Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
Il y a quelques années, un disciple de ce savant avait fabriqué une machine sur laquelle il partit voyager dans le monde des représentations cosmologiques. Un contact télépathique unilatéral fut maintenu pendant quelque temps, et l’explorateur eut le temps de transmettre qu’il se trouvait au bord de la Terre plate, qu’il apercevait en contrebas la trompe d’un des trois éléphants qui la soutenait et qu’il avait l’intention de descendre jusqu’à la tortue. Depuis on était resté sans nouvelles de lui.
Louis Sedlovoï ne manquait pas de talent, mais il souffrait de séquelles paléolithiques au niveau de la conscience et se voyait contraint pour cette raison de se raser régulièrement les oreilles. Il avait construit une machine destinée aux voyages dans le temps décrit. D’après lui, le monde dans lequel vivent et agissent Anna Karénine, don Quichotte, Sherlock Holmes, Grigori Melekhov et même le capitaine Nemo existe réellement. Ce monde possède des caractéristiques et des propriétés fort curieuses, et les hommes qui le peuplent sont d’autant plus réels, individualisés et intéressants que la peinture qui en a été faite par les auteurs des œuvres correspondantes est passionnée, véridique et prestigieuse.
Tout cela me captivait, parce que Sedlovoï, pris par son sujet, était vivant et convaincant. Mais ensuite, se rendant compte que ce qu’il disait ne faisait pas très scientifique, il accrocha au mur des schémas et des graphiques, et se lança dans des explications très techniques et ennuyeuses où il était question de pignons coniques, de transmissions temporelles et de volant de pénétration. Je perdis très vite le fil de son discours et me mis à regarder l’assistance.
Le grand maître dormait majestueusement, de temps en temps, un mouvement réflexe soulevait son sourcil droit, comme si le possesseur avait réagi avec étonnement aux paroles du conférencier. Dans les rangs du fond, on jouait à la bataille navale fonctionnelle dans l’espace de Banach. Deux garçons de laboratoire prenaient consciencieusement des notes, le désespoir et la résignation la plus totale se peignaient sur leur visage. Quelqu’un fumait en cachette en rejetant la fumée entre ses genoux. Au premier rang, les grands maîtres et les bacheliers écoutaient attentivement, préparant questions et remarques. Certains souriaient ironiquement, d’autres semblaient perplexes Le patron de Sedlovoï hochait la tête d’un air approbateur. Je regardai par la fenêtre et ne vis qu’une affreuse bâtisse de brique et des gosses qui passaient en courant, des cannes à pêche à la main.
Puis Sedlovoï déclara qu’il avait achevé son introduction et qu’il aimerait faire une démonstration de sa machine.
— C’est intéressant, très intéressant, dit le grand maître, tiré de sa somnolence. — Alors ? C’est vous qui allez partir ?
— Voyez-vous, expliqua Sedlovoï, je préférerais rester ici pour donner des éclaircissement sur le déroulement du voyage. Quelqu’un parmi l’assistance, peut-être ?…
Les auditeurs se recroquevillèrent. Tout le monde devait se rappeler le sort mystérieux réservé à l’explorateur de la Terre plate. Un grand maître proposa d’envoyer un double. Sedlovoï dit que ce ne serait pas intéressant, parce que les doubles sont peu réceptifs aux excitations extérieures et sont de mauvais transmetteurs d’information.
— De quelle sorte d’excitations extérieures s’agit-il ? demanda quelqu’un dans les rangs du fond. Sedlovoï répondit : — Les excitations habituelles : visuelles, olfactives, tactiles et acoustiques. Alors le même, dans le fond, demanda quelles sortes de sensations tactiles prédomineraient. Sedlovoï écarta les bras et dit que cela dépendait du comportement du voyageur et des endroits où il se trouverait. « Ah !.. », fit-on dans les rangs de derrière, et plus personne ne posa de questions. Sedlovoï nous regardait d’un air déprimé. Chacun fuyait son regard tandis que le grand maître disait : — Allons ! Hé bien, les jeunes ! Alors ? Qui ? Je me levai et me dirigeai sans un mot vers la machine. Je ne supporte pas le spectacle d’un conférencier à l’agonie ; c’est pitoyable douloureux et gênant.
Dans le fond, des types me crièrent : — Sacha, qu’est-ce que tu fais ! Tu n’es pas fou ! Les yeux de Sedlovoï étincelèrent.
— Si vous le permettez, j’irai, dis-je.
— Mais je vous en prie, mais bien sûr ! balbutiait Sedlovoï qui me tirait vers l’engin en me tenant par le doigt.
— Un petit instant, dis-je en me dégageant délicatement. Ce sera long ?
— Mais comme vous voudrez ; Je ferai ce que vous me direz … Et puis c’est vous qui conduirez ! C’est très facile ! Il m’attrapa et m’entraîna vers la machine. — Ça, c’est le guidon. Ça, c’est la pédale d’embrayage sur la réalité. Ça, c’est le frein. Vous savez conduire ? Parfait ! Où voulez-vous aller, dans le passé ou dans l’avenir ?
— Dans l’avenir.
— Ah … fit-il, un peu déçu, me sembla-t-il. Dans le futur décrit … C’est-à-dire, les romans d’anticipation, les récits fantastiques. Oui, c’est intéressant aussi. Mais dites-vous bien que c’est un futur mathématiquement discret, il doit y avoir d’énormes vides temporels qu’aucun écrivain n’a comblés. D’ailleurs, ça n’a pas d’importance … Donc, vous appuyez deux fois sur cette touche. Une fois, maintenant, au départ, et la deuxième fois, quand vous voudrez rentrer. Vous comprenez ?
— Oui. Et si quelque chose se détraque ?
— Il n’y a absolument aucun danger. A la moindre anicroche, ne serait-ce qu’un grain de poussière entre les contacts, vous reviendrez immédiatement.
— De l’audace, jeune homme, dit le grand maître. Vous nous raconterez comment ça se passe dans le futur, ah ! ah ! ah !..
Je me hissai en selle sans regarder personne, car je me sentais ridicule.
— Appuyez, appuyez, chuchotait avec ardeur Sedlovoï. Je pressai la touche. C’était sans doute le démarreur. La machine tressauta, pétarada, puis se mit à vibrer régulièrement.
— L’arbre est courbé, murmura Louis avec dépit. Mais ça ne fait rien, rien du tout. Passez en première. Voilà, et maintenant lâchez les gaz !
C’est ce que je fis tout en appuyant en douceur sur la pédale. Le monde s’obscurcit. La dernière phrase que j’entendis fut cette tranquille question du grand maître : « Et comment allons-nous l’observer ?… » La salle de conférence disparut.
II
La seule différence entre le temps et n’importe laquelle des trois dimensions de l’espace, c’est que notre conscience se meut dans le temps.