Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
— Pardonnez-moi, intervint poliment Edik. Tous ses besoins seront-ils matériels ?
— Non ! bien entendu ! s’exclama Vybegallo. Les besoins spirituels se développeront en corrélation. Je vous ai déjà signalé que plus les besoins matériels sont nombreux, plus les besoins spirituels sont diversifiés. Ce sera un géant de l’esprit !
J’observais l’assistance. Un grand nombre de spectateurs étaient abasourdis. Les journalistes écrivaient éperdument. Certaines personnes, avec une étrange expression dans les yeux, regardaient alternativement l’incubateur et le troup qui ne cessait de manger. Stella, le visage enfoui dans mon épaule, pleurait et chuchotait : « Je vais partir, je ne peux plus rester, je m’en vais … » Je commençais à comprendre ce que craignait Roman. Je m’imaginai une énorme gueule ouverte dans laquelle s’engouffreraient, poussés par une force magique, bêtes, hommes, villes, continents, planètes et soleils …
B. Pitomnik s’adressa de nouveau à Vybegallo.
— Monsieur le professeur, quand et où aura lieu la démonstration du modèle universel ?
— Je réponds. La démonstration aura lieu ici, dans mon laboratoire. La presse sera informée en temps voulu.
— Cela doit-il se produire dans les prochains jours ?
— On pense que cela pourrait se produire dans les prochaines heures. Aussi les camarades de la presse feraient-ils bien d’attendre ici.
A ce moment, les doubles de Fédor Siméonovitch et de Cristobal Junta, comme s’ils obéissaient à un ordre, tournèrent les talons et s’en allèrent. Oïra-Oïra dit :
— Vous ne trouvez pas qu’il est dangereux d’organiser cette démonstration dans un local situé en pleine ville ?
— Nous n’avons rien à craindre, répondit Vybegallo d’un ton grave. Ce sont nos ennemis qui doivent craindre.
— Rappelez-vous, je vous ai dit qu’il était possible …
— Camarade Oïra-Oïra, vous n’êtes pas un expert en la matière. Il faut savoir distinguer, camarade Oïra-Oïra, le possible du réel, le hasard de la nécessité, la théorie de la pratique, et en général …
— Quand même, le terrain de manœuvre …
— Je n’expérimente pas une bombe, déclara Vybegallo d’une voix hautaine. J’expérimente un modèle d’homme idéal. Y a-t-il d’autres questions ?
Un petit malin du service du Savoir Absolu s’informa du régime de travail de l’incubateur. Vybegallo se lança dans des explications. Ses aides, toujours aussi maussades, rangèrent l’attirail culturel. Le troup s’empiffrait. Son costume noir craquait aux entournures. Roman l’examinait d’un œil scrutateur. Il dit à voix haute :
— J’ai une proposition. Tous ceux qui ne sont pas directement intéressés devraient quitter les lieux sans tarder.
Les regards se tournèrent vers lui,
— Dans un moment, ça va être très sale, expliqua-t-il. D’une saleté incroyable.
— C’est une provocation, dit Vybegallo dignement. Roman m’entraîna vers la porte. J’emmenai Stella, les autres nous suivirent. A l’institut, on faisait confiance à Roman, pas à Vybegallo. Des personnes étrangères au service, il n’était resté que les deux journalistes.
— Que va-t-il se passer ? demandait-on à Roman. Quelle saleté ?
— Il va éclater, répondait-il sans quitter la porte des yeux.
— Qui ? Vybegallo ?
— Pauvres journalistes, dit Edik. Écoute, Sacha, les douches marchent aujourd’hui ?
La porte s’ouvrit, deux aides sortirent, portant la cuve et les seaux vides. Un troisième, l’air inquiet, les accompagnait en disant : « Laissez-moi vous aider, les gars, c’est lourd … »
— Fermez la porte, conseilla Roman.
Le troisième aide la ferma puis vint à nous et sortit ses cigarettes. Ses yeux, égarés, bougeaient constamment.
— Ça va barder … souffla-il. Pronitsatelny est un idiot, je lui ai fait un clin d’œil … Ce qu’il peut bouffer ! C’est affolant ce qu’il bouffe !..
— Il est deux heures vingt-cinq … commença Roman. Un bruit énorme retentit. Il y eut un fracas de verre brisé. La porte craqua et sortit de ses gonds. Un appareil de photo et une cravate filèrent devant nos yeux. Nous reculâmes, Stella poussa un petit cri.
— Du calme, dit Roman. C’est fini. Un consommateur de moins sur la terre.
L’aide, blanc comme un linge, tirait sur sa cigarette. Des clapotis, des quintes de toux, des jurons étouffés nous parvenaient du laboratoire. L’odeur était plutôt nauséabonde. Je balbutiai sans conviction : — Il faudrait peut-être aller voir …
Personne ne réagit. Les regards posés sur moi étaient compatissants. Stella pleurait doucement et me tenait par mon blouson. Quelqu’un expliquait à voix basse : « Il est de garde aujourd’hui, tu comprends ?… Il faut bien que quelqu’un y aille … »
Je fis quelques pas hésitants en direction de la porte, mais à ce moment, Vybegallo et les deux journalistes, accrochés les uns aux autres, sortirent du laboratoire. Seigneur, dans quel état étaient-ils !
Reprenant mes esprits, je pris le sifflet de platine et appelai l’équipe de domovoï-secouristes qui accourut tout de suite.
V
Croyez-moi, c’était le plus effroyable spectacle de la terre.