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L'Homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » Ça amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles qui surgissent à la nuit, tracés en bleu sur les trottoirs de la ville. Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
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Margellon rit. C’est vrai qu’il était con.

— Appelez-le-moi au téléphone, Margellon.

— Reyer ?

— Bien sûr, Reyer.

Charles rigola en entendant la voix de Danglard, et Danglard ne comprit pas pourquoi.

— Allons, dit Charles, j’apprends par la radio que vous avez de nouveaux soucis, inspecteur Danglard. Merveilleux. Et c’est encore à moi que vous vous en prenez ? Pas d’autre idée ?

— Qu’est-ce que vous êtes parti faire hier soir, Reyer ?

— Draguer, inspecteur.

— Draguer où ?

— Au Nouveau Palais.

— Quelqu’un peut confirmer ?

— Personne ! Il y a trop de monde dans ces boîtes de nuit pour qu’on vous remarque, vous le savez bien.

— Qu’est-ce qui vous fait rigoler, Reyer ?

— Vous ! Votre coup de fil, ça me fait rigoler. Cette chère Mathilde, qui ne peut pas tenir sa langue, m’a confié que le commissaire lui avait conseillé de se tenir tranquille cette nuit. J’en ai déduit que vous prévoyiez du grabuge. J’ai donc trouvé l’occasion excellente pour sortir.

— Mais pourquoi, bon sang ? Vous croyez que ça me simplifie le travail ?

— Ce n’est pas mon intention, inspecteur. Vous m’emmerdez depuis le début de cette histoire. Il m’a semblé que c’était à mon tour.

— En bref, vous êtes sorti pour nous emmerder.

— À peu de chose près, oui, parce que de fille, je n’en ai récolté aucune. Je suis content de savoir que vous êtes emmerdé. Vraiment content, vous savez.

— Mais pourquoi ? redemanda Danglard.

— Mais parce que ça me fait vivre.

Danglard raccrocha, assez furieux. À part Mathilde Forestier, personne ne s’était tenu tranquille cette nuit-là dans la maison de la rue des Patriarches. Il renvoya Margellon chez lui et s’attaqua au testament de Delphine Le Nermord. Il souhaitait vérifier ce qu’elle léguait à sa sœur. Deux heures plus tard, il avait appris que de testament, il n’y en avait aucun. Delphine Le Nermord n’avait pris aucune disposition écrite. Il y a des jours comme ça, où tout échappe.

Danglard marcha dans son bureau et pensa une fois encore que le soleil, cette foutue étoile, allait exploser dans quatre ou cinq milliards d’années, et il ne comprenait pas pourquoi cette explosion lui foutait toujours tellement le cafard. Il aurait donné sa vie pour que le soleil se tienne tranquille dans cinq milliards d’années.

Adamsberg revint vers midi et lui proposa de déjeuner avec lui. Ça n’arrivait pas souvent.

— Ça chauffe pour le byzantiniste, dit Danglard. Il s’est trompé ou il a menti à propos de la succession : il n’y a pas de testament. Ce qui fait que tout revient au mari. Il y a des titres, il y a des hectares de bois, et quatre immeubles dans Paris sans compter la maison qu’il habite. Lui n’a pas le sou. Juste son salaire de professeur et des droits d’auteur. Imaginez que sa femme ait voulu divorcer et tout filait ailleurs.

— C’était le cas, Danglard. J’ai rencontré l’amant. C’est bien le type de la photo. C’est vrai qu’il a des proportions géantes et un cerveau insignifiant. En plus il est herbivore et il en est fier.

— Végétarien, proposa Danglard.

— C’est cela, végétarien. Il dirige une agence de publicité avec son frère, également herbivore. Ils ont travaillé ensemble toute la soirée d’hier jusqu’à deux heures du matin. Le frère confirme. Donc il est sauf, à moins que le frère ne mente. Mais l’amant a l’air désespéré par la mort de Delphine. Il la poussait à divorcer, non pas que Le Nermord ait été une gêne pour lui, mais parce qu’il voulait arracher Delphine à ce qu’il appelle une tyrannie. Il paraît qu’Augustin-Louis continuait à la faire travailler pour lui, à lui faire relire et dactylographier tous ses manuscrits, à lui faire classer ses notes, et que Delphine n’osait rien dire. Elle expliquait que ça lui convenait comme ça, que ça lui faisait « travailler la tête », mais l’amant est certain que ce n’était pas aussi bénin, et qu’elle mourait de trouille devant son mari. Mais Delphine était presque enfin décidée à demander le divorce. Elle voulait au moins tenter la discussion avec Augustin-Louis. On ne sait pas si elle l’a fait ou non. Autant dire que l’antagonisme des deux hommes saute aux yeux. L’amant ne serait pas fâché de faire tomber Le Nermord.

— Tout cela peut être vrai, dit Danglard.

— Je le crois aussi.

— Le Nermord n’a pas d’alibi pour les trois nuits des meurtres. S’il a voulu se débarrasser de sa femme avant qu’elle ne se rebelle, il a pu sauter sur l’occasion que lui offrait l’homme aux cercles. Il n’est pas courageux, il nous l’a dit lui-même. Pas le genre à prendre des risques. Afin d’incriminer le maniaque, il a commis deux meurtres au hasard pour créer l’impression d’une série, et puis il a assassiné sa femme. Le tour est joué. Les flics recherchent l’homme aux cercles et lui foutent la paix. Et lui touche l’héritage.

— Le piège est gros, non ? Faut vraiment prendre les flics pour des cons.

— D’une part on rencontre autant de cons chez les flics que partout ailleurs. D’autre part des esprits sommaires pourraient trouver la combine à leur goût. Je conviens que Le Nermord n’a pas l’air sommaire. Mais on peut avoir des chutes d’intelligence. Ça arrive. Surtout quand on fomente un projet passionnel. Et Delphine Le Nermord ? Qu’est-ce qu’elle faisait dehors à cette heure-là ?

— L’amant dit qu’elle devait rester à la maison toute la soirée. Il a été étonné de ne pas la trouver en rentrant. Il a pensé qu’elle avait été chercher des cigarettes au tabac qui reste ouvert à Bertholet. Elle y allait souvent quand elle était en panne. Plus tard, il a imaginé que son mari avait dû l’appeler une fois de plus. Il n’a pas osé téléphoner chez Le Nermord et il a dormi. C’est moi qui l’ai réveillé ce matin.

— Le Nermord peut avoir repéré le cercle, vers minuit disons. Il convoque ensuite sa femme et l’égorge sur place. Je crois que Le Nermord est très mal parti. Qu’en pensez-vous ?

Adamsberg éparpillait des miettes de pain tout autour de son assiette. Danglard qui mangeait avec beaucoup de soin en avait le cœur serré.

— Ce que j’en pense ? dit Adamsberg en levant la tête. Mais rien. Moi, je pense à l’homme aux cercles. Vous devez commencer à le savoir, Danglard.

*

La garde à vue puis les interrogatoires ininterrompus d’Augustin-Louis Le Nermord commencèrent le lundi matin. Danglard ne lui avait pas caché que tout l’accablait.

Adamsberg laissait faire Danglard, qui pilonnait sans merci son objectif. Le vieil homme semblait incapable de se défendre. Chacune de ses tentatives de justification était aussitôt interceptée par le verbe incisif de Danglard. Mais Adamsberg voyait clairement que Danglard avait en même temps de la peine pour sa victime.

Adamsberg ne ressentait rien de ce genre. Il avait détesté d’emblée Le Nermord et il ne voulait pour rien au monde que Danglard lui demande pourquoi. Alors il ne disait rien.

Danglard mena son interrogatoire pendant plusieurs jours.

De temps en temps, Adamsberg entrait dans le bureau de Danglard et il regardait. Acculé, effrayé par les accusations qui pesaient sur lui, le vieil homme se délabrait à vue d’œil. Il ne savait même plus répondre aux questions les plus simples. Non, il ne savait pas que Delphie n’avait pas rédigé de testament. Il avait toujours été persuadé que tout irait à sa sœur Claire. Il aimait bien Claire, elle pataugeait seule dans la vie avec trois enfants. Non, il ne savait pas ce qu’il avait fait pendant les nuits des meurtres. Il avait dû travailler et puis dormir comme tous les soirs. Glacial, Danglard le contredisait : le soir du meurtre de Madeleine Châtelain, la pharmacienne était de garde. Elle avait vu Le Nermord sortir de chez lui. Écrasé, Le Nermord expliquait que c’était possible, qu’il sortait parfois le soir pour prendre un paquet au distributeur de cigarettes : « J’enlève le papier et je prends le tabac pour ma pipe. Delphie et moi, on a toujours beaucoup fumé. Elle, elle essayait de s’arrêter. Pas moi. Trop de solitude dans cette grande baraque. »

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