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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— En tout, j’en ai vingt-cinq dans mon équipe. Le personnel de maintenance peut être appelé à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Il faut donc avoir du monde en réserve.

Mandrez développa ensuite la charge de ses responsabilités qu’il estimait écrasantes. Selon lui, le bon fonctionnement de l’usine reposait surtout sur son service. Quentin, qui commençait à avoir sa petite idée, ne lui demanda pas pourquoi la production était si souvent en panne. Au cours de la discussion, Mandrez ne résista pas à évoquer sa formation. Comme tout ingénieur, il sortait de la meilleure école. « Quand j’étais aux Arts… » dit-il plusieurs fois de façon anodine pour que ce soit bien entendu, en écho au « Quand j’étais dans La Royale… » de Lambard. Pour ne rien gâter, Mandrez précisa qu’il avait été chef mécanicien dans la marine nationale… Décidément, Polybois avait l’esprit de famille !

Après Mandrez, Quentin entendit Vincent Nandrain, un des techniciens du laboratoire. Âgé d’une trentaine d’années, il était dans l’usine depuis huit ans. Sa formation ne le prédisposait pas à faire ce travail puisqu’il avait commencé par étudier l’horticulture. Il avait appris sur le tas et se plaisait dans cette fonction. Il s’entendait très bien avec Guardac et évitait le plus possible d’avoir affaire à Verdoux. Il se sentit en confiance avec Quentin, et sa déposition tourna vite à la confession. Il semblait soulagé de pouvoir libérer sa conscience.

— Je n’aimais pas la façon de tricher de Verdoux, avoua-t-il.

— Que voulez-vous dire ?

— Nous avons le label « Qualité France » pour nos panneaux. Mais il faut voir comment on l’obtient.

— Expliquez-vous.

— Deux fois par an, le contrôleur de l’organisme vient ici. Je l’accompagne dans le magasin et il choisit au hasard dans nos piles des panneaux de certaines catégories. C’est lui qui décide. Il tamponne chacun d’eux dans deux coins opposés et signe dessous avec un feutre. Nous devons ensuite découper une bande centrale d’un mètre que nous gardons, puis lui expédier les deux bouts dans un délai de huit jours. Sur la bande centrale, nous procédons immédiatement à des essais. Les mêmes qui seront effectués par l’organisme « Qualité France ». Si les essais sont bons, tout va bien et nous expédions les échantillons.

— Sinon ?

— Sinon, nous en recherchons d’autres, jusqu’à ce qu’ils soient satisfaisants et ce sont ceux-là qui partent.

— Et les tampons ?

— C’est là que la tricherie commence. J’ai été invité de façon très explicite à m’en procurer un faux et à imiter la griffe du contrôleur.

— Cela s’appelle usage de faux et falsification. Vous pouviez refuser !

— Bien sûr ! Mais j’aurais alors dû chercher un autre emploi. Petit à petit, on est pris dans l’engrenage. On nous rabâche que l’usine est en péril et qu’elle risque de fermer. Quand les panneaux étaient mauvais, c’était moi qui trinquais en premier, comme si j’étais responsable. Alors, croyant ainsi servir l’entreprise, j’ai peu à peu sombré dans la tricherie…

— En quelque sorte, vous étiez victime d’un chantage…

— Si la supercherie avait été révélée, Verdoux ne m’aurait pas couvert, alors qu’il était parfaitement au courant. Pire, il me poussait à agir ainsi. Le faux tampon qu’il m’a suggéré d’utiliser, j’ai dû le payer de ma poche. Je sais que j’ai mal agi, mais à présent, c’est terminé. Je souhaite que ce détail reste entre nous.

— Pour autant que cela n’intervienne pas dans mon enquête, je n’en ferai pas état.

Quentin ressentit le besoin de se détendre et de marcher un peu. Il retourna dans le hall de production pour bavarder avec Marc Bonnier. D’instinct, il avait compris que cet homme se sentait plus à l’aise dans la forêt que dans la poussière et les vapeurs de formol. Il l’attendit quelques minutes dans la cabine.

— Pas de problème, ce matin ?

— Nous avons eu une panne d’hydraulique, mais c’est la routine. Nous n’avons été arrêtés qu’une heure. Si les joints étaient mieux surveillés, cela n’arriverait pas…

— Vous connaissez bien la campagne aux environs ?

— Un peu. Pourquoi ? répondit Bonnier avec un sourire de satisfaction qui signifiait que ce sujet l’inspirait mieux que les panneaux.

— J’ai fait une petite randonnée hier, et j’ai trouvé la forêt magnifique. Vous êtes chasseur ?

— Oh non ! s’écria-t-il. Je cherche seulement les champignons et les truffes.

— Les truffes ?

— Oui, mais je ne vous dirai pas où, dit-il avec un sourire entendu.

— Savez-vous à qui appartiennent les cabanes dans la forêt ?

– Ça dépend… Les Suisses rachètent les meilleures et les retapent pour y venir le week-end. Ils achètent tout les Suisses ! Il y a aussi des abris de bergers ou de forestiers. Il faudra que vous deman diez à Petrod. Il a une cabane dans les bois dont il a hérité de son grand-père.

— Michel Petrod, le délégué syndical ? Dommage, il est en vacances !

— Oui, mais vous aurez l’occasion de le voir, il devrait bientôt rentrer.

— Vous connaissez sa cabane ? demanda vivement Quentin, vous savez où elle se trouve ?

Bonnier fut un peu surpris par l’intérêt du policier pour une cabane dans les bois. Il se retourna et, avisant une vieille carte du département punaisée sur la paroi de la cabine, il désigna un endroit.

— C’est par là, dit-il en montrant une aire au sud de Berthonex.

— Tiens, c’est justement dans ce coin que je me suis promené. J’ai vu une jolie cabane en rondins.

— C’est peut-être celle-là…

Quentin était très intrigué. La cabane qu’il avait découverte la veille pourrait donc avoir un lien avec quelqu’un de l’usine. Il avait du mal à maîtriser son excitation et retourna aussitôt dans la voiture récupérer les trois cartes empruntées aux gendarmes, puis il revint voir Bonnier.

— Ce serait amusant que je sois tombé dessus, dit-il en étalant une carte sur la table devant le contremaître.

Volontairement, il en avait déplié une qui n’était pas la bonne. Bonnier se concentra et se repéra, puis hocha la tête et en ouvrit une autre. Du bout du doigt, il suivit un itinéraire et enfin pointa un petit carré.

— C’est là, dit-il. Il va parfois y passer ses jours de repos. J’y suis déjà allé en automne. C’est un coin très sympa, mais très isolé.

C’était bien la cabane que Quentin avait vue ! Qu’était donc venue y faire madame Verdoux ? Il jugea bon de brouiller les pistes.

— Non, je ne suis pas allé aussi loin. Ce n’est donc pas de celle-là qu’il s’agit.

En quittant Bonnier, il alla voir où en était son collègue.

— Ah ! te voilà, fit Ledran. J’ai du nouveau à t’apprendre.

— Moi aussi, répondit Quentin.

— Si nous allions raconter tout ça à Gradenne, cela nous éviterait de nous répéter, qu’en penses-tu ?

— Bonne idée, d’ailleurs je commence à avoir faim. Il est bientôt midi.

En sortant dans le couloir, ils rencontrèrent Chatel qui semblait déprimé.

— Quelque chose ne va pas ? demanda Quentin.

— Ah ! Ne m’en parlez pas. Je viens d’avoir Lambard au téléphone. Il va venir demain. Je vais passer un mauvais moment.

— Pendant que j’y pense, puis-je savoir quand rentre Michel Petrod ?

— Bonne question, on va se renseigner auprès de mademoiselle Daudet.

Ils se rendirent dans son bureau pour obtenir cette précision.

— C’est étrange, dit celle-ci surprise, il aurait dû revenir ce matin. D’habitude, il est parfaitement ponctuel.

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