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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Bien. » Il les quitta pour accomplir sa tâche de Patrouilleur. Il avait fait pour elles tout ce qui était en son pouvoir – en contournant le règlement, certes, mais il avait le grade de non-attaché, après tout.

Ses sauveteurs s’en inquiétèrent néanmoins « Monsieur, lui dit la jeune femme, excusez-moi de vous poser cette question, mais ce que nous venons de faire…»

Une bleusaille, sans doute, mais qui s’était bien comportée dans le feu de l’action. Il décida que ses camarades et elle-même avaient droit à une petite séance d’instruction. « Ne vous faites pas de souci. Nous n’avons pas chamboulé l’histoire. Quel est votre milieu d’origine ?

— La Jamaïque, monsieur, en 1950.

— D’accord, je vais vous exposer l’incident dans les termes de votre époque. Une bagarre éclate dans la rue et, soudain, des hélicoptères descendent du ciel. Ils lâchent des grenades lacrymogènes qui calment la foule sans blesser personne. Des hommes en sortent, porteurs de masques à gaz. Ils s’emparent de deux des bagarreurs qu’ils embarquent dans un de leurs appareils. L’un de ces hommes explique aux témoins qu’il s’agit de dangereux agitateurs communistes et qu’il est lui-même un agent de la CIA, qui agit ainsi que le reste de son escadron avec l’autorisation du gouvernement local. Et les hélicos repartent. Supposons que cette scène se soit déroulée dans un village coupé du monde, où les lignes téléphoniques ont été sabotées, par exemple.

» Eh bien, les villageois ne parleront que de ça pendant un mois ou deux. Mais lorsque l’histoire se répandra dans le reste du pays, elle sera pas mal éventée, les médias ne lui accorderont qu’une attention limitée et la plupart de ceux qui l’entendront répéter croiront à une affabulation. Les villageois eux-mêmes cesseront peu à peu d’y faire allusion et son souvenir finira par s’estomper. Aucun d’eux n’aura été affecté et tous reprendront le cours de leur vie. Et puis, ce qui s’est passé n’avait rien d’impossible. Des hélicos, des lacrymos, la CIA… tout cela existe bien. C’était un incident bizarre, mais rien de plus. Peut-être que les villageois le raconteront à leurs enfants, mais ceux-ci n’auront pas tendance à les imiter.

» Dans l’esprit des gens de la présente époque, une intervention divine représente plus ou moins la même chose. Naturellement, nous n’en organisons qu’en cas de nécessité absolue, et nous ne nous attardons jamais une fois l’affaire conclue. »

Everard acheva de donner ses instructions via le communicateur. Les deux Exaltationnistes avaient été évacués sur des scooters. Un Patrouilleur supplémentaire les avait accompagnés, libérant une place sur son véhicule pour l’agent non-attaché. Everard prit les commandes, la seconde selle étant occupée par Imre Ruszek, un agent originaire de l’Europe de son époque. Comme il s’élevait dans les airs, il jeta un dernier regard aux deux femmes et lut dans leurs yeux un mélange d’espoir et d’incrédulité.

Les trois scooters s’élevèrent suffisamment pour être invisibles depuis le sol, excepté sous la forme d’une étincelle, puis filèrent vers Bactres. La terre déferlait des montagnes comme une vague de champs verts et ocre, parsemée de fermes et de bosquets, où la rivière semblait un ruban de vif-argent, la cité et les tentes de l’envahisseur des jouets d’enfant. À cette altitude glaciale, on ne trouvait aucune trace de haine et de souffrance, hormis celles que les chrononautes portaient en eux.

« Bon, écoutez-moi avec attention, commença Everard. Il reste deux bandits en liberté et, si nous nous débrouillons bien, je pense que nous pourrons les capturer. J’insiste : si nous nous débrouillons bien. Nous n’aurons pas droit à une seconde chance. Pas question de faire des allées et venues dans le temps pour corriger nos éventuelles bourdes. C’est une chose que d’organiser un petit miracle pour épater les indigènes, mais nous ne tenons pas à nous amuser avec la causalité de peur de déclencher un vortex temporel, même si le risque semble minime. C’est clair ?

Je sais qu’on vous a martelé cette doctrine durant votre formation, mais Ruszek et moi allons descendre dans l’arène et, s’il nous arrive malheur, vous pourriez être tentés de faire une bêtise. Abstenez-vous-en. »

Il leur décrivit la demeure de Raor et en esquissa le plan. L’alarme y serait donnée dès qu’un véhicule spatio-temporel se manifesterait dans un rayon de plusieurs kilomètres. Sauvo et elle s’empresseraient de gagner leurs propres machines pour disparaître. Et au diable leurs deux congénères ! Aux yeux de ces égotistes suprêmes, la loyauté était affaire de convenance.

Conclusion évidente : le signal d’alarme avait retenti à l’instant où Everard avait lancé son appel, déclenchant l’apparition des autres Patrouilleurs. Leurs ordinateurs connaissaient cet instant à la microseconde près. Il décida de débarquer soixante secondes plus tôt, au moment où il avait attaqué Draganizu et Buleni ; ces derniers n’étaient plus en état de bénéficier d’une aide quelconque une minute plus tard. « Ce sera notre Heure Zéro », annonça-t-il.

Immobile dans les hauteurs, il mit à contribution instruments optiques et détecteurs électroniques pour déterminer à quelques centimètres près son point d’émergence dans la maison. Il régla la console sur ces coordonnées spatiales et sur l’Heure Zéro. Les autres véhicules feraient le même saut dans le temps, mais resteraient à cette altitude jusqu’à ce que l’affaire soit réglée.

« Go ! » s’écria-t-il en pressant le bouton.

Ils émergèrent dans un couloir, lui, son équipier et le scooter. À droite, une fenêtre ouverte donnant sur le patio parfumé et inondé de soleil. À gauche, une porte massive, fermée et verrouillée. L’ennemi n’avait plus accès à ses moyens de transport.

Sauvo apparut au bout du couloir, vif comme un cerf, un pistolet énergétique à la main. Ruszek tira le premier. Un fin rayon bleu frôla la tempe d’Everard et transperça le torse de Sauvo. Sa tunique s’embrasa. Le temps d’un clin d’œil, son visage furibond arbora la grimace pathétique d’un enfant recevant un coup. Il tomba. Son sang ne coula guère – la plaie était déjà cautérisée – mais sa mort fut aussi abjecte que celle d’un humain ordinaire.

« L’étourdisseur risquait d’être trop lent », expliqua Ruszek.

Everard opina. « Okay. Restez ici. Je m’occupe de la dernière. » Ouvrant son communicateur : « Et de trois, plus qu’une. » Les autres agents comprendraient le message. « Nous tenons leur hangar. Surveillez les portes. Si une femme sort de la maison, capturez-la. » Il entendit dans le lointain des sanglots terrifiés, sans doute une esclave, et espéra qu’aucun innocent ne périrait durant l’opération.

« Ce ne sera pas nécessaire, déclara une voix de glace. Je n’ai pas l’intention de servir de gibier aux chiens que vous êtes. »

Raor s’avançait vers eux. Une robe vaporeuse soulignait le moindre de ses mouvements fluides. Ses cheveux d’ébène cascadaient autour du masque de beauté et de dédain qu’était son visage. Everard pensa à Artémis la Chasseresse. Son cœur fit un bond.

Elle fit halte à quelques pas de lui. Il mit pied à terre et s’approcha d’elle. Mon Dieu, songea-t-il, se sentant puant et suant, j’ai l’impression d’être un écolier dissipé face à son institutrice. Il se redressa et se campa sur ses jambes. Son cœur battait toujours la chamade, mais il parvint à fixer sans broncher ses yeux d’un vert océan.

Elle poursuivit en grec : « Remarquable. J’ai l’impression que vous êtes l’agent dont mon clone m’a parlé, celui qui a échoué à le capturer en Colombie.

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