La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Quel âge a-t-elle ?
— Dix-huit ans.
Andréa Greenberg fronça les sourcils.
— Monsieur Ryton, devant la loi, c’est une adulte. Et je suis encline à penser qu’un mutant adulte peut se débrouiller par lui-même.
— Vous ne connaissez pas ma fille, objecta Ryton. Mélanie a connu une existence protégée. C’est une infirme.
— Une infirme ?
— Atteinte de dysfonction. Elle n’a aucun pouvoir mutant.
Andréa Greenberg le regarda fixement, ses yeux verts écarquillés de stupeur.
— C’est la première fois que j’entends parler d’un mutant souffrant de dysfonction.
— C’est rare, en effet, admit Ryton. Et on ne le crie pas sur les toits.
— Je commence à comprendre pourquoi vous êtes inquiet.
Ryton se rapprocha de l’écran.
— Madame Greenberg, je pense que ma fille est partie pour nous prouver quelque chose. Ou à elle-même. Je crains qu’elle ne réussisse qu’à prouver dans quel pétrin elle est capable de se mettre en agissant de sa propre initiative. Ma femme et moi nous faisons un souci terrible.
— Je vous crois sans peine. Mais pourquoi Mélanie aurait-elle menti ? Elle a peut-être effectivement trouvé un travail. Auquel cas vous n’avez véritablement pas de quoi vous inquiéter.
— Mais elle n’a laissé aucune adresse. Nous ne savons même pas comment la joindre. Je ne sais pas quoi faire. Elle a pu être enlevée. Assassinée. J’ai déjà vu ça.
Ryton ne savait plus où se mettre, il se sentait comme nu et exposé au grand jour devant Andréa Greenberg. Au moment où il commençait à désespérer de l’utilité de sa démarche, les traits de la jeune femme s’adoucirent.
— Je comprends, dit-elle. Écoutez, si j’appelais quelqu’un que je connais dans la police locale, pour voir ce que je peux découvrir ? Je ne promets rien, évidemment.
— Madame, je vous serais très reconnaissant.
La voix de Ryton se brisa ; la jeune femme parut gênée.
— Bon, je vais faire mon possible.
— C’est la seconde fois que vous m’aidez. J’espère qu’un jour je pourrai vous rendre service. Merci.
— Je vous appellerai si j’apprends quelque chose. Et je le fais bien volontiers.
L’image de la jeune femme s’effaça. Ryton ramassa les feuilles jaunes éparpillées devant lui. Les normaux n’étaient pas tous condamnables. Pas tant qu’il existait des Andréa Greenberg.
Il faisait sombre à midi dans la salle du Star Chamber, emplie d’effluves de bière éventée et de fumée de cigarette froide. Dans cette semi-obscurité, Mélanie s’efforçait de cacher sa nervosité au patron du bar qui la détaillait de ses yeux de fouine. Ses dents de devant, proéminentes, lui rappelaient celles des hamsters qu’elle avait vus une fois en cours de sciences naturelles.
D’antiques appliques au néon arrosant les murs de reflets rose et vert intermittents, et les lampes fluo du roboband dans un coin, c’était là tout l’éclairage de la salle. À chaque déplacement de Mélanie, quelque chose craquait sous ses pieds. Elle s’appuya contre un tabouret de bar, attentive à ne pas renverser le cendrier plein à ras bord qui y était accroché.
— Tourne, petite.
La voix était rauque. L’homme tira sur un mégot qu’il tenait négligemment entre le pouce et l’index, puis le balança d’une chiquenaude dans l’évier derrière le comptoir. Mélanie fit une rapide pirouette, terriblement gênée dans ses jeans serrés.
— Plus lentement.
La jeune fille recommença.
— Les jambes, c’est parfait. Le cul aussi, c’est bien. Okay, montre-moi tes nichons.
— Quoi ?
L’homme eut un geste d’impatience.
— Allons. C’est un boulot de danseuse exotique ; les danseuses exotiques doivent avoir de beaux nichons. Tu le veux ce boulot, ou quoi ?
Réprimant son envie de courir jusqu’à la porte et de déguerpir, Mélanie se rappela qu’elle avait vraiment besoin de ce boulot. Elle devait rester et se prouver ce dont elle était capable. Maladroitement, elle ôta son chemisier.
— Le soutien-gorge aussi.
Elle le dégrafa. Dieu merci, la pièce était sombre.
L’homme l’étudia pendant ce qui lui parut une éternité. Finalement, il hocha la tête.
— Mignons. Petits, mais mignons. C’est drôle, je n’imaginais pas que les seins des mutantes étaient comme ceux des autres. C’est bon, petite, tu as le boulot. Sois là vers six heures et demie ; comme ça, une des filles pourra te mettre au courant. Tu trouveras un costume dans l’armoire numéro quatre en bas de l’escalier. C’est à toi de veiller à ce qu’il soit propre. Tu touches trois cent cinquante crédits par semaine, plus les pourboires.
Mélanie se rua dehors. Elle avait un travail ! Elle allait montrer au monde entier qu’elle était capable de se débrouiller toute seule. Elle rentra précipitamment dans la chambre minuscule qu’elle avait louée sur l’Avenue J. Il lui fallait suffisamment de temps pour se préparer pour la soirée, et la salle de bains du couloir était d’ordinaire occupée après cinq heures.
Lorsqu’elle retourna au Star Chamber, la salle était déjà pleine de gens en train de boire et de fumer. Dans l’escalier qui descendait au sous-sol, elle sentit les vibrations du roboband. Son armoire se trouvait dans un petit local qui avait dû commencer son existence comme cave. L’endroit grouillait de femmes à des stades divers de déshabillage. Mélanie repéra son armoire, l’ouvrit et resta médusée devant son costume. C’était un cache-sexe en dentelle rouge et des jarretelles fixées à des bas noirs sur lesquels brillaient des flèches violet fluo.
— Qu’est-ce que tu regardes ? Tu n’avais jamais vu de cache-sexe ? fit la rouquine à côté d’elle.
Elle avait de gros seins qui ballottaient. Tout en parlant, elle était en train de les décorer avec des étoiles vert fluo.
— Où est le reste de mon costume ?
Un rire rauque fut la seule réponse.
— C’est ça, ton costume, mon chou, dit enfin la rouquine plutôt gentiment. Tu dois être la nouvelle. Dick a dit que je devais te piloter. Alors, habille-toi. Et n’oublie pas ces flèches violettes. Non, pas sur les oreilles. Sur les nichons. Approche, laisse-moi t’aider.
Elle prit dans sa paume le sein gauche de Mélanie, saisit une des flèches, y passa sa langue, puis la colla délicatement sur le mamelon. Elle fit de même pour le sein droit. Par deux fois, ses mains s’attardèrent un peu plus longtemps que nécessaire. Mélanie sentit ses mamelons durcir au contact étranger.
— C’est-y pas tout mignon et gentil, ça ? fit la rouquine d’une voix rauque en passant le dos de la main sur les seins de Mélanie.
— Non. Je vous en prie.
— Appelle-moi Gwen.
Elle mit son bras autour de la taille de Mélanie et l’attira à elle. Comme si de rien n’était, elle glissa une main sous le cache-sexe de la jeune fille et ses doigts partirent en exploration, la caressant doucement, tandis qu’une expression de curiosité candide se lisait sur son large visage. Elle semblait ignorer le raffut autour d’elles. Les filles claquaient les portes des armoires, enfilaient leur costume on ne peut plus succinct avant de se ruer dans l’escalier.
Mélanie essaya de se dégager de cette main insistante. Elle s’appuya contre les armoires, mais Gwen, la respiration lourde, ne relâchait pas son étreinte. Mélanie se sentit mal, comme si elle allait étouffer entre les énormes seins parfumés de Gwen. Sa respiration devint saccadée.
— Je crois que nous allons être de bonnes amies, dit Gwen en se passant la langue sur les lèvres. Il y a des tas de choses que je peux t’apprendre.
Ses doigts diligents travaillaient en cercles de plus en plus serrés.