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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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— Ta pierre d’étoile… vite !

Je la sortis de la cachette dissimulée sous ma houppelande, elle sortit la sienne et nos mains étreignirent les pierres.

Depuis que j’étais Pèlerin, j’avais constaté que ma pierre d’étoile m’était d’un grand réconfort. Bien des saisons avaient passé depuis ma dernière transe de Vigilance mais je n’étais pas encore entièrement accoutumé à la rupture de mes vieilles habitudes et la pierre d’étoile était une sorte de substitut à l’extase qui m’emportait lorsque je guettais.

Les pierres d’étoile viennent d’une des planètes extérieures — je ne saurais préciser laquelle — et seuls les membres de la confrérie peuvent les obtenir. C’est la pierre qui décide si l’on peut ou non devenir un Pèlerin car elle brûle la main de celui qu’elle estime indigne de revêtir la robe. On affirme que toutes les personnes sans exception qui ont été admises dans la confrérie étaient angoissées quand on leur a présenté la pierre pour la première fois.

— Étais-tu inquiet quand on t’a donné la tienne ? me demanda Olmayne.

— Naturellement.

— Moi aussi.

Nous attendîmes que les pierres prissent possession de nous. Je serrais énergiquement la mienne. Sombre, luisante, plus lisse que le verre, elle était comme un glaçon dans mon poing. Peu à peu, je commençai à me mettre à l’unisson de la puissance de la Volonté.

D’abord, la perception que j’avais de ce qui m’environnait se magnifia. Les fissures des vieux murs étaient autant de ravins. La légère plainte du vent prit une sonorité plus aiguë. A la lueur chétive de la lampe, je distinguai des couleurs au delà du spectre.

Rien de comparable entre l’expérience de la pierre et celle donnée par les instruments de la Vigilance. Dans les deux cas, certes, il y a transcendance du moi. Quand j’entrais en Vigilance, j’étais capable de quitter mon identité de Terrien, je m’élançais à une vitesse infinie, franchissant des distances infinies, je percevais tout, c’était l’état le plus voisin de la condition divine qu’un homme pouvait espérer atteindre. La pierre d’étoile n’apportait aucune des perceptions hautement spécifiques que dispensait la transe du Guetteur. Je ne voyais rien et je ne reconnaissais pas mon environnement. Je savais seulement que lorsque je m’abandonnais à son emprise, quelque chose de plus grand que moi m’engloutissait, que j’étais directement en contact avec la matrice de l’univers. Appelez cela la communion avec la Volonté.

La voix d’Olmayne me parvint, venant de très loin :

— Est-ce que tu crois à ce que certains disent au sujet de ces pierres ? Que la communion n’est rien de plus qu’une illusion d’origine électrique ?

— Je n’ai pas de théorie là-dessus. Ce sont les effets qui m’intéressent, pas les causes.

Selon les sceptiques, les pierres d’étoile ne seraient que des boucles amplificatrices faisant rebondir les ondes cérébrales en circuit fermé dans la tête du sujet. La prodigieuse entité océanique avec laquelle on entre en liaison serait, soutiennent les railleurs, tout bêtement la tonnante oscillation renouvelée d’une simple impulsion électrique battant dans le propre crâne du Pèlerin. Peut-être. Peut-être.

Olmayne allongea sa main qui tenait la pierre.

— As-tu étudié l’histoire de la religion primitive quand tu étais parmi les Souvenants, Tomis ? L’homme a de tout temps cherché à se fondre avec l’infini. Beaucoup de religion — mais pas toutes ! — faisaient miroiter l’espoir d’une telle fusion divine.

— Il y avait aussi des drogues, murmurai-je.

— Oui, certaines drogues appréciées pour la propriété qu’elles avaient de donner momentanément à celui qui les absorbait l’impression de ne plus faire qu’un avec l’univers. Les pierres d’étoile ne sont que le dernier en date d’une longue série de moyens élaborés dans le but de venir à bout de la plus grande des malédictions humaines, à savoir que l’âme est captive d’un seul corps. Cette coupure terrible qui isole les individus les uns des autres et les isole de la Volonté est une torture que la plupart des races du cosmos seraient incapables de supporter. Il semble que l’humanité soit un cas unique.

Sa voix était de plus en plus indistincte. Elle continuait de parler du savoir qu’elle avait acquis chez les Souvenants mais le sens de ses paroles m’échappait. J’entrais toujours le premier en communion en raison de mon entraînement de Guetteur et il était fréquent que je n’enregistre pas ses derniers mots.

Ce soir-là comme d’autres, la pierre dans mon poing fermé, je me sentis soudain glacé et fermai les yeux. J’entendais résonner un gong distant et puissant, des vagues lécher une grève inconnue, le vent soupirer dans une forêt qui n’était pas de ce monde. Et je perçus l’appel. Et j’y répondis. Et j’entrai en communion, je m’abandonnai à la Volonté.

Et je m’enfonçai à travers les strates de mon existence, revivant ma jeunesse et mon âge adulte, mes errances, mes amours d’antan, mes tourments, mes joies, les années inquiètes de la vieillesse, mes trahisons, mes lacunes, mes chagrins, mes imperfections.

Et je me libérai de moi-même. Et je dépouillai mon égotisme. Et ce fut la fusion. Et je devins un Pèlerin parmi des milliers, pas seulement Olmayne, toute proche, mais les Pèlerins qui gravissaient les montagnes d’Hind et sillonnaient les sables d’Arbie, les Pèlerins qui accomplissaient leurs dévotions en Aïs, à Palash, en Stralya, les Pèlerins qui convergeaient vers Jorslem, qui l’atteindraient dans quelques mois, dans quelques années et ceux qui n’arriveraient jamais au terme du voyage. Et j’étais immergé avec tous dans la Volonté. Et je voyais dans les ténèbres briller une lueur violette à l’horizon, une lumière dont l’éclat devint de plus en plus intense et se mua en un éblouissant et rouge flamboiement qui embrasait tout. Et j’entrai dans ce brasier malgré mon indignité, souillé que j’étais dans ma prison de chair, acceptant pleinement la communion offerte et n’aspirant à rien d’autre qu’à ce divorce d’avec mon être.

Et je fus purifié.

Et je me réveillai seul.

5

Je connaissais bien la Frique. Jeune homme, j’avais vécu de longues années au cœur noir de ce continent. Finalement, cédant à l’impatience, j’étais remonté vers le nord jusqu’en Ogypte où les vestiges du premier cycle se sont mieux conservés que partout ailleurs. Mais, à cette époque, l’Antiquité ne m’intéressait pas. J’allais de lieu en lieu pour accomplir mes Vigiles car un Guetteur n’est pas obligé d’avoir un poste fixe. Le hasard me fit faire la connaissance d’Avluela au moment où j’étais prêt à reprendre la route. Je quittai alors l’Ogypte pour me rendre à Roum et, de là, je gagnai Perris.

Et je me retrouvais en Frique avec Olmayne. Nous suivions la côte, prenant garde d’éviter les étendues sableuses de l’intérieur. Pèlerins, nous étions à l’abri de presque tous les aléas qui sont le lot des voyageurs. Nous avions toujours à manger et nous avions toujours un toit, même là où il n’y avait pas d’auberge de la confrérie, et tout le monde nous devait le respect. La grande beauté d’Olmayne aurait pu constituer un danger pour elle qui n’avait pour toute escorte qu’un vieillard flétri mais sa robe et son masque lui étaient un rempart. Nous n’ôtions que rarement notre masque, et jamais en présence de témoins.

Je ne me leurrais pas sur l’importance qu’elle m’accordait. Pour elle, je n’étais qu’un accessoire de voyage — quelqu’un qui l’aidait à communier avec la Volonté et à pratiquer les rites, qui s’occupait de trouver un hébergement, qui aplanissait la route. Ce rôle me convenait. Je savais que c’était une femme dangereuse qui avait des caprices étranges et des lubies imprévisibles. Je ne voulais surtout pas entrer en conflit avec elle.

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