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L'Homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » Ça amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles qui surgissent à la nuit, tracés en bleu sur les trottoirs de la ville. Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
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Et de nouveau des gestes circulaires, des effondrements, mais le reste d’un regard qui malgré tout tenait encore tête. Du professeur au Collège de France, il ne restait plus grand-chose qu’un vieux bonhomme qui avait l’air foutu et qui se démenait en dépit du bon sens pour échapper à une condamnation qui paraissait inévitable. Mille fois peut-être il avait répété : « Mais ça ne peut pas être moi. J’aimais Delphie. »

Danglard, de plus en plus chaviré, continuait à appuyer avec constance, ne lui épargnant aucun des faits qui le rendaient suspect. Il avait même laissé les journalistes s’emparer de quelques informations et en faire la une. Le vieux avait à peine réussi à toucher aux déjeuners qu’on lui apportait, malgré les encouragements de Margellon, qui savait parfois être doux. Il ne s’était plus rasé non plus, même quand il était retourné dormir chez lui après la garde à vue. Ça étonnait Adamsberg de le voir flancher aussi vite, ce vieux qui avait quand même un sacré cerveau pour se défendre. Il n’avait jamais assisté à une si rapide déstabilisation.

Jeudi, Le Nermord, affolé, tremblait réellement sur ses jambes. Le juge d’instruction avait demandé son inculpation et Danglard venait de lui annoncer cette décision. Alors Le Nermord ne dit plus rien pendant un long moment, comme l’autre nuit chez lui, semblant peser le pour et le contre. Et de la même manière, Adamsberg fit signe à Danglard de n’intervenir sous aucun prétexte.

Et puis Le Nermord dit :

— Donnez-moi une craie. Une craie bleue.

Comme personne ne bougeait, il retrouva un peu d’autorité pour ajouter :

— Dépêchez-vous. J’ai demandé une craie.

Danglard sortit et en trouva un morceau dans le tiroir de Florence. On trouvait de tout là-dedans.

Le Nermord se leva avec les précautions d’un homme affaibli et prit la craie. Debout face au mur blanc, il prit encore le temps de réfléchir quelques instants. Et puis, très vite, il écrivit en grandes lettres : Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?

Adamsberg ne bougea pas. Il attendait cela depuis hier déjà.

— Danglard, allez chercher Meunier, dit-il. Je crois qu’il est dans les murs.

Pendant l’absence de Danglard, l’homme aux cercles tourna son visage vers Adamsberg, décidé à le fixer.

— Bonjour, lui dit Adamsberg. Je vous cherchais depuis longtemps.

Le Nermord ne répondit rien. Adamsberg regardait son visage aux traits déplaisants, qui avait retrouvé de la fermeté dans cet aveu.

Meunier, le graphologue, entra dans le bureau à la suite de Danglard. Il considéra la grande écriture qui couvrait toute la longueur du mur.

— Joli souvenir pour votre bureau, Danglard, murmura-t-il. Oui, c’est bien l’écriture. Elle n’est pas imitable.

— Merci, dit l’homme aux cercles, en rendant la craie à Danglard. J’apporterai d’autres preuves si vous en voulez. Mes carnets, les heures de mes sorties nocturnes, mon plan de Paris couvert de croix, ma liste d’objets, tout ce que vous voudrez. Je sais que j’espère trop, mais j’aimerais que cela ne se sache pas. J’aimerais que mes étudiants, que mes collègues, n’apprennent jamais qui je suis. Je suppose que c’est impossible. Enfin, ça change tout maintenant, non ?

— C’est vrai, admit Danglard.

Le Nermord se leva, retrouvant quelques forces, et accepta une bière. Il marchait dans le bureau de la fenêtre à la porte, passant et repassant devant son grand graffiti.

— Je n’avais plus d’autre choix que de vous le dire. Il y avait trop de charges contre moi. Maintenant c’est différent. Si j’avais voulu tuer ma femme, vous imaginez bien que je ne l’aurais pas fait dans un de mes propres cercles, sans même prendre la peine de transformer mon écriture. J’espère qu’on est d’accord.

Il haussa les épaules.

— À présent, inutile d’espérer ce siège à l’Académie. Et inutile de préparer mes cours pour l’an prochain. Le Collège ne voudra pas de moi, et c’est normal. Mais je n’avais pas le choix. Je suppose quand même que j’ai gagné au change. C’est à vous maintenant de comprendre le reste. Qui m’a utilisé ? Depuis le premier cadavre qui fut trouvé dans un de mes cercles, j’essaie de comprendre, je me débats dans ce piège infect. J’ai eu très peur quand j’ai appris la nouvelle du premier meurtre. Je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas plus courageux qu’un autre. Plutôt moins, pour être franc. Je me suis torturé l’esprit pour tâcher de comprendre. Qui avait fait ça ? Qui m’avait suivi ? Qui avait déposé le cadavre de cette femme dans mon cercle ? Et si j’ai continué les cercles quelques jours après, ce n’est pas, comme l’a dit la presse, pour vous provoquer. Non, loin de là. C’était dans l’espoir d’apercevoir celui qui me suivait, d’identifier l’assassin et de pouvoir me disculper. J’ai mis quelques jours avant de prendre cette décision. On hésite à se faire suivre seul la nuit par un assassin, surtout un homme aussi peureux que moi. Mais je savais que si vous me dénichiez, je n’avais aucune chance d’échapper à l’accusation de meurtre. C’est bien ce qu’avait prévu l’assassin : me faire payer à sa place. Alors, le combat était entre lui et moi. Ça a été le premier vrai combat de ma vie. En ce sens, je ne le regrette pas. La seule chose que je n’ai pas imaginée, c’est qu’il s’en prendrait à ma propre femme. Toute la nuit après votre visite, je me suis demandé pourquoi il avait fait ça. Je n’ai trouvé qu’une seule explication : la police ne m’avait toujours pas repéré, ce qui contrariait les plans de l’assassin. Alors il a fait cela, ce meurtre de ma Delphie, pour que vous remontiez jusqu’à moi, pour que vous m’arrêtiez et qu’il soit tranquille. C’est peut-être ça, non ?

— Possible, dit Adamsberg.

— Mais son erreur, c’est que n’importe lequel de vos psychiatres dira que j’ai toute ma raison. Un névrosé aurait pu en effet tuer deux fois et puis finir par s’en prendre à sa propre femme. Pas moi. Je ne suis pas fou. Et je n’aurais jamais tué Delphie dans un de mes cercles. Delphie. Sans mes foutus cercles, elle serait vivante, Delphie.

— Si vous avez toute votre raison, demanda Danglard, pourquoi faire ces foutus cercles ?

— Pour que des choses perdues m’appartiennent, me doivent de la reconnaissance. Non, je m’explique mal.

— C’est vrai, je ne comprends pas, dit Danglard.

— Tant pis, dit Le Nermord. J’essaierai de l’écrire, ce sera peut-être plus facile.

Adamsberg pensait à la description de Mathilde : « Un petit homme dépossédé et avide de pouvoir, comment va-t-il se débrouiller ? »

— Trouvez-le, reprit Le Nermord avec détresse. Trouvez cet assassin. Croyez-vous que vous saurez y arriver ? Le croyez-vous ?

— Si vous nous aidez, dit Danglard. Par exemple, avez-vous vu quelqu’un vous suivre au cours de vos sorties ?

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