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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Les détecteurs qui nous avaient repérés alertèrent les filières et une sorte de toile d’araignée dorée se matérialisa soudain en travers de la route. Les palpeurs du véhicule la décelèrent et donnèrent aussitôt l’ordre de faire halte. Nous vîmes sur les écrans une douzaine d’humains se rassembler.

— Ce sont des bandits ? demanda Olmayne.

— Pire, répondit le Marchand. Ce sont des traîtres. (L’œil flamboyant, il se pencha sur l’embouchure du communicateur.) Qu’y a-t-il ?

— Descendez. Inspection.

— Par ordre de qui ?

— Du procurateur de Marsay.

Des humains faisant la police pour le compte des envahisseurs… quelle triste chose ! Mais il était inévitable que des Terriens se mettent au service de l’occupant car les emplois étaient rares, surtout pour ceux qui avaient appartenu aux anciennes confréries de défense. Le Marchand commença à désoperculer le véhicule étanche, ce qui était une opération compliquée. Il bouillait de rage mais il n’y avait rien à faire : impossible de forcer le barrage.

— Je suis armé, nous murmura-t-il. Attendez dans la voiture et n’ayez pas peur.

Il mit pied à terre et entama avec les gardes routiers d’interminables palabres. Nous n’entendions rien. Finalement, la conférence dut aboutir à une impasse exigeant l’arbitrage de l’autorité supérieure car trois envahisseurs surgirent. Ils firent signe à leurs agents stipendiés de s’en aller et entourèrent le Marchand. L’attitude de ce dernier changea aussitôt. Une expression bonasse et retorse se peignit sur ses traits, ses mains s’agitèrent avec une éloquence fébrile tandis que ses yeux scintillaient. Les envahisseurs furent surpris de voir des Pèlerins en si opulent équipage mais ils ne nous firent pas descendre. La conversation se prolongea encore un peu, puis le Marchand remonta à bord du véhicule qu’il réopercula. La toile d’araignée se dématérialisa et nous reprîmes à vive allure la route de Marsay.

Après une litanie de jurons, le Marchand s’exclama :

— Vous savez ce que je ferais, moi, pour nous débarrasser de ces charognes de longs-bras ? Tout ce qu’il faudrait, c’est de la coordination. Une nuit des grands couteaux : un Terrien sur dix serait chargé de liquider un envahisseur. On les aurait tous.

— Pourquoi personne n’a donc eu l’idée d’organiser un mouvement de ce genre ? ripostai-je.

— C’est le boulot des Défenseurs. La moitié d’entre eux sont morts et le reste est à leur solde. Ce n’est pas à moi de mettre sur pied un mouvement de résistance mais c’est ça qu’il faudrait faire. La guérilla ! Les prendre en douce par-derrière et un bon coup de lame ! Vite fait. Rien de tel que les bonnes vieilles méthodes du premier cycle. Elles n’ont rien perdu de leur valeur.

— D’autres envahisseurs arriveraient en nombre encore plus grand, laissa tomber Olmayne sur un ton morose.

— Ils subiraient le même sort !

— Et ils nous noieraient sous un déluge de feu en représailles. Ils anéantiraient la planète.

— Ils se prétendent Civilisés, plus civilisés que nous. Un acte aussi barbare les discréditerait aux yeux d’une foule de Mondes. Non, ils ne riposteraient pas par le feu. Ils finiraient par en avoir assez de recommencer jour après jour la conquête, assez d’essuyer de telles pertes. Alors, ils s’en iraient et nous recouvrerions la liberté.

— Sans que nous ayons payé nos fautes anciennes ? demandai-je.

— Que veux-tu dire par là, vieillard ?

— C’est sans importance.

— Je suppose qu’aucun de vous deux ne nous rejoindrait si nous passions à l’action ?

— Autrefois, j’étais un Guetteur. J’avais consacré ma vie à la protection de la Terre. Je n’éprouve pas plus de sympathie que toi envers nos maîtres et je ne suis pas moins désireux que toi de les voir déguerpir. Mais ce plan n’est pas seulement irréaliste : il est en outre dépourvu de valeur morale. Un bain de sang ne ferait que contrarier les desseins que la Volonté a conçus à notre égard. C’est par des moyens plus nobles que nous devons reconquérir notre liberté. Cette épreuve ne nous a pas été imposée simplement pour que nous nous livrions à un travail de boucherie.

Il me décocha un regard méprisant et lâcha dédaigneusement.

— J’oubliais que je m’adressais à des Pèlerins. Soit ! N’en parlons plus. D’ailleurs, ce n’était pas sérieux. Au fond, vous appréciez peut-être la situation actuelle. Qu’est-ce que j’en sais ?

— Je ne l’apprécie pas.

Il se tourna vers Olmayne. J’en fis autant car je m’attendais à moitié qu’elle lui dise que j’avais déjà apporté ma pierre à la collaboration avec les conquérants. Mais, heureusement, elle demeura muette sur ce sujet. Elle observa le même silence plusieurs mois durant jusqu’au jour infortuné où, cédant à l’impatience à l’orée du Pont de Terre, elle me fit grief de mon unique manquement.

A Marsay, nous prîmes congé de notre bienfaiteur, passâmes la nuit dans une auberge de Pèlerins et, le lendemain matin, nous reprîmes la route qui suivait la côte. Nous traversâmes d’aimables régions où l’envahisseur pullulait, tantôt à pied, tantôt à bord d’un chariot de paysan. Nous fûmes pris une fois par des conquérants en goguette. Nous fîmes un grand détour pour éviter Roum et obliquâmes en direction du sud. C’est ainsi que nous arrivâmes au Pont de Terre, que nous y fûmes retardés et que nous nous querellâmes avant d’être autorisés à traverser l’étroite langue de sable qui relie les continents que le lac sépare. Et nous entrâmes enfin en Frique.

4

Après la longue traversée du Pont dans la poussière, quand nous fûmes de l’autre côté, nous tombâmes sur une auberge crasseuse au bord du lac. Ce fut là que nous passâmes notre première nuit fricaine. C’était une bâtisse chaulée, carrée, pratiquement sans fenêtres entourant une fraîche cour intérieure. La clientèle était presque entièrement composée de Pèlerins mais elle comprenait aussi un certain nombre de membres d’autres confréries, surtout des Vendeurs et des Transporteurs. Une chambre d’angle était occupée par un Souvenant qu’Olmayne s’obstina à éviter bien qu’elle ne le connût pas. Elle voulait simplement oublier tout ce qui pouvait lui rappeler son ancienne confrérie.

L’Elfon Bernait était l’un des hôtes de l’établissement. En vertu des nouvelles dispositions édictées par les envahisseurs, les Elfons étaient autorisés à loger dans n’importe quelle auberge publique et plus seulement dans celles qui leur étaient destinées, mais le trouver là avait néanmoins quelque chose d’insolite. Nous le croisâmes dans un couloir. Il ébaucha un sourire en me voyant, parut sur le point de m’adresser la parole mais son sourire s’effaça et la lueur qui s’était allumée dans ses yeux s’éteignit. Sans doute s’était-il rendu compte que je n’étais pas disposé à nouer des rapports d’amitié avec lui. Ou qu’il se rappelait tout bonnement que les règles de la congrégation interdisaient aux Pèlerins de frayer avec les hors-confrérie. Elles avaient toujours force de loi.

Après avoir soupé d’un potage graillonneux et de bouilli, j’accompagnai Olmayne à sa chambre.

— Attends, fit-elle comme je commençais à lui souhaiter une bonne nuit. Nous allons communier ensemble.

— On m’a vu entrer chez toi, objectai-je. Si je reste trop longtemps, cela fera jaser.

— Eh bien, allons chez toi.

Elle jeta un coup d’œil au-dehors. Tout était désert. Me prenant le poignet, elle m’entraîna en courant de l’autre côté du corridor et nous entrâmes en trombe dans ma chambre. Elle referma et scella la porte gondolée.

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