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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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— Continue.

Olmayne parlait comme une Somnambule.

— Elegro ne comprenait apparemment rien à ce qui s’était passé. Il criait à la félonie. Quelqu’un l’avait trahi. Il s’ensuivit une violente altercation. Il était comme une femme en colère et le prince avait une attitude de plus en plus hautaine. Chacun ordonnait à l’autre de vider les lieux. La dispute devint si furieuse que le tapis lui-même entra en agonie. Les pétales tombaient, les petites bouches suffoquaient. Le dénouement survint rapidement. Elegro s’empara d’une arme et menaça le prince de le tuer s’il ne partait pas sur-le-champ. Méconnaissant le caractère de mon mari et croyant qu’il bluffait, le prince marcha sur lui comme pour le jeter dehors. Et Elegro l’abattit. Immédiatement, je saisis un dard de la collection et lui en transperçai la gorge. Le dard était empoisonné. La mort fut instantanée. J’appelai les autres. C’est tout ce dont je me souviens.

— Quelle nuit étrange !

— Trop étrange. Tomis, dis-moi maintenant pourquoi le procurateur est venu et pourquoi il n’a pas appréhendé le prince.

— Il est venu parce que je le lui avais demandé sur l’ordre de ton défunt époux. Il n’a pas arrêté le prince parce qu’on avait acheté sa liberté.

— A quel prix ?

— Au prix du déshonneur d’un homme.

— Tu parles par énigmes.

— La vérité est infamante. Je te supplie de ne pas insister davantage.

— Le chancelier a parlé d’un document saisi par le procurateur…

— C’est en rapport avec cela.

Baissant la tête, Olmayne se perdit dans la contemplation du plancher et ne me posa plus d’autres questions.

Je repris la parole :

— Tu as donc commis un assassinat. Quelle sera ta punition ?

— Le crime a eu pour mobile la passion et la peur : l’administration civile ne me poursuivra pas. Mais je suis exclue de la confrérie pour cause d’adultère et de violences.

— Je te présente tous mes regrets.

— Et j’ai ordre de me rendre en Pèlerinage à Jorslem pour purifier mon âme. Je dois partir avant la fin du jour sous peine de mort.

— Moi aussi, je suis expulsé de la confrérie et je dois aller à Jorslem mais je l’ai librement décidé.

— Pourquoi ne ferions-nous pas route ensemble ?

Mon hésitation me trahit. J’avais déjà voyagé avec un prince aveugle et n’avais guère envie de faire la route avec une meurtrière hors-confrérie. Le moment était peut-être venu pour moi de voyager seul. Pourtant, la Somnambule avait dit que je serais accompagné.

— Tu manques d’enthousiasme, dit Olmayne sur un ton uni. Je puis peut-être t’aider à en avoir un peu.

Elle ouvrit sa tunique. Une pochette grise était fixée entre les monts neigeux de ses seins. Mais ce n’était pas avec sa chair qu’elle cherchait à me tenter : c’était avec une ultrapoche.

— Tout ce que le prince gardait dans sa cuisse est là-dedans, fit-elle. Il m’avait montré ses trésors et je les ai pris sur son cadavre. Il y a aussi quelques objets à moi. Je ne suis pas sans ressources et nous voyagerons dans des conditions confortables. Eh bien ?

— Il m’est difficile de refuser.

— Sois prêt à partir dans deux heures.

— Je suis déjà prêt.

— Alors, attends-moi.

Elle sortit. Près de deux heures plus tard, elle revint, portant, cette fois, la robe et le masque des Pèlerins. Elle apportait à mon intention un second accoutrement de Pèlerin. Oui, j’étais un hors-confrérie, maintenant, et il est dangereux de voyager dans cet état. Soit, ce serait en Pèlerin que j’irais à Jorslem. Je revêtis le costume qui ne m’était pas familier et nous réunîmes ce que nous possédions.

— J’ai averti la confrérie des Pèlerins, me dit Olmayne une fois dans la rue. Nous sommes enregistrés. Nous pouvons espérer recevoir nos pierres d’étoile dans la journée. Comment te va ton masque, Tomis ?

— Bien. Il est douillet.

— C’est ce qu’il faut.

Notre route pour rejoindre la porte de la cité traversait la vaste esplanade que commandait l’édifice de pierres grises, lieu sacré de l’ancien culte. Il y avait là un grand concours de peuple. Je remarquai un groupe d’envahisseurs au milieu de la foule. Les mendiants qui tournaient autour ne perdaient pas leur temps. Ils nous ignoraient car on ne demande pas l’aumône à des Pèlerins mais j’agrippai au collet un pendard à la figure ravinée et lui demandai ce qu’était cette cérémonie.

— Ce sont les funérailles du prince de Roum. Des obsèques officielles avec tout le tralala par ordre du procurateur. Ils en font une vraie fête nationale.

— Pourquoi ont-elles lieu à Perris ? Comment le prince est-il mort ?

— Demande donc ça à quelqu’un d’autre. Moi, j’ai du travail.

Il se dégagea en se tortillant et se hâta de se remettre à mendier.

Je me tournai vers Olmayne.

— Est-ce que nous assistons aux funérailles ?

— Il vaut mieux pas.

— Comme tu voudras.

Nous nous dirigeâmes vers le pont imposant qui enjambait la Senn. Une éclatante lueur bleue fusa derrière nous quand on alluma le bûcher funéraire. Elle éclairait notre route tandis que nous avancions dans la nuit vers l’est, vers Jorslem.

TROISIÈME PARTIE

LA ROUTE DE JORSLEM

1

Notre monde était désormais vraiment le leur. D’un bout à l’autre d’Eyrope, je pouvais voir que les envahisseurs avaient pris possession de tout et que nous leur appartenions comme le bétail dans l’étable appartient au fermier.

Ils étaient partout telles des herbes de chair qui auraient pris racine après un étrange orage. Ils affichaient une assurance tranquille comme pour nous signifier par leur aisance que la Volonté nous avait retiré sa faveur à leur avantage. Ils n’étaient pas cruels et pourtant leur seule présence nous vidait de notre vitalité. Notre soleil, nos lunes, nos musées remplis d’antiques reliques, les ruines des cycles antérieurs, nos cités, nos palais, notre avenir, notre présent et notre passé — tout avait été dévolu à un autre propriétaire. A présent, notre existence n’avait plus de sens.

La nuit, le brasillement des étoiles nous tournait en dérision. L’univers entier était témoin de notre abaissement.

Le vent froid de l’hiver nous disait que nous avions perdu la liberté en punition de nos péchés. Le flamboiement brûlant de l’été nous disait que nous avions été humiliés pour notre orgueil.

Dépouillés de notre ancien moi, nous nous enfoncions à travers un monde transformé. Moi qui, jadis, errais chaque jour parmi les étoiles, n’y éprouvais plus de plaisir. Ma seule et maigre consolation était l’espoir que le Pèlerin que j’étais trouverait peut-être rédemption et jeunesse à Jorslem. Tous les soirs, nous récitions, Olymane et moi, le rituel du Pèlerinage :

— Nous nous soumettons à la Volonté.

— Nous nous soumettons à la Volonté.

— En toutes choses, grandes ou petites.

— En toutes choses, grandes ou petites.

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