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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Notre Marchand menait grand train. On aurait dit que, pour lui, la défaite n’avait jamais eu lieu. A son aune, la longue décadence du troisième cycle elle-même était lettre morte. Son véhicule autopropulsé mesurait quatre longueurs d’homme et cinq personnes pouvaient y tenir à l’aise. C’était comme une matrice protégeant efficacement ses occupants du monde extérieur. Il n’y avait pas de vision directe mais tout un jeu d’écrans révélant à la demande ce qui se passait au-dehors. Une fois réglée, la température demeurait constante. Des robinets servaient à volonté des boissons plus ou moins alcoolisées, il y avait des tablettes nutritives à profusion et des coussins à compression mettaient les voyageurs à l’abri des cahots. L’éclairage était dispensé par des lumières asservies obéissant aux caprices du conducteur. Un bonnet à pensées était fixé à côté du siège principal mais je n’ai jamais su si notre homme avait un cerveau en conserve pour son usage personnel quelque part dans les entrailles de la voiture ou s’il s’amusait à entrer en contact à distance avec les silos à mémoire des cités qu’il traversait.

C’était un personnage pompeux et corpulent. Indiscutablement un sybarite. Le teint olivâtre, un épais toupet noir abondamment huilé, des yeux sombres et scrutateurs, il était fier de son bon sens et de la façon dont il maîtrisait un environnement incertain. Il faisait commerce de denrées alimentaires d’importation, échangeant nos grossiers produits finis contre les friandises d’outre-espace. Il se rendait à Marsay pour examiner une livraison d’insectes hallucinatoires récemment arrivée d’une des planètes de la Ceinture.

— Elle vous plaît, ma voiture ? nous demanda-t-il en voyant que nous étions ébahis. (Olmayne, qui avait des goûts de luxe, examinait avec une stupéfaction manifeste l’épaisse garniture de brocart enrichie de diamants.) Elle appartenait au comte de Perris. Oui, sans blague, au comte de Perris en personne. Ils ont transformé son palais en musée, vous savez.

— Je sais, murmura-t-elle.

— C’était son carrosse. En principe, il faisait partie de la collection du musée mais je l’ai acheté à un envahisseur prévaricateur. Vous ne saviez pas que la corruption existait aussi chez eux, hein ? (Le Marchand éclata d’un rire sonore et le revêtement sensible du véhicule se rétracta de répulsion.) En l’occurrence, c’était le petit ami du procurateur. Eh oui, chez eux aussi, ça existe également. Il cherchait à se procurer une racine bizarroïde qui pousse sur une des planètes des Poissons pour donner un coup de fouet à sa virilité, si vous voyez ce que je veux dire, et il lui est revenu que j’en suis l’importateur exclusif. Alors, on s’est entendu. Évidemment, il m’a fallu apporter quelques petites modifications. Le comte de Perris utilisait quatre neutres qu’il mettait devant et dont l’énergie métabolique faisait marcher le moteur. Le principe du gradient thermique, n’est-ce pas ? C’est épatant pour un engin de locomotion à condition d’être un comte mais, en un an, on use quantité de neutres et je me suis dit que si je faisais ça, j’aurais l’air de péter plus haut que mon cul. En plus, j’aurais risqué d’avoir des ennuis avec l’occupant. Alors, j’ai tout fait démonter et j’ai remplacé le système par un moteur standard à grand développement. Un boulot tout ce qu’il y a de délicat. Et voilà le travail ! Vous avez de la veine, vous savez. Heureusement que vous êtes des Pèlerins. D’habitude, je ne prends personne parce que les gens sont jaloux et les gens jaloux sont dangereux quand on est arrivé à quelque chose dans l’existence. Mais la Volonté a voulu que je vous trouve sur mon chemin. Comme ça, vous allez à Jorslem ?

— Oui, dit Olmayne.

— Moi aussi, j’irai mais plus tard ! Je ne suis pas encore mûr pour ça, grand merci ! (Il tapota sa bedaine.) Je m’y rendrai quand le moment sera venu de faire une cure de jouvence, vous pouvez y compter, mais, s’il plaît à la Volonté, ce n’est pas encore pour demain ! Il y a longtemps que vous êtes Pèlerins ?

— Non.

— Je suppose qu’après la conquête, des tas de gens se sont faits Pèlerins. Mais je ne les blâme pas. Quand les temps changent, chacun est bien forcé de s’adapter selon ses moyens. Dites donc, vous avez de ces petites pierres que transportent les Pèlerins ?

— Oui, répondit Olmayne.

— Ça ne vous ennuierait pas de m’en montrer une ? Ce truc-là m’a toujours fasciné. Un jour, un négociant d’un des mondes de l’Étoile Noire — un maigrichon qui donnait l’impression de transpirer de la poix — m’en a proposé dix quintaux. Il affirmait que c’étaient des vraies qui induisaient la véritable communion, exactement comme pour les Pèlerins. Je lui ai dit : Rien à faire. Pas question d’avoir des histoires avec la Volonté ! Il y a des choses qui ne se font pas, même si ça doit rapporter. Mais, après, j’ai regretté de ne pas en avoir pris une à titre de souvenir. Je n’ai jamais touché une seule de ces pierres. Je peux voir ? demanda-t-il à Olmayne en tendant la main.

— Il est interdit de laisser quelqu’un qui n’est pas un Pèlerin manier une pierre d’étoile, protestai-je.

— Je ne le dirai à personne.

— Je te répète que c’est interdit.

— Allons ! Nous sommes entre nous. Il n’y a pas d’endroit plus discret que ce carrosse sur toute la Terre et…

— Je t’en prie. Ce que tu demandes est impossible.

Il fit la moue. L’espace d’un instant, je crus qu’il allait stopper et nous ordonner de descendre, ce qui, pour ma part, ne m’aurait pas fait pleurer. Glissant la main dans ma besace, je caressai la sphère froide que l’on m’avait remise avant que je n’entame mon Pèlerinage. Son contact déclencha un lointain écho de la transe de communion et j’eus un frisson de plaisir. Je me jurai que le Marchand n’y toucherait pas. Mais l’incident n’eut pas de suites. Nous ayant mis à l’épreuve et s’étant heurté à une résistance, il jugea préférable de ne pas insister.

Ce n’était pas un homme sympathique mais il possédait une sorte de charme grossier et ses propos nous choquaient rarement. Olmayne, qui était délicate et qui, après tout, avait vécu presque toute sa vie dans la prison dorée qu’était la maison des Souvenants, avait plus de mal que moi à le supporter. Mon intolérance s’était émoussée au bout de tant d’années de pérégrinations. Mais Olmayne semblait elle-même le trouver amusant quand il se vantait de sa richesse et de son influence, quand il parlait des femmes qui l’attendaient sur d’innombrables planètes, quand il faisait l’inventaire de ses demeures et de ses trophées, des maîtres de confrérie qui se pressaient pour lui demander conseil, quand il faisait étalage des rapports amicaux qu’il avait avec les Maîtres et les Dominateurs d’antan. Il parlait presque uniquement de sa propre personne et nous interrogeait peu sur nous-mêmes, ce qui faisait notre affaire. Un jour, il nous demanda comment il se faisait que deux Pèlerins de sexe différent voyageaient ensemble, sous-entendant par là que nous devions forcément être amants. Nous reconnûmes que c’était une situation quelque peu irrégulière et changeâmes de sujet de conversation, mais je crois qu’il resta persuadé que nous nous adonnions à la lubricité. Les obscénités qu’il pouvait imaginer me laissaient indifférent tout autant qu’Olmayne, je suppose. Nos péchés respectifs pesaient d’un poids plus lourd. L’existence de notre Marchand n’avait nullement été troublée par la défaite de la Terre. Quel homme digne d’envie ! Il n’avait jamais été aussi prospère, jamais été aussi à l’aise ni libre de ses mouvements. Et pourtant, il était allergique à la présence des envahisseurs sur notre sol ainsi que nous le découvrîmes un beau soir un peu avant d’arriver à Marsay lorsque nous fûmes arrêtés à un point de contrôle.

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