À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Comme on obéit maintenant aux ordres du chef, dit Hresh.
— Oui, dit Hamiel, comme on obéit maintenant aux ordres du chef.
— Alors, tu sais déjà ce qu’est la royauté, poursuivit Hresh. Que veux-tu savoir d’autre ?
— Je veux que tu me dises que cela existait vraiment.
— Que des hommes étaient rois sur la Grande Planète ? dit Hresh avec un haussement d’épaules.
C’était une question sur laquelle il ne s’était jamais penché. Et même s’il S’avait fait, il aurait certainement évité de fournir des détails à Harruel ou à n’importe qui d’autre que Koshmar. Les chroniques servaient avant tout à guider le chef de la tribu et non à distraire tout un chacun.
— Je ne sais pas grand-chose sur la royauté, dit Hresh. Pas beaucoup plus que ce que tu viens de me dire.
— Mais tu peux en savoir plus long, non ?
— Je trouverai peut-être des détails dans les chroniques, répondit prudemment Hresh.
— Cherche bien et dis-moi tout. J’ai la conviction que la royauté n’aurait pas dû être abandonnée. Si la Grande Planète doit renaître, il nous faut savoir ce qui se passait à l’époque de sa splendeur. Fouille dans tes livres, mon garçon, et dis-moi tout ce qu’il y a à savoir.
— Il ne faut plus m’appeler « mon garçon », dit Hresh.
Harruel partit d’un nouvel éclat de rire, mais, cette fois, ses yeux ne pétillaient plus.
— Fouille donc dans tes livres, chroniqueur. Et dis-moi tout ce qu’il y a à savoir… l’ancien !
Harruel s’éloigna à grandes enjambées et Hresh le suivit d’un regard craintif en songeant que cette démarche ne pouvait être synonyme que d’ennuis, voire de danger. Il caressa nerveusement l’amulette de Thaggoran et, dès le soir, il commença à chercher dans les livres tout ce qu’il pouvait trouver sur la royauté. Ce qu’il découvrit ne fît que confirmer ses craintes.
Hresh se dit qu’il devrait peut-être raconter toute l’histoire à Koshmar.
Mais il n’en fit rien. Il ne communiqua pas non plus à Harruel le résultat de ses recherches et le guerrier ne lui demanda rien d’autre sur la royauté. Leur conversation demeura confidentielle, comme un secret qui les liait.
Koshmar sentait souffler le vent de la défaite. Si seulement Thaggoran était là pour la guider ! Mais Thaggoran n’était plus de ce monde et le nouveau chroniqueur n’était encore qu’un enfant. Hresh était vif et zélé, mais il lui manquai t la profondeur de Thaggoran et sa longue pratique des siècles passés.
Il lui fallait maintenant regarder les choses en face : elle ne pouvait plus espérer continuer très longtemps ainsi. Les grognements avaient repris, mais avec beaucoup plus de force. Certains murmuraient déjà avec insistance que leur longue errance n’avait ni rime ni raison. Harruel s’était affirmé comme le chef de cette faction et il déclarait dans le dos de Koshmar qu’il convenait maintenant de s’installer sur des terres fertiles et d’y construire un village. Torlyri l’avait surpris en train de haranguer un petit groupe d’hommes. Dans le cocon, il eût été impensable d’envisager qu’on batte ainsi en brèche l’autorité du chef, mais hélas ! ils n’étaient plus dans le cocon. Koshmar commençait à s’imaginer qu’elle risquait d’être déchue de son pouvoir. Celle qui devait sauver la race humaine ne serait plus qu’un chef renversé comme tant d’autres !
Et s’ils la déposaient, lui laisseraient-ils seulement la vie sauve ? La tradition était muette sur le chapitre de la déposition d’un chef et sur le sort qui lui était réservé.
Koshmar avait laissé dans le cocon la pierre noire et luisante renfermant l’âme des chefs qui l’avaient précédée. Elle n’avait conservé que leurs noms qu’elle répétait interminablement. Mais peut-être les noms n’avaient-ils aucun pouvoir sans la pierre, pas plus que la pierre n’avait de pouvoir sans les noms.
Thekmur. Nialli. Sismoil. Lirridon. Si vous êtes encore avec moi, le moment est venu de me guider !
Mais les chefs défunts ne se manifestaient pas. Koshmar se tourna vers Hresh pour lui demander conseil. Le jeune chroniqueur était le seul avec qui elle avait cessé de faire semblant de suivre la volonté des dieux.
— Qu’allons-nous faire ? demanda-t-elle.
— Il faut demander de l’aide, répondit l’enfant.
— A qui ?
— A toutes les créatures que nous rencontrerons sur la route.
Koshmar était sceptique, mais il fallait tout essayer. De ce jour, chaque fois que la petite troupe rencontrait un être vivant doté d’une intelligence, aussi minime fût-elle, Koshmar le faisait capturer et le calmait. Puis, à l’aide de sa seconde vue et de son organe sensoriel, elle s’efforçait d’obtenir de lui ce qu’elle voulait savoir.
Le premier fut une curieuse créature charnue et toute ronde, une grosse tête sans corps mais avec une douzaine de petites pattes. Tout son corps fut parcouru de frissons d’excitation quand Koshmar sonda son esprit pour y chercher des images de Vengiboneeza. Mais elle ne put rien obtenir d’autre que ces frissons. D’un trio d’animaux à la fourrure bleue, montés sur d’interminables pattes et qui semblaient n’avoir qu’un seul cerveau, elle obtint un bourdonnement intense accompagné de grognements en réponse à sa question sur les villes qui se trouvaient à l’occident. Ce fut ensuite un hideux animal de la forêt, haut comme deux hommes, aux griffes recourbées et à la fourrure orange et nauséabonde, qui partit d’un grand rire rauque et projeta l’image de hautes tours à moitié dévorées par la végétation.
— Tout cela ne nous mène nulle part, dit Koshmar à Hresh.
— Mais ces animaux sont intéressants, Koshmar.
— Intéressants ! Nous pourrions mourir cent fois dans ce désert et tu trouverais cela intéressant, non ?
Elle demanda quand même à son chroniqueur de donner un nom à tous ces animaux avant de les relâcher et elle lui fit noter ces noms dans son livre. Aux yeux de Koshmar, il était très important de donner des noms. Tous ces animaux devaient faire partie d’espèces récentes qui n’étaient apparues qu’après la destruction de la Grande Planète, ce qui expliquait pourquoi on ne trouvait rien sur elles dans les chroniques. Koshmar estimait qu’en leur donnant un nom l’espèce humaine commençait à établir sa domination sur elle, car elle n’avait pas renoncé à l’espoir que le Peuple deviendrait le maître de la planète du Printemps Nouveau. Mais chaque fois que Hresh, après un long moment de réflexion, lui proposait un nom nouveau, elle éprouvait un sentiment de futilité. Ils étaient perdus sur cette planète hostile et ils erraient en cherchant désespérément un but.
Koshmar se sentait gagnée par un profond pessimisme.
Mais un jour où la tribu longeait un lac immense, au cœur d’une région de marécages, les eaux sombres commencèrent à frémir à leur passage, puis se mirent à bouillonner avec violence. Des profondeurs émergea lentement un animal gigantesque, d’une longueur démesurée, mais si frêle qu’il semblait à la merci du moindre coup de vent. Ses membres pâles et grêles servaient uniquement d’appui au tube interminable de son corps. En voyant l’animal s’élever dans le ciel juste devant eux, Koshmar leva les bras pour se protéger le visage tandis qu’Harruel brandissait sa lance en rugissant et que les plus peureux prenaient la fuite.