas, personne ne te voit, tu n’es pas à un examen. Essaie encore une fois. » J’essayai. J’aurais mieux fait de m’abstenir, car mon imagination se débrida, les associations les plus inattendues surgirent dans mon esprit. A mesure que j’essayais, la pièce se peuplait d’objets étranges. Beaucoup d’entre eux sortaient visiblement de mon subconscient, des jungles de la mémoire héréditaire, de peurs primitives depuis longtemps refoulées par les études supérieures. Ces objets avaient des membres et remuaient sans cesse, ils émettaient des sons répugnants, ils étaient obscènes, agressifs et se battaient tout le temps. J’étais affolé. Tout cela me rappelait la tentation de saint Antoine. Il y avait surtout un plat ovale sur pattes d’araignée, couvert de poils raides, qui m’était particulièrement désagréable. Je ne sais pas ce qu’il me voulait, mais il reculait dans un coin de la pièce, prenait son élan et me fonçait dessus à hauteur de genoux, et cela tant que je ne l’eus pas coincé contre le mur avec un fauteuil. Je parvins à détruire une partie des objets, les autres se réfugièrent dans les coins. Il resta le plat, la blouse et le cristal, plus le bol de liquide noir qui avait pris les dimensions d’un broc. Je le soulevai à deux mains et reniflai. A mon avis c’était de l’encre. Le plat, derrière son fauteuil, s’agitait et griffait le linoléum du plancher tout en poussant d’affreux sifflements. Je n’en menais pas large.

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16

Nom d’une sorte de saucisson.

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