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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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— Et implorons pardon.

— Et implorons pardon.

— Pour nos péchés actuels et potentiels.

— Pour nos péchés actuels et potentiels.

— Et nous prions que nous soient accordés la compréhension et le repos.

— Et nous prions que nous soient accordés la compréhension et le repos.

— Tout au long de nos jours jusqu’à la rédemption.

— Tout au long de nos jours jusqu’à la rédemption.

Tout en prononçant les versets, nous étreignions les sphères lisses de nos pierres d’étoile aussi froides que des fleurs de givre et nous communions avec la Volonté.

Ainsi nous dirigions-nous vers Jorslem, arpentant un monde qui n’appartenait plus à l’homme.

2

Ce fut du côté talyen du Pont de Terre qu’Olmayne se montra pour la première fois cruelle envers moi. Elle était cruelle de nature — j’en avais amplement eu la preuve à Perris — mais depuis le début de notre Pèlerinage, pendant les longs mois qu’il nous avait fallu pour franchir les montagnes, traverser Talya dans toute sa longueur et atteindre le Pont, elle n’avait pas sorti ses griffes.

Ce jour-là, nous avions fait halte car un détachement d’envahisseurs remontait de Frique. Ils étaient une vingtaine : grands, les traits rudes, fiers d’être les maîtres de la Terre conquise. Ils étaient à bord d’un étincelant véhicule de leur fabrication, couvert, long et étroit, muni d’épais manchons couleur sable et percé de petites fenêtres. On voyait de loin le nuage de poussière qu’il soulevait.

C’était la saison chaude. Le ciel était, lui aussi, de la couleur du sable et des nappes de réverbération, terribles et flamboyants flux d’énergie turquoise et or, le sillonnaient. Nous étions peut-être une cinquantaine de voyageurs plantés au bord de la route, le dos tourné à Talya, face au continent fricain. Nous formions un groupe hétéroclite, il y avait des Pèlerins comme Olmayne et moi qui se rendaient à la cité sainte de Jorslem, mais aussi tout un échantillonnage de déracinés des deux sexes qui erraient de continent en continent sans but précis. Je notai la présence de cinq anciens Guetteurs ainsi que de plusieurs Coteurs, d’une Sentinelle, de deux Communicants, d’un Scribe et même de quelques Elfons. Agglutinés en désordre, nous laissions la route aux envahisseurs.

Le Pont de Terre n’est pas large et ne permet pas qu’on y passe en grand nombre à la fois. Cependant, en temps normal, la circulation se fait toujours dans les deux sens. Mais nous avions peur de nous engager alors que les envahisseurs étaient si près et nous restions timidement serrés les uns contre les autres, les yeux fixés sur nos conquérants qui approchaient.

L’un des Elfons se détacha du groupe de ses congénères et avança vers moi. Il était de petite taille pour une créature de sa race mais avait de robustes épaules. Il donnait l’impression d’être à l’étroit dans une peau trop juste pour sa stature. Ses yeux globuleux étaient ourlés de vert. Ses cheveux poussaient en épais faisceaux largement espacés qui faisaient comme des colonnettes et son nez était presque inexistant de sorte que ses narines semblaient pointer de sa lèvre supérieure. Cependant, il était moins grotesque que la plupart des Elfons et un soupçon de bizarre gaieté paraissait émaner de lui.

Il demanda d’une voix qui n’était guère plus qu’un soupir :

— Crois-tu que nous en ayons encore pour longtemps, Pèlerin ?

Autrefois, on n’adressait pas la parole à un Pèlerin sans y être invité — surtout lorsqu’on était un Elfon. Je n’attachais, pour ma part, aucune importance à cet usage, mais Olmayne recula avec un grondement de dégoût.

— Il faut attendre que nos maîtres nous permettent de passer, répondis-je. Avons-nous le choix ?

— Non, ami, nous n’avons pas le choix.

En entendant cet « ami », Olmayne poussa un nouveau grognement et foudroya le petit Elfon du regard. Il la dévisagea. Il était en colère car, soudain, six bandes parallèles de pigments écarlates scintillèrent sous la peau lustrée de ses joues. Mais il se contenta de s’incliner courtoisement et dit :

— Je me présente. Bernalt, naturellement hors-confrérie, natif de Nayrub, en Frique profonde. Je ne vous demanderai pas vos noms, Pèlerins. Vous allez à Jorslem ?

— Oui, lui répondis-je tandis qu’Olmayne lui tournait délibérément le dos. Et toi ? Tu rentres à Nayrub au terme d’un voyage ?

— Non. Je vais aussi à Jorslem.

Instantanément, la sympathie que l’aménité de l’Elfon avait suscitée en moi s’effaça, remplacée par une réaction d’hostilité. Il m’avait été donné de voyager en compagnie d’un autre Elfon — un faux Elfon, au demeurant — qui, lui aussi, suait le charme. Une fois, cela suffisait !

— Peut-on savoir ce qu’un Elfon a à faire à Jorslem ? lui demandai-je, sec et distant.

Ma froideur ne lui échappa pas et je pus lire de la tristesse dans ses yeux saillants.

— Je te rappelle que nous avons, nous aussi, le droit de visiter la cité sainte. Même nous ! As-tu peur que les Elfons s’emparent à nouveau de l’autel de la jouvence comme ils l’ont fait il y a mille ans avant d’être interdits de confrérie ? (Il éclata d’un rire sans joie.) Je ne menace personne, Pèlerin. Peut-être suis-je hideux d’apparence mais je ne suis pas dangereux. Qu’il plaise à la Volonté de t’accorder ce que tu cherches.

Et, après un salut respectueux, il rejoignit les autres Elfons.

Olmayne virevolta pour me faire face, visiblement furieuse.

— Pourquoi parles-tu à ces créatures immondes ?

— Cet homme m’a abordé. Il était mû par des sentiments amicaux. Ici, toutes les castes sont confondues, Olmayne, et…

— Un homme ! Tu appelles un Elfon un homme ?

— Ils sont humains.

— A peine ! Ces monstres me répugnent, Tomis. Quand ils m’approchent, j’ai la chair de poule. Si j’en avais le pouvoir, je les bannirais de la planète !

— Où donc est la sérénité et la tolérance qui doivent animer les Souvenants ?

La raillerie qui perçait dans ma question la cingla.

— Nous ne sommes pas obligés d’aimer les Elfons, Tomis. Ils sont l’une des plaies qui ont fondu sur la Terre — une parodie d’humanité, les ennemis de la beauté et de la vérité. Je ne peux pas les supporter !

Elle n’était pas la seule à afficher de pareils sentiments, mais je n’eus pas le temps de lui faire honte de son étroitesse d’esprit car l’engin des envahisseurs arrivait à notre hauteur et j’espérais que nous pourrions nous remettre en marche lorsqu’il serait passé. Mais il ralentit, s’arrêta, et plusieurs de ses occupants mirent pied à terre. Sans hâte ils marchèrent vers notre groupe, leurs bras démesurés oscillant comme des cordes molles.

— Qui est le chef ? s’enquit l’un d’eux.

Personne ne répondit. En effet, les voyageurs que nous étions étaient indépendants et n’avaient de comptes à rendre à aucune autorité.

— Il n’y a pas de chef ? reprit l’envahisseur avec impatience après un moment. Eh bien, écoutez tous. Il faut dégager la route. Un convoi approche. Retournez à Palerm et attendez jusqu’à demain.

— Mais, commença le Scribe, je dois être en Ogypte avant…

— Le Pont de Terre est fermé pour aujourd’hui. Retournez à Palerm.

Il s’exprimait calmement. Les envahisseurs ne sont jamais ni arrogants ni impérieux. Ils ont le flegme et l’assurance qui sont le propre des propriétaires légitimes.

Le Scribe frissonna et ses mâchoires frémirent mais il n’ajouta rien. Quelques voyageurs avaient l’air d’avoir envie de protester. La Sentinelle se détourna et cracha. Un homme qui arborait fièrement sur la joue la marque de la confrérie décimée des Défenseurs serra les poings, luttant visiblement pour contenir sa rage. Les Elfons échangèrent quelques mots à mi-voix. Bernalt m’adressa un sourire amer et haussa les épaules.

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