Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Euh… vous voulez dire que… que la lettre que le soldat russe a découverte en Afghanistan… et qui nous a servi d’appât pour tendre notre piège… que cette lettre était un faux ?
— Exactement. Vous n’aviez jamais envisagé cette possibilité ?
— Mais… vous disposiez de plus d’un million d’années pour dénicher un appât à votre convenance…
— Mieux valait en créer un sur mesure. Pas vrai ? Enfin, cette lettre a accompli son but. La prudence nous commande maintenant de la supprimer. Jamais on ne l’aura trouvée. »
Everard se redressa. Le tuyau de sa pipe se brisa entre ses doigts. Sans prêter attention aux braises qui tombaient sur le tapis, il s’écria : « Minute ! Vous avez vous aussi manipulé la réalité !
— Je l’ai fait sur ordre », entendit-il ; ses mâchoires se refermèrent et il fit silence.
1985 apr. J.C.
Dans ces régions où la Grande Ourse et la Petite Ourse couraient trop bas dans le ciel, la nuit glaçait le sang et les os. Le jour, les montagnes bouchaient l’horizon à force de rochers, de neige, de glaciers et de nuages. La bouche de l’homme s’asséchait quand il foulait les crêtes, faisant crisser les cailloux sous ses bottes, car jamais il ne parvenait à aspirer une bouffée d’air digne de ce nom. Et il redoutait qu’une balle ou un couteau surgissant des ténèbres ne fasse offrande de sa vie à cette désolation.
Youri Alexeievitch Garchine errait, seul et égaré.
Troisième partie
Avant les dieux qui créèrent les dieux
31 275 389 av. J.C.
« Oh ! s’exclama Wanda Tamberly. Regarde ! »
Son cheval renâcla et sursauta. Elle le calma machinalement des mains et des genoux tout en se dressant sur sa selle, s’efforçant de ne rien manquer de la merveilleuse vision qui lui était offerte. Alertées par l’approche des gros animaux, une douzaine de minuscules créatures venaient de jaillir d’un buisson. L’éclat du jour permettait de détailler leur robe pommelée, leur carrure de chien, leurs sabots trifurqués, leur tête étrangement chevaline. Puis elles traversèrent la piste et disparurent dans la nature.
Tu Sequeira s’esclaffa. « Des ancêtres ? » Il caressa leurs deux montures, comme pour signifier qu’il savait les ascendants de l’homme confinés en cette époque à la jungle africaine. Il laissa ses doigts s’attarder sur la cuisse de Wanda.
À peine si elle le remarqua. Elle débordait de joie. La Terre de l’oligocène était un véritable paradis pour une paléontologue. « Des Mesohippus ? s’interrogea-t-elle à voix haute. Non, je ne crois pas, pas tout à fait. Et des Miohippus pas davantage ; il est encore trop tôt, non ? Mais nous savons si peu de choses, en vérité. Même aidée du voyage dans le temps, la connaissance ne progresse qu’avec lenteur. Une espèce intermédiaire ? Si seulement j’avais pris un appareil photo !
— Un quoi ? » Sans y penser, elle s’était exprimée en anglais plutôt que de continuer en temporel, le seul langage qu’ils aient en commun.
« Un enregistreur optique. » Cette brève explication dissipa en partie son enthousiasme. Après tout, elle avait déjà observé quantité de créatures aujourd’hui. Les agents de la Patrouille ne pouvaient faire autrement que d’altérer l’environnement naturel de leur Académie. Nombre de Nimravus léonins et d’Eusmilus à dents de sabre, deux félins particulièrement agressifs, avaient été abattus par des vacanciers, ce qui ne pouvait manquer d’affecter l’écologie locale. Toutefois, lorsque les cadets se voyaient accorder une permission de plusieurs jours, ils prenaient un aéro et gagnaient une région éloignée pour escalader une montagne, randonner sur un sentier ou paresser sur une île tropicale. Dans l’ensemble, l’humanité respectait les époques antérieures à celles de son évolution. Aux yeux de Tamberly, cette région semblait presque virginale, par contraste avec la Sierra ou le Yellowstone de son époque.
« Il faudra que tu apprennes à te servir d’un appareil photo, reprit-elle, et de plein d’autres gadgets primitifs. Ouaouh ! Je viens juste de me rendre compte de tout ce que tu vas devoir bûcher.
— C’est notre lot à tous, répondit-il. J’aurais du mal à assimiler les sujets que tu dois étudier. »
D’ordinaire, la modestie n’était pas son fort. Sans doute avait-il compris que, si elle appréciait sa personnalité flamboyante, celle-ci ne suffirait pas à la retenir indéfiniment. À moins qu’il n’ait opté pour une tactique de séduction moins grossière, songea-t-elle avec l’équivalent mental d’un haussement d’épaules. Ce qui ne pourrait que lui servir durant sa carrière.
Quoi qu’il en soit, il disait vrai. La Patrouille utilisait les outils pédagogiques d’une époque bien en aval des leurs. Grâce à l’électro-imprégnation, il suffisait d’une ou deux heures pour parler une langue couramment – et ce n’était là qu’un exemple trivial. Néanmoins, le régime auquel étaient soumis les cadets testait leur endurance de façon presque inhumaine. Le moindre instant de répit leur faisait l’effet d’une brève éclaircie entre deux ouragans. Si Tamberly avait accepté d’accompagner Sequeira, c’était uniquement parce qu’une excursion lui semblait préférable à une sieste.
« Ouais, mais je m’occuperai surtout de bestioles », reprit-elle. Elle était repassée à l’anglais sans s’en rendre compte. « Le plus compliqué, c’est les gens, et c’est avec eux que tu vas te colleter. »
Né sur Mars durant l’ère du Commonwealth solaire, il serait affecté après sa formation à une équipe chargée d’étudier les premiers stades de l’exploration spatiale. Ce qui l’amènerait à s’introduire dans des centres de recherche comme Peenemunde, White Sands et Tiouratam. Non seulement il courrait de gros risques, mais il serait tenu de sacrifier sa vie si nécessaire afin que rien ne bouleverse le cours d’événements lourds de conséquences sur le plan historique.
Sequeira sourit de toutes ses dents. « A propos de gens et de complications, je te rappelle que nous sommes libres jusqu’à demain matin huit heures. »
Elle sentit son visage s’empourprer. Ce que faisaient les cadets en période de repos ne regardait qu’eux et eux seuls, à condition que cela n’affecte pas leur condition physique. Voilà qui est tentant, je l’avoue. Quelques galipettes avant de reprendre le collier… Mais est-ce que je tiens vraiment à tisser de tels liens ? « Pour le moment, l’appel du réfectoire est irrésistible », s’empressa-t-elle de répondre. Les repas y étaient excellents, voire somptueux à l’occasion. Les cuisiniers puisaient dans les recettes de toute l’histoire, après tout.
Il partit d’un nouveau rire. « Je ne tiens pas à te barrer la route. Pour ma peine, j’aurais sans doute droit à un trou en forme de Wanda dans le torse. Mais après manger… Allons-y ! » La piste était tout juste assez large pour qu’ils chevauchent de front, genou contre genou. Il talonna son cheval et partit au petit galop. En se lançant à sa poursuite, elle se dit que la combi grise qu’il portait ne seyait pas à son corps d’athlète ; elle l’aurait plutôt vu en pourpoint et cape écarlate. On se calme, ma fille !
Ils émergèrent de la forêt pour descendre dans la vallée. À l’est se déployait un paysage enchanteur. L’espace d’un instant, elle se laissa emporter par l’émerveillement d’être ici et maintenant – trente millions d’années avant le jour de sa naissance.